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 Andante cantabile {ft. Nero}

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Message Sujet: Andante cantabile {ft. Nero} Lun 13 Fév - 10:52

STATUT DU RP

sujet privé; ft. Nero

type ❖ Flashback

date ❖ 9 février 2016

informations spatio-temporelles ❖ Début de soirée à la Nouvelle Orléans, on célèbre Mardi Gras et la fête bat son plein dans le quartier français.

intervention du MJ ❖ Pas pour le moment

Autre ❖ Carnaval, Nouvelle-Orléans, Nero et Eva? Que dire de plus? Ah si...Ecoutez Billie Holiday. C'est un ordre  :88:


©️ HELLOPAINFUL; revisité par SHADOW


Andante cantabile. #Eva & Nero


La Nouvelle-Orléans lui ouvrit les bras avec son énergie et sa joie habituelle. Dans le quartier français, malgré l'heure avancée - ou plutôt à cause de celle-ci - la fête battait son plein au son des rires et des chants qui couvraient la musique dans une joyeuse cacophonie. On fêtait Mardi Gras et ça Eva l'avait totalement oublié. La mémoire lui était revenue lorsque, naviguant à travers la foule, elle s'était retrouvée affublée des célèbres perles colorées, passées à son cou par un festivalier au costume d'arlequin d'un vert flamboyant. Une pluie de doublons comme tombée  du ciel avait habillé la rue de vert, d'or et de violet et les visiteurs se les disputaient âprement, portant fièrement leurs multiples colliers de perle comme des trophées de guerre. Eva sourit bien malgré elle. De vieux souvenirs d'enfance remontaient doucement, d'une époque où petite fille, elle était venue assister aux festivités, les yeux pleins d'étoiles et les mains pleines des médaillons qui tombaient des chars en une pluie colorée. Débauche de couleur et de sons qui vous entraînaient dans une danse endiablée, quitte à vous donner le vertige. Les visages masqués vous accueillaient, éclatant d'un rire tonitruant qui vous donnait des frissons. Eva ne pouvait s'empêcher de se demander qui se cachait sous ces masques. A Mardi Gras chacun était anonyme dans les rue de la Nouvelle-Orléans, les monstres également. Et ils avaient l'art de n'être pas ceux que l'on croit.

Mais la brune n'avait eut qu'un regard pour les festivités, délaissant la fête pour se diriger au coin de Bourbon et de Toulouse street. Elle n'était pas venue faire la fête aujourd'hui. Le barman du Sheraton l'avait accueillie d'un signe courtois de la tête et elle lui avait répondu de même, glissant au passage quelques doublons dans les mains avides de deux gamins qui passaient par là. Attablée à un balcon, elle gardait un œil distrait sur la foule qui défilait à l'extérieur, tout en regardant sans le boire le martini dry que lui avait servit le garçon de table. Avait-elle eut raison de venir ? Cela faisait des mois qu'elle remontait cette piste, comme ramassant les cailloux du Petit Poucet. On lui avait dit qu'il serait là. Mais cet étrange inconnu semblait toujours avoir un coup d'avance sur elle, disparaissant au dernier moment, n'étant jamais là où elle l'attendait. Et les rumeurs apparaissaient toujours au bon moment, quand elle était sur le point d'abandonner la partie de cache-cache, comme pour la relancer dans sa quête sans fin. Tout ça s'orchestrait un peu trop bien, comme si elle n'était qu'un pion dans cette histoire. Mais Eva éprouvait l'envie irrépressible de terminer cette partie. Et si ça devait se faire ici, c'était le moment où jamais de marquer un dernier coup. Le Sheraton avait porté bien des noms à travers l'histoire mais des décennies auparavant, se dressait au même endroit le grand opéra français, détruit par les flammes un soir de décembre 1919. Comme la plupart des lieux touristiques de la Nouvelle Orléans, il se murmurait de drôles de choses à son propos. Mais tout prenait des proportions plus importantes lorsqu'il s'agissait de NOLA et l'on était prompt à inventer des fantômes là où il n'y en avait pas. Il était donc facile d'imaginer quelques esprits errants dans les murs, proies des flammes depuis plus de quatre-vingt dix ans. Les seuls fantômes qu'elle avait jamais croisé ici rentraient aux petites heures du jours, titubant après une soirée trop arrosée.

La procession semblait interminable et les porteurs de flambeau se succédaient dans la rue, dans une danse ensorcelante qui avait le don de vous hypnotiser. Eva jeta un œil à l'heure, visiblement agacée. Encore un rendez-vous manqué de plus à ajouter à la longue liste. Elle aurait dû s'en douter avant de se lancer dans cette quête aveugle, ça lui aurait au moins évité cet aller-retour inutile depuis Houma. Sans compter son orgueil égratigné de s'être une fois de plus fait avoir. On l'avait suffisamment prévenue de ne pas céder à ces idées idiotes de vengeance.
Les festivités du carnaval étaient un événements dans la région mais pour y avoir assisté de nombreuses fois, ça n'était pas suffisant pour qu'elle se permette le déplacement. Pensivement, elle fit glisser les perles qu'elle portait à son cou le long de leur fil. Puis prenant finalement une décision, elle se leva de son siège, tout en ôtant le collier d'un geste. Se penchant par dessus la balustrade, elle tendit le bras et lâcha l'objet qui alla se perdre dans la marée humaine en contrebas, vite rattrapé par quelques mains avides. Des perles de Mardi Gras elle en avait un coffre plein quelque part au grenier. Et elle avait suffisamment perdu son temps. Peut-être était-ce là un signe ? Qu'il valait mieux laisser tomber cette histoire sans queue ni tête et qu'elle ne trouverait jamais de réponse à ses questions ?
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Message Sujet: Re: Andante cantabile {ft. Nero} Lun 13 Fév - 16:55

Eva
&
Nero
Revenge, the sweetest morsel to the mouth that ever was cooked in hell. • W.SCOTT
Sais-tu, mon enfant, qu’à Mardi Gras, même les démons sont en fête ? » Un enfant qui lève les yeux vers son aînée, cherchant du regard dans les plis innombrables de ce visage la vérité sur ce qu’elle vient de lui révéler. Et aucun ne voit, à côté d’eux, la silhouette qui passe, fendant la cohorte hallucinée des badauds en transe. La musique balaye tout, les inhibitions et les classes, chacun descendant dans la rue pour se perdre dans la communion décadente de cette fête séculaire. Célébration religieuse ou transe païenne ? Les origines se sont perdues dans les limbes du temps, et ne reste que la satisfaction malsaine de journées débridées. S’il est une ville qui sait lui rappeler les fêtes de ce temps d’autrefois, de cet âge d’or figé dans le marbre, de la grandeur décadente de la capitale impériale, c’est la Nouvelle-Orléans.A Mardi Gras, les démons sont de sortie, dit-on. Pourtant, une fois n’est pas coutume, ce n’est pas son amour de l’art et de la décadence qui l’a amené à souiller les lieux de sa présence. C’est une danse différente qu’il est venu entamer ici, ramenant sa cavalière sur le théâtre de leurs premiers pas. L’enfant a mûri, et semble prête à faire son entrée dans le monde, toute féroce et tremblante, guidée par la main invisible qui la manipule depuis si longtemps. Oh, il ne mentira pas, elle l’a surpris plus d’une fois, doublant une duperie ou l’autre, coupant l’herbe sous le pied d’un démon dont la prudence n’a pas toujours été la première qualité. Le temps s’est écoulé, depuis, rappelant la vitesse et la fragilité de la vie humaine, courte et imprévisible. Elle a grandi, elle a mûri. Il est temps.


Fendant la foule bigarrée, contournant les silhouettes qui s’abandonnent à l’harmonie cacophonique des mélodies qui montent en cohorte depuis les rues de la perle de Louisiane, il parcourt les rues du pas lent de celui qui a tout à faire ici et rien à faire ailleurs. Costume trois pièces, chapeau canotier sur la tête, un homme semblable aux autres dans cette foule enflammée. Silhouette parmi les autres, figurant intégré au tableau grandiose, guettant dans l’ombre et cédant la vedette à plus brillant que lui. Il n’est de meilleure place que celle de celui qui ne dit rien. Ses pas l’amènent jusqu’au quartier français, relique branlante d’une époque plus glorieuse et à jamais révolue, écho amer de sa propre nostalgie. Mais le jeu qui l’occupe n’octroie pas de place aux regrets. Chaque geste est millimétré, chaque instant compté, chaque mot préparé. Il surprend en lui un sursaut d’anticipation alors qu’il tourne à l’angle de la rue, se laissant engloutir et entraîner par une foule dense, l’hôtel objet de ses attentions apparaissant lentement. Y sera-t-elle ? La pupille décevra-t-elle le maître ? Un sourire étrange étire ses lèvres lorsqu’il l’aperçoit, perchée sur le balcon, splendide d’agacement et de déception. Ah, douce Eva, apprends que chaque chose vient en son temps. Surtout une quête comme celle que tu as forcée sur toi-même. Il est temps. Tout est en place. Trois coups sur le plancher, et le spectacle pourra s’ouvrir.


Tac, tac, tac. Trois pas qui claquent d’un son mat que l’ambiance tonitruante étouffe, mais le signal est donné. Elle lâche par-dessus bord quelques perles, parsemant la foule de sa cuisante déception, et il cueille ses regrets du creux de la paume, levant le regard clair de son corps d’emprunt vers elle, son chapeau de paille cachant les cheveux grisonnants de son manteau de chair centenaire. « Voilà une bien triste perte pour un cou aussi gracile que le vôtre, ne croyez-vous pas ? » Les mots s’envolent vers elle en même temps que son regard, la foule environnante soudain invisible alors que leurs yeux s’accrochent. Un sourire espiègle joue sur ses lèvres, le reste d’un rictus hantant encore la bonhommie feinte de son expression. « Vous devriez prendre garde, Miss, à vous pencher ainsi. Il est des chutes dont on ne se relève pas. » Et d’un bref et élégant salut de son chapeau, il se laisse à nouveau engloutir par la foule. Entreras-tu dans la danse, ô belle Evangeline, ou décevras-tu une nouvelle fois ton ennemi esseulé ? Suis donc, viens, les pas sont simples, la danse est macabre, bien que sa promesse, jetée treize ans plus tôt, soit funeste.
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Message Sujet: Re: Andante cantabile {ft. Nero} Mar 14 Fév - 19:29

Andante cantabile. #Eva & Nero


Si elle avait été un tant soit peu naïve, elle aurait cru à une vision. Mais Eva qui n'était pas du genre à céder à ce genre d'idée, savait que ces quelques secondes fugitives n'étaient pas le fruit de son imagination. Il était apparu, recraché par la foule tel un mirage. Sans âge, avec ce petit rien d’intrigant qui éveilla la méfiance en elle. Il y avait quelque chose. Et la jeune femme l'avait observé, comme hypnotisée alors qu'il récupérait son bien rejeté, d'un geste agile. Sa main se tendit involontairement, comme pour récupérer cet objet pourtant dédaigné quelques secondes auparavant. Mais trop tard, l'étrange apparition s'éloignait déjà sur une dernière question malicieuse. Elle avait cru que les cendres de l'opéra n'avaient donné naissance à aucun spectre, elle se prenait subitement à en douter. Comme anesthésiée par la musique et les rires, la jeune chasseuse mit bien trop longtemps à réveiller des réflexes que la fête avait endormi pour un temps. Elle se retourna, comme au ralenti, l'étrange sensation d'éthéré persistant encore comme une brume tenace. Le message était passé, l'invitation lancée et il est déjà trop tard pour renoncer. Le cœur battant son rythme désaccordé comme une métronome rendu fou, elle tendit la main mais il avait déjà disparu, engloutit par la foule. Eva perdit quelques secondes, indécise et figée sur place avant de se lancer à sa poursuite. Interdite, elle hésita à s'avancer lorsque les portes de l'hôtel s'ouvrirent devant-elle. Etait-elle vraiment certaine de ce qu'elle faisait ? Maintenant qu'elle se trouvait face à l'inéluctable, elle n'en était plus aussi certaine. Mais impossible de faire marche arrière maintenant et elle se laissa glisser à travers la foule, portée par la marée humaine.

La parade s'éloignait au fur et à mesure qu'elle en remontait le cours, ne laissant plus que chaos derrière elle. Eva le rattrapa alors qu'il tournait sur Royal Street, dans une petite rue qui filait entre les maisons. Des passages de ce genre il y en avait des tas à la Nouvelle-Orléans. Des ruelles anonymes qui s'enfonçaient dans les ténèbres, serpentant entre les bâtisses centenaires. Au loin, la cathédrale Saint Louis sonna la demi et tous deux eurent l'air de se figer en entendant ce glas funeste. Dans un geste pour le rattraper, sa main ne fit qu'effleurer le collier qu'il tenait encore. Le fil se brisa net et les perles tombèrent sur le dallage dans une pluie colorée, leur cliquetis brisant la nuit. La scène dura quelques secondes mais lui fit l'effet d'un ralenti. La vague de petite billes violettes parsema le sol pavé tandis qu'ils s'observaient sans mot dire.

« Je n'ai plus peur du vide, gronda-t-elle de colère contenue, ça fait treize ans que j'ai appris à composer avec. »

Plusieurs sens à cette réponse. Des néophytes n'y auraient rien compris. Mais cette phrase lâchée quelques minutes auparavant avait réveillé de vieux souvenirs. Elle n'osait pas vraiment y croire, se raccrochant à l'idée qu'il s'agisse d'un hasard. Mais il n'y avait pas de place pour ça dans cette historie. Rien que cet affrontement silencieux dans cette ruelle anonyme avait été savamment orchestré. Comme si elle n'était qu'un pantin désarticulé dont un marionnettiste fantôme manipulerait les fils. Elle était prisonnière de l'engrenage et ne pouvait plus s'en défaire maintenant que la machine était lancée.  Ce pouvait-il qu'elle se soit monté la tête pour rien ? Après ce qui venait d'arriver ? Etait-elle victime d'un énième sursaut de son impulsivité ?

«  Ne regrettons pas ce collier, j'ai perdu bien plus important et irremplaçable que quelques perles de plastique. Mais peut-être n'avez-vous pas envie d'entendre cette histoire , continua-t-elle mordante, elle est plutôt vieille et ennuyeuse » 

Elle ne savait pas où elle mettait les pieds. Rien n'était clair et elle s'en remettait à un semblant d'instinct qui lui soufflait qu'il avait des choses à lui dire. Mais en son fort intérieur, Eva n'était pas tranquille et l'inquiétude lui murmurait à l'oreille qu'elle était peut-être en train de réveiller des histoires qui la dépassaient. Avait-elle bien fait ? On l'avait mise en garde. On l'avait prévenue de ne pas céder à ce besoin impérieux de vengeance, qui sourdait en elle depuis plus de dix ans. Maintenant il était trop tard. Pourrait-elle y faire face ? A quoi bon se poser la question puisqu'elle n'avait pas le choix ?
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Message Sujet: Re: Andante cantabile {ft. Nero} Ven 24 Fév - 15:17

Eva
&
Nero
Revenge, the sweetest morsel to the mouth that ever was cooked in hell. • W.SCOTT
Il traçait dans la densité de la foule son chemin avec la même facilité qu’un requin hante les eaux clairs d’un lagon. Devant lui la masse humaine s’ouvrait, masse compacte s’écartant par instinct de cette présence qui n’était pas du terrestre. Des poils qui se dressaient, une chair de poule qui surprenait, un picotement qui picotait la nuque. Le corps comprenait ce que l’esprit refusait de croire. Et dans les regards enfiévrés que ses pupilles vert-brun croisaient, il pouvait parfois voir le reflet d’effroi de ceux qui croyaient. C’était la particularité intemporelle de la Nouvelle-Orléans ; les vampires y pullulaient depuis des siècles, les sorcières y avaient pignon sur rue, et les invocations démoniaques couraient sur les lèvres comme des comptines d’enfants. Les nouveaux-orléanais avait fait du surnaturel un art de vivre, presque un havre de paix pour créatures de toutes sortes, protégeant ses légendes avec la même jalousie qu’une mère. Les gens d’ici ne craignaient l’Enfer que lorsqu’il n’était pas convoqué, et sans doute aujourd’hui davantage que n’importe quel jour, les esprits comprenaient que c’était un ponte des tréfonds qui arpentait leurs rues, avec sur les lèvres ce demi-sourire si froidement bonhomme qu’il vous en glaçait l’échine. Quittant l’ancien Opéra comme théâtre du trouble de sa jeune amie, il fendit sa route le long des maisons de Toulouse Street, la foule s’ouvrant béante devant ses pieds et effaçant sa piste de sa densité. Mais il ne doutait pas l’ombre d’un instant de la capacité de la jeune femme à le retrouver. Le talent qui croissait en elle n’était encore que si peu exprimé, et il se réjouissait à l’idée des progrès dont il serait le spectateur fidèle. Qui sait, après tout, peut-être serait-ce de sa main que sa damnation prendrait fin ? Le collier toujours enlacé entre ses doigts, il tourna sur Royal Street avec ce même pas égal et mesuré du contemplatif, âme sans âge qui parcourait la transe de Mardi Gras. La ville célébrait sa propre folie dans une débauche indécente de musique et de couleur.


Le fil du collier qui se brisa le surprit vaguement, mais l’avertit d’une erreur qu’il commettait trop souvent avec la jeune femme : la poursuite s’était essoufflée, déjà. Un demi-sourire satisfait étira ses traits sans monter jusqu’aux yeux. C’est un regard dur qui croisa le sien, tranchant avec l’harmonie douce que la nature avait offert à l’esquisse des traits de sa compagne. Une des innombrables ruelles étroites qu’abritait le Quartier Français les avait enfermés de son ombre, les échos assourdis de la musique leur parvenant depuis la rue. Ce silence bas contrastait violemment avec la folie de la rue. Les cloches de Saint-Louis égrenèrent la chute des perles sur le pavé, présage cryptique qui ne prendrait sans doute sens que trop tard pour impacter les choix qu’ils auraient à faire. Il pencha la tête, imperceptible basculement aux mots dont elle brisa la paix de la ruelle. « Ceux qui n’ont pas peur du vide n’ont simplement pas encore contemplé d’abysses assez profondes… Prenez garde à celles par-dessus lesquelles vous décidez de vous pencher, qui sait ce qu'abritent leurs ténèbres. »  Il se délectait du doute qu’il lisait dans ses yeux. Le jeu ne faisait que commencer, et pourtant elle semblait foncer dans chaque piège qu’il lui tendait avec l’acharnement aveugle qu’est celui de toutes les vengeances. Si jeune, si fougueuse, si passionnée. La réjouissance de voir enfin leur échange prendre corps lui aurait pratiquement fait battre ce cœur arrêté depuis longtemps. Ce regard sans âge la scruta quelques instants, contemplant le temps d’un souffle la possibilité d’arrêter la danse maintenant. Mais le jeu était trop grisant, et treize années de ce chassé-croisé addictif l’avaient rendu presque dépendant des frasques de la jeune chasseuse.


Il ôta d’un geste à l’élégance désuète son chapeau de canotier, effleura du bout des doigts le ruban violet, assorti aux perles répandues sur le pavé. « Une âme si vieille qu’est la vôtre, Miss. L’ignorant se demanderait quel malheur vous a ainsi ravi votre jeunesse. » Et se dessina un sourire hanté du rictus esquissé treize ans plus tôt avant de précipiter le reste de l’innocence de la jeune femme du haut du deuxième étage. « Certains chemins sont intemporels, empruntés par tant d’autres déjà partis avant nous et tant d’autres encore à venir. Pourtant personne ne se lasse du récit de leurs voyages, car si la fin est la même, une histoire mille fois contées n'est jamais deux fois identique. » Il s’avança de quelques pas en avant, s’enfonçant plus avant dans le secret de la ruelle. Puis jeta par-dessus son épaule, « Ne sommes-nous pas à la Nouvelle-Orléans, un jour de Mardi Gras ? Tous les souvenirs perdus reprennent vie à Mardi Gras. Mais il convient de prendre garde à ceux que l’on veut remonter des limbes. Il ne fait pas bon réveiller certaines forces. » Et dans un chatoiement de jaune dans le regard, si furtif qu’on aurait pu croire à une hallucination, il continua son chemin sinueux entre les bâtisses, s’enfonçant dans le Quartier Français. Il déboucha rapidement sur St Peter Street, en face de Cabildo Alley, dans laquelle il s’engouffra, fendant la foule compacte qui couvrait St Peter Street. La Cabildo, ancien siège du pouvoir colonial, couvrait la ruelle de sa grandeur sinistre. Et en face se dressait le flanc de la cathédrale Saint Louis, fantomatique ode au Tout-Puissant. Mais déjà, la nuit les enveloppait, et il était temps que la lumière cède son royaume aux ténèbres, le temps d’un nouveau cycle.
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Message Sujet: Re: Andante cantabile {ft. Nero} Mar 28 Fév - 14:33

Andante cantabile. #Eva & Nero


Si elle se senti vexée par son attitude paternaliste, Eva n'en dit rien. Sous ces dehors révérencieux se cachait toute autre chose. Il se moquait bien de son devenir et elle ne faisait pas confiance à cet étranger né de la foule comme un diable sortirait de sa boite. Il y avait quelque chose de trouble à son propos. Quelque chose qu'elle ne parvenait pas à définir mais qui la mettait pourtant mal à l'aise. Mais la frustration et la colère se mêlaient en elle, abolissant la prudence qui était la sienne depuis des années. Depuis trop longtemps elle prenait garde à ne pas se pencher sur ces vieilles histoires, son apparition avaient ouvert les vannes en grand, déversant un flot de rancœur et de secrets non résolus dont elle était incapable de contrôler la violence.

« On a mille fois raconté cette histoire mais c'est la mienne, répondit-elle, les ténèbres me courtisent depuis trop de temps pour que j'accepte de rester dans l'ignorance. Vous le savez tout aussi bien que moi. »

Il y aurait toujours quelque chose. Une ombre qui hantait ses pas. Eva n'était jamais parvenue à se débarrasser de cette sensation oppressante qui lui donnait parfois envie de se retourner, le cœur battant la chamade dans une rue qui n'avait plus l'air si déserte que ça. Trop longtemps elle s'était sentie guidée, comme par une force qui s'assurait toujours qu'elle se trouve sur la bonne voie, dans un dessein mystérieux qu'elle n'était jamais parvenue à comprendre. Eva qui avait toujours soigneusement évité que l'on s’approchât trop d'elle n'avait pourtant jamais été véritablement seule.
L'éclat mordoré qu'elle cru entrevoir la laissa interdite, comme figée. Mais déjà il s'en allait et elle se retrouvait avec un mirage pour seule preuve qu'elle n'avait pas imaginé tout cela.

« Non ! »

Sa réplique brisa la nuit dans un accent de colère mal réprimée. Il s'en était déjà retourné, la laissant là avec ses interrogations. Mais trop de non-dits empoisonnaient cette histoire et Eva se lança à sa poursuite, envoyant valser des années de prudence et d'interdits. L'ombre du Cabildo sembla se refermer sur elle alors qu'elle lui courrait après sous les arcades, le bruit de ses pas perturbant les ténèbres. Pirate alley s'endormait presque à cette heure tardive, la majorité des festivaliers ayant choisit de suivre la parade. De jour, la rue pavée aurait fièrement étalé ses façade colorées de rouge et de jaune, au lieu de quoi, elle sommeillait placidement dans la quiétude du soir. Un autre jour des groupes de touristes auraient arpenté cette rue, guidés par un comédien fantaisiste occupé à leur faire partager les histoires sordides qui y étaient nées. L'un d'entre eux auraient probablement levé le nez de son guide et juré avoir aperçu le fantôme de Jean Lafitte derrière les fenêtres de la librairie Faulkner. Des histoires qui servaient à faire marcher le tourisme. S'il était un endroit où Eva n'était jamais venue pour ses affaires, c'était bien le vieux carré. Vengeurs ou non, les esprits qui y sommeillaient avaient mérité qu'on les laisse tranquille. Et les seuls morts qui lui tiendraient compagnie ce soir reposaient sous le jardin Saint Anthony, abandonné là comme des objets laissés au rebut.

C'était contraire à tout ce contre quoi on l'avait mise en garde et la Eva du quotidien aurait probablement eut son mot à dire face à une telle imprudence mais celle qui se tenait au beau milieu de cette rue avait laissé parler des années de colère et de rancoeur, annihilant les plus basiques règles de bon sens. A l'ombre de la cathédrale, comme témoin de sa quête funeste, Eva ralenti sa course.

«  Il est bien trop tard pour me mettre en garde, lança-t-elle peut-être un peu trop fort, vous auriez dû le faire il y a des années de ça ! Mais peut-être que vous n'attendiez que ça n'est-ce pas ? Faire revivre les fantômes et ressusciter les morts ? Demain nous sommes le mercredi des cendres, vous avez quarante jours d'avance. »
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Message Sujet: Re: Andante cantabile {ft. Nero} Ven 17 Mar - 12:53

Eva
&
Nero
Revenge, the sweetest morsel to the mouth that ever was cooked in hell. • W.SCOTT
L’ombre du Cabildo se referma sur eux, la jeune femme s’engouffrant dans le piège comme une mouche se jette sur la toile d’une araignée. Oh, Eva, douce Eva. Une fois de plus, elle suivait docilement le chemin tracé par d’autres pas que les siens, fascinant lentement et inconsciemment l’être qu’elle devenait. Un sourire narquois, presque attendri, étira les lèvres de l’homme au chapeau de canotier. Homme… Non, la dénomination n’était pas correcte. Près de deux millénaires qu’il n’avait plus été homme, et pourtant dans cette danse lugubre au pied des légendes de la Nouvelle-Orléans, il se sentait étrangement vivant. Une ode, une supplique, une sérénade. Peut-être que sa jeune protégée avait raison, après tout : les ombres la courtisaient. Il ne l’avait jamais laissée seule, charognard de mauvais augure perché sur son épaule, louvoyant dans ses pas, plaçant sur la route les pierres qui la feraient trébucher de la bonne façon. Et à présent la marionnette se débattait dans les fils qui la faisaient danser, Pinocchio désobéissant qui voulait voix au chapitre de son Destin qui se traçait sans lui. C’était le signe. Il était temps.


Il s’immobilisa, scrutant toujours la façade blanche de la cathédrale Saint-Louis, mur immaculé se dressant dans la nuit claire. Il pouvait sentir le sacré qui en émanait lui titiller l’essence. Quelques années plus tôt, ce sol lui aurait été interdit. Plus aujourd’hui. Sans se retourner, il entendit derrière lui le claquement mourant des pas de la jeune femme, le silence habillant de nouveau leur échange comme un linceul. Les yeux obstinément fixés sur la silhouette grandiose de la cathédrale se dressant dans ce silence crépusculaire, sa propre voix claqua dans la nuit. Et l’oreille attentive aurait presque pu déceler dans son ton les notes subtilement inhumaines qui trahissaient l’être des sous-sols. « Ou peut-être ne suis-je pas celui à avoir quarante jours d’avance. » Il s’arrêta une seconde, le temps d’un souffle, le temps de savourer le frisson de voir une pièce s’avancer sur ce jeu d’échec. « Peut-être êtes-vous celle à arriver treize ans trop tard. » Il se retourna, son regard resté humain perçant les ténèbres pour se planter dans celui de cette jeune femme dont le désespoir et la colère le délectaient. Ses lèvres toujours étirées en un sourire narquois qui soudain semblait étrangement menaçant dans le halo sombre de cette allée, il s’avança, lentement, refermant la distance entre eux avec la lenteur d’un loup s’approchant d’une proie facile. « Les morts ont cessé de m’effrayer il y a plus longtemps qu’il ne vous est concevable. Pouvez-vous en dire autant ? »


Il s’arrêta net, à un pas de la jeune femme, scrutant ces traits déformés par ce qui semblait être une haine mêlée de tristesse. Cède, donc, à cette haine qui te ronge, à cette soif de vengeance, à ce désir d’en finir. Cède, laisse-toi consumer. « Se bercer d’illusions ne mènera nulle part ; les ténèbres vous courtisent-ils, ou les poursuivez-vous ? Que recherchez-vous ? La vengeance, ou le pardon ? » Et alors dans le silence de mort de cette ruelle désertée résonna la plainte lancinante d’une voix éteinte treize ans plus tôt. Aide-moi, aide-moi, aide-moi. Supplique à laquelle jamais réponse n’avait pu être donnée, prière restée enfermée dans le silence d’une âme prisonnière d’un corps à la merci d’un démon. Aide-moi, aide-moi, aide-moi. Voix à peine sortie de l’enfance résonnant à vous briser les tympans, revenue hanter la pauvre jeune femme sur l’ordre d’un démon qui s’amusait comme jamais auparavant. Un ricanement narquois lui échappa. « Quel fantôme t'effraie ainsi, ô Evangeline ? »

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Message Sujet: Re: Andante cantabile {ft. Nero} Dim 14 Mai - 11:01

Andante cantabile. #Eva & Nero
Fini les masques. Adieu les apparences. Il n'était plus temps de se cacher derrière un pieu mensonge comme pour faire semblant de ne pas voir ce qu'elle avait eut tout ce temps sous les yeux. Eva était loin d'être naïve, elle avait additionné les signes depuis longtemps, choisissant de se voiler la face comme pour se ménager quelques minutes de répit supplémentaires. Des années durant, elle avait imaginé cet instant. Le moment crucial où elle saurait enfin. Où finalement se trouverait devant elle cette ombre qu'elle avait pourchassé pendant si longtemps. Elle s'était idéalisée, fière et sans peur, forte et inébranlable. Au lieu de quoi, la jeune femme ne pouvait que constater sa propre faiblesse face à une situation qui la dépassait. Elle s'était jetée dans la gueule du loup, elle s'était crue chasseur émérite, elle n'était qu'un pauvre agneau poussé à abattoir. Mais l'orgueil toujours subsistait et une colère vieille de plus de treize ans lui dévorait les entrailles. Fureur qui lui donna la force de se redresser, dardant ses prunelles dans celles sans âge de sa Némésis.

« Je ne cherche rien d'autre que la vérité, répliqua-t-elle, il n'y a pas de doute dans mon esprit et vous ne réussirez pas à y semer le trouble. »

Mensonges encore. Elle n'avait plus que ça pour se prémunir, mentir et se dissimuler sous des airs bravaches comme pour refuser de croire que les ombres ne s'étaient pas approchées d'elle, qu'elle ne s'était pas laissée effleurer par leur caresse réconfortante, fermant les yeux comme dans une étreinte éphémère. Elle ne tomberait pas, jamais. Mais s'arracher aux abysses et leur tourner le dos lui semblait un effort si insurmontable qu'elle n'arrivait à rien d'autre qu'à se pencher un peu plus, fascinée. Elle s'était crue invincible, elle n'était rien d'autre qu'une pauvre petite chose sans défense.

« C'est comme ça que vous avez fait ? Glissa-t-elle tout bas, vous l'avez étouffée tout doucement jusqu'à l'aveugler complètement ? Vous lui avez menti ? Ou peut-être avez vous agit insidieusement ? Vous vous êtes fait une place dans son esprit sans faire de bruit, jusqu'à ce qu'il soit trop tard ? »

Elle éprouvait une sorte de curiosité malsaine à vouloir savoir. Treize années durant Eva s'était bercée de scénario plus incroyables les uns que les autres. Tissant dans son esprit une histoire qu'elle n'avait pas connu. La chute de Ginny, comment était-elle arrivée ? Une petite voix lui soufflait qu'elle avait peut-être su et que tout comme elle, elle s'était laissée tomber de son plein grès. Mais cette hypothèse était tellement insupportable qu'elle refusait d'y croire.

Et puis c'était arrivé. Un murmure fugace, tout d'abord si bas qu'elle avait cru se tromper. Une petite voix apeurée, un chuchotement fantôme remonté de sa mémoire pour la hanter encore un peu plus. C'était monté, doucement, invariablement, sans jamais cesser. Et Eva n'était revenue à elle qu'en sentant les grilles du jardin Saint Anthony s'enfoncer dans son dos et le portillon s'ouvrir dans un grincement plaintif. Elle reculait, s'éloignant tout doucement, comme pour fuir la petite voix terrifiée qui résonnait à ses oreilles. Son expression un mélange de douleur terrifiée et de souffrance coupable. Qu'avait-elle fait ? Elle l'avait appelée et elle n'avait rien tenté. Elle s'était contentée de se recroqueviller derrière cette porte, bien contente de ne pas être mêlée à cette histoire. Ginny avait eut besoin d'aide et elle lui avait tourné le dos. L'ombre du Christ statufié derrière elle la recouvrit de ses ténèbres rassurantes et un gémissement plaintif monta à ses lèvres avant qu'elle ait pu le réprimer. Elle était tellement stupide, tellement naïve. L'histoire prendrait-elle fin ce soir ? Pauvre Eva au cœur brisé qui n'avait plus le courage de s'éloigner du vide.

Et alors un sursaut, un petit quelque chose au fond d'elle. L'orgueil, la rage de vivre, la sensation qu'elle devait se battre encore. L'impossibilité à laisser tomber. Elle ne s'avouait jamais vaincue, elle n'abandonnait jamais la partie avant d'être invariablement battue, jetée au sol et mordant la poussière. Elle se relevait encore et encore, malgré les coups. Alors son regard se planta dans celui de cet étranger remonté du fond des âges. Elle ne connaissait même pas son nom véritable.

« S'il quelque chose m'effraie ici, il ne s'agit certainement pas de votre souvenir. » répliqua-t-elle mordante

Le coup de feu résonna dans l'air, si vite effacé qu'on aurait presque pu croire à un mirage. Inutile bien évidemment, on l'avait formée bien mieux que cela et elle savait bien qu'elle ne lui ferait pas le moindre mal. Mais Eva ne resta même pas pour contempler son œuvre, déjà volatilisée. La porte de la cathédrale s'ouvrit dans un grincement funèbre et elle se faufila sous les arches silencieuses, plongée dans une obscurité de caveau. Cette nef avait vu passer bien des âges et des célébrations, des chants pleins de ferveur était montés vers les cieux, résonnant contre les murs. Quelques cierges brûlaient placidement, la plupart éteints pour la nuit. Seule une étincelle écarlate brillait faiblement près du tabernacle. SA présence lui aurait-elle apporté un peu de réconfort si elle y avait cru ? Mais il n'y avait point d'Esprit autre que le sien en ces lieux désertés et Eva se disait parfois que Dieu se détournait de ses enfants pour ne pas avoir à supporter le spectacle de leurs querelles incessantes. Peut-être cachait-il des larmes invisibles face à un tel spectacle. A sa place elle aurait probablement eut envie de pleurer devant tant de gâchis. Elle l'attendit, ne cherchant même pas à se cacher, bien droite au centre de l'autel. Face à elle, le tabernacle sommeillait silencieusement, sous l'ombre d'un Christ en croix qui avait depuis longtemps fermé les yeux sur ce monde décadent. Mais ça n'était pas une aide des cieux qu'elle attendait. De salut il n'en viendrait point. Il n'y avait de place que pour des vérités cruelles ce soir.

« Racontez moi, lâcha-t-elle, si tout doit finir ce soir, faites moi au moins l'aumône de la vérité. »


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Message Sujet: Re: Andante cantabile {ft. Nero} Ven 7 Juil - 22:05

Eva
&
Nero
Revenge, the sweetest morsel to the mouth that ever was cooked in hell. • W.SCOTT
S’il en avait été capable, sans doute aurait-il crû que l’émotion qui l’ébranlait était de la joie. Pure, irrationnelle, incroyable. Elle était là. Ce même regard, intact, comme dans son souvenir. Il avait ressuscité de l’oubli le souvenir interdit de l’enfant qu’elle était. La peur, la colère, macéré dans treize années de regrets et de culpabilité. Sous la coquille dure de la femme inébranlable sommeillait encore l’enfant apeurée qui avait croisé son regard ce jour funeste, dans la grande maison du Sud. La simple perspective des possibilités infinies que cela ouvrait aurait pu le faire hululer de bonheur. Oh, Eva, douce Eva, une nouvelle fois, il l’avait sous-estimée. Toutes ces années, et elle semblait toujours la surprendre de la plus douce des manières, trébuchant quand il ne l’aurait pas cru, suivant un chemin préparé mais insoupçonné, se relevant quand il la croyait enfin à terre.

Le coup de feu dévora le silence, qui retomba par vengeance plus assourdissant que jamais. Eva s’évapora dans la nuit, laissant au démon le spectacle lamentable de sa propre personne. « Ah, petite ! » C’était un véhicule de près d’un siècle qu’elle venait de trouer sans vergogne. Irascible enfant qui se refusait toujours à abandonner, et qui persistait à lui filer entre les doigts à l’instant ultime. S’engouffrant à sa suite, il fit le choix de contourner la cathédrale, longeant les murs blafards qui pleuraient de leur blanc sacré le drame qui se jouait à leurs pieds. Une poussée du bout des doigts et les portes de la cathédrale s’ouvrirent dans un claquement de tonnerre, un vent de bise s’engouffrant en hurlant entre les colonnes et les siège de bois. Il ne savait trop s’il était en colère ou admiratif de cette humaine, faible chose éphémère, qui s’obstinait à lui faire face, qui soufflait le chaud et le froid, jouait la partie et s’arrachait à la défaite dans une ultime pirouette. « Je ne t’apprends rien en te disant qu’il en faudra davantage. » La balle ratatinée tomba sur le carrelage en damier dans un tintement léger, réverbération d’outre-tombe dans la cathédrale silencieuse.  

Il s’avança de quelques pas, les talons de bois de ses chaussures claquant lentement sur le carrelage tant de fois réceptacle des peines et des bonheurs de l’humanité. Etrange sensation que celle de souiller de sa présence un lieu aussi sacré. Il pouvait encore le sentir, sur la peau de son véhicule, au bout de ses doigts, à la frontière de son essence, le pétillement du sacré qui détectait en son sein l’innommable. Vade retro, satanas. Dépassant le porche, il s’arrêta en bordure de la nef, aligné parfaitement avec la jeune femme. Ses yeux effleurèrent sa silhouette, remontant vers le christ sur la croix dont une lumière pâle dessinait les contours. Un unique ricanement lui échappa, suive d’un murmure bas, moqueur et incrédule : « Ne t’épuise pas à supplier son aide. Il paraît qu’il est en vacances. Sans retour prévu. » Il continua de s’approcher à pas lents, détaillant chaque reflet que son regard détectait. Marcher dans une église le rendait toujours imperceptiblement nerveux, une vieille crainte héritée sur sous-fifre qu’il avait été. Il finit par s’immobiliser, caressant de la paume le bois séculaire des longs sièges fendant la nef de leurs silhouettes monolithiques. Lentement il s’assit, six rangées en retrait d’Eva qui trônait dans le chœur. Le bois grinça sous lui, et un silence passa, laissant le prédateur et la proie se jauger du regard. « Regarde-moi cet endroit ! Ah, j’ai toujours eu un sens aiguisé du spectacle, mais je reconnais que tu as beaucoup de goût. Quel cadre ! Quel effet ! Quelle tragédie ? »

Appuyé des avant-bras sur le dossier du banc devant lui, il prit une seconde pour se délecter de la superbe immobilité de l’instant. « Tout doit finir ce soir… Ah, quel talent de tragédienne, mon enfant ! » Un éclat de rire tonitruant lui échappa, qui partit se réverbérer douloureusement contre les parois, comme si cette voix n’avait pas sa place, comme si la cathédrale elle-même ne supportait cette présence. Et puis il se refit sérieux, alternant l’hilarité démesurée à un sérieux inébranlable en une seconde de temps. « La vérité, dis-tu ? Mais quelle vérité ? La vérité est un concept qui varie. Je pourrais te parler de Platon et d’Aristote, mais le temps nous fait défaut. Tu réclames la vérité, mais laquelle ? La tienne ? La mienne ? La sienne ? Et la vérité à quel propos ? Quelle pièce veux-tu jouer en ces lieux ? La tragédie de tes souvenirs… » Un rictus mauvais vint lentement déformer ses traits, l’impression fantomatique renforcée par la lumière éparse de la cathédrale. « … ou celle encore à venir ? »

CODAGE PAR AMIANTE
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Message Sujet: Re: Andante cantabile {ft. Nero} Lun 17 Juil - 10:09

Andante cantabile. #Eva & Nero
Elle pouvait le lui accorder, il avait le sens de la mise en scène. Et Eva ne pu s'empêcher de se dire en le voyant remonter placidement la nef que ce face à face avait quelque chose d'étonnement dramatique. Ultime affrontement entre deux Némésis, deux personnages d'une pièce bien orchestrée qu'un auteur invisible avait pris grand soin de placer là pour le grand finale. Mais ce ne serait pas la fin ce soir. La jeune chasseuse était déterminée à se sortir de là et déjouer les plans d'un destin joueur. Elle n'était pas une marionnette, peu importe qu'il ait l'air de le penser. Depuis combien de temps jouait-il ? Combien de fois s'était-il ingénié à faire se croiser leurs routes ? Beaucoup de temps perdu à jouer un jeu vieux de beaucoup trop d'années. Au l'aune de sa vie d'humaine, Eva gardait le sentiment qu'il s'agissait de trop d'efforts fournis pour quelque chose de dérisoire. Mais pour un être millénaire qui voyait les années défiler en un claquement de doigt cela restait un détail.

« Je n'ai plus de prières pour qui que se soit aujourd'hui, répliqua-t-elle amèrement, cela fait trop longtemps que nous avons été livrés à nous même. »

La cathédrale résonnait d'un silence désespérément fantomatique, comme si ses hauts murs étaient désertés depuis longtemps. Pas d'autre présence que les leurs en ces lieux morts depuis trop de temps. Combien de fidèles étaient venu ici implorer la grâce d'un Seigneur qui n'était pas là pour les écouter ? Il n'avait pas totalement tort à vrai dire, il s'agissait d'une bien belle scène, digne d'un final grandiose. Mais il ne s'agissait que d'une introduction à ses yeux. L'histoire n'avait pas encore eut l'occasion de dérouler ses multiples détours.

«  Et que dire de votre apparition de ce soir ? Mes talents de tragédienne n'ont rien à envier aux vôtres. »

Elle n'avait pu empêcher qu'une note de moquerie ne transparaisse dans sa voix. Malgré l'appréhension, la crainte et son cœur qui battait la chamade. Elle aurait beau l'ignorer de son mieux, Eva ne pouvait pas oublier le danger qui planait sur sa tête. Il ne s'agissait pas d'une simple conversation et elle craignait bien pire encore que quelques blessures sans importance. Le risque était bien réel. Il avait l'air profondément ravi de se trouver là et la jeune femme espérait que cette perspective soit bien trop réjouissant pour qu'il coupe court à l'affaire. Quoi qu'il attende d'elle, peut-être pouvait-elle espérer gagner un peu de temps.

« Il n'y aura plus d'autre tragédie que celle que nous connaissons déjà. Vous avez parfaitement compris ma question. Moi je veux simplement connaître vos raisons. Vous avez passé plus de dix ans à attendre, pourquoi revenir ce soir? Vous détenez la clé de cette histoire mais moi je n'ai rien pour vous que de vieux souvenirs. »

Son regard inquisiteur parcourait la nef déserte, comme inspectant les lieux à la recherche d'une porte de sortie. N'importe quoi pour couper court à cet échange. Elle ne parviendrait pas à se débarrasser de lui comme ça. Elle n'était pas préparée et une petite voix lui soufflait à l'oreille qu'elle n'en avait pas totalement envie. Quelle folie que cette envie irrésistible de savoir enfin ! D'avoir les réponses à des questions qui la taraudaient depuis trop longtemps. L'ignorance ou périr. Il aurait adoré ce dilemme qui n'aurait pas dépareillé dans un acte de théâtre. Elle aurait pu. Fermer les yeux et faire comme si la tentation ne lui murmurait pas à l'oreille qu'elle tenait là l'occasion de savoir enfin.

« Parlons des faits si vous voulez, prédire le futur ne m'intéresse guère, proposa-t-elle, comment avez vous faits ? Pourquoi avoir choisi une gamine ignorante du Bayou alors que vous auriez pu avoir n'importe qui d'autre ? »

Y avait-il eut quelque chose de spécial à tout ceci ? Une raison ? Eva ne pouvait s'empêcher de penser que non. Que briser là toutes les idées qu'elle s'était faite à ce sujet constituait l'un des petits plaisirs qu'il gardait en réserve pour elle. Elle n'était qu'une anonyme sans grande importance, un petit détail dans une longue liste de cibles bien plus importantes qu'elle. Un petit projet personnel qui n'entrait pas une seule seconde dans le grand ordre des choses.

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Message Sujet: Re: Andante cantabile {ft. Nero} Lun 4 Sep - 0:07

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Andante cantabile {ft. Nero}

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