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 End of All Days • Kali

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Message Sujet: End of All Days • Kali Mer 12 Oct - 8:29

Rp en cours

sujet privé; ft. Kali

type ❖ flashback, et pas un petit.

date ❖ Entre le 28 et le 29 Mai 1453, Chute de Constantinople.

informations spatio-temporelles ❖ nuit du 28 au 29 mai, aux environs de 01:00 du matin; temps sec.

intervention du MJ ❖ nope !

Autre ❖  :84:

© HELLOPAINFUL; revisité par SHADOW



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Message Sujet: Re: End of All Days • Kali Mer 12 Oct - 8:30

Kali
&
Nero
Constantinople surpasse autant toutes les autres villes que Rome la surpasse. • SOUDA
Elle se consumait. Entièrement. Impitoyablement. Superbement. La fumée, âcre et noire, montait en volutes épaisses vers le bleu nuit de cette nuit claire. Mais d’en bas, il n’y avait plus de ciel, plus d’étoiles, plus d’espoir. Juste cette fumée, cette suie aérienne et collante, qui laissait dans l’air la trace puante du cataclysme qui consumait la ville. Les flammes s’élançaient, élégantes, vives, enjouées, léchant avec délice les pierres qu’elles noircissaient de leur terrifiante empreinte. A l’odeur de la suie se mêlait celle de la chair brûlée, de la chair putréfiée, de la mort qui coagulait en flaques rouge foncé sur le pavé. Les cloches s’étaient tues depuis longtemps ; ne restait que le crépitement des flammes et les gémissements des mourants et des éplorés, que les prières vaines et gutturales des moines qui montaient depuis le cœur de Sainte-Sophie. Constantinople brûlait, et bientôt le monde basculerait. Dans les douves où s’empilaient les corps, les charognards soudain s’envolèrent. Les derniers hommes qui tenaient sur les remparts en charpie, cherchaient d’un regard hagard un signe dans cette nuit sans fond. Un frémissement, un cri, une preuve que l’ennemi était encore là, qu’à nouveau les armées de l’enfer déferleraient sur les fortifications en lambeaux et viendraient récolter leur moisson de mort et de sang. La foi les avait quittés en même temps que la raison. Un mois de combat d’hommes, les avait faits bêtes, rôdant sur les chemins de rondes, l’œil fou et les joues émaciées, attendant cette mer hurlante de casques pointus et de sabres courbes comme une bête blessée attend la mort.


Et de l’autre côté de cette nuit noire, une forêt de tentes et de désolation voyait lentement ses occupants la vider, les yeux braqués vers ces chicots de pierres empilées à l’horizon, vers ces murs pâles noircis de sang et de cendre, au pied desquels s’empilaient un amas de viande indistinct. Cette ville serait leur, avec l’aide de Dieu. Entre eux et leur proie immobile, bêchée en trois points, un champ de casques et de lances, d’hommes et des chevaux morts l’un sur l’autre, l’un après l’autre, l’un avec l’autre. Quelques gémissements montaient encore, faisant tourner la tête à quelques chevaux restés debout, rendus hagards par la terreur de la bataille. Dans cette nuit de tragédie et de peur, personne ne vit une ombre noire d’encre quitter l’abri des volutes de fumée et rôder par-dessus le champ des mourants, volant de râle en prière, de supplique en murmure, charognard des Enfers à la recherche d’une proie. Soudain l’ombre plongea, s’engouffrant dans un sifflement par la gorge d’un officier tombé que la Mort s’apprêtait à embrasser. Il adorait les choisir à ce moment-là, chassant le Faucheur qui protestait dans un sifflement aigu, forcé de battre en retraite, l’âme en perdition hurlant au désespoir dans sa prison de chair qu’un démon avait faite sienne. Personne ne vit dans la nuit trop noire, dans l’immensité de cette mer de corps, un homme se relever, tituber alors que la chose venue d’en-dessous prenait ses marques dans cette forme physique. Sur les remparts, un homme plissa les yeux. Une silhouette ? Il cligna des yeux. Plus rien.


L’instant d’après, sur les hauteurs dominant la ville, la même silhouette parut. Oh, il aimait ces nouveaux pouvoirs. Un rictus de satisfaction se dessina sur les traits marqués au sang séché de l’Ottoman qu’il possédait.* Il était étonnement intact, si ce n’est pour le trou dans la cotte de maille, là où une balle l’avait traversé de part en part, ravageant tout sur son passage et scellant son sort. Il enleva d’un geste vif le casque à pointe qu’il avait sur la tête, sentant le sang et la terre séchée craqueler à la surface de sa peau. C’était le problème des corps ramassés sur les champs de bataille, ils n’étaient jamais très nets. Mais une fois n’est pas coutume, il avait fi de ses habituelles exigences : n’était-ce pas la fin d’un monde, le sien ? L’ultime réminiscence de sa chère Rome s’apprêtait à être piétinée sous les sabots des chevaux ottomans. Et malgré la beauté qu’il trouvait au ravage de la cité sous ses pieds, il ne pouvait nier une certaine tristesse à l’idée de voir l’ultime témoignage de son empire ainsi disparaître. Constantinople n’avait plus rien de romain, pas plus qu’il n’avait encore quelque chose d’humain. Mais elle était tout de même la lointaine descendante de la grandeur qu’il avait aidé à construire et précipiter dans le même temps.


Un bruit derrière lui le fit soudain se retourner, ses globes noirs cherchant quelle âme innocente et malchanceuse osait perturber ce bref moment de recueillement et de réjouissance. Mais ses pupilles retrouvèrent une apparence plus humaine quand elles se posèrent sur une silhouette qu’il n’avait plus croisée depuis des âges. « Toi, ici ! Mais devrais-je seulement m’étonner ? » Sa flamboyance habituelle, inchangée depuis leur dernière rencontre, se marquait dans ses manières. Il s’écarta, embrassant d’un large et théâtral geste du bras le paysage de fin du monde à leurs pieds. « N’est-elle pas magnifique ? Contemple, contemple, très chère, la fin d’un monde ! Et ils disent la destruction dénuée de beauté… »

________________


*HRP : j'me suis rendue compte que sa tronche actuelle datait de la WWII. Donc pour ce rp, il a la tête d'Alexander Siddig, parce que voilà


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Message Sujet: Re: End of All Days • Kali Lun 17 Oct - 0:34


End of all days

Kali & Nero
« Les jours passaient leur chemin, semblables à une caravane fantôme. Ils surgissaient de nulle part, au petit matin, sans grâce ni panache, et disparaissaient le soir, subrepticement, happés par les ténèbres. Cependant, les enfants continuaient de naître, et la mort de veiller à l'équilibre des choses.» Y. Khadra
Nuit d'encre sur le Bosphore en flammes. Sur les ténèbres du soir se dessinaient les ombres infernales d'un tableau de maître. Une toile peinte par la main invisible d'un artiste amoureux de la destruction. Constantinople la Belle partait en fumée, au son des cris de ses habitants et du claquement métallique des armes qui s'entrechoquent. Une lente agonie qui s'éternisait depuis des semaines et prendrait bientôt fin. Sous les assauts de l'armée ottomane, les portes de la ville céderaient bientôt et Kali serait aux premières loges pour assister au spectacle. Elle avait admiré la fin du dernier souvenir de l'empire romain d'Orient. Tout un symbole qui partait en fumée sous ses yeux fascinés. Sentinelle invisible, spectatrice muette, elle observait, depuis les hauteurs, ce spectacle de désolation. La nuit et le froid s'étaient abattus sur le champ de bataille, telle une main invisible venue moissonner les âmes des mourants à l'agonie. Les râles montaient vers les cieux, mêlés au tintement des armes, aux cris de rages et aux pleurs. Mais les dieux resteraient sourds à leurs prières, détournés depuis longtemps des affaires de leurs ouailles. Ceux qui observaient ce soir, n'étaient là que part curiosité, avide de drame et de sang. Du haut de Sainte Sophie, Kali observait avec une impatience jubilatoire. Admirant le spectacle d'une population au bord de la ruine qui sait que la fin est proche. La basilique qui avait protégé ses habitants de son ombre bienfaisante semblait sur le point de s'écrouler, tout comme les remparts vacillants qui tremblaient toujours un peu plus sous les coups de l'ennemi. Bientôt. Constantinople voyait mourir les dernières heures de l'empire byzantin, dans l'indifférence générale.

La déesse huma l'air marin, emprunt d'effluves de cendres calcinées, de chairs en décomposition et de sang. Il y avait quelque chose de familier là dedans. Les batailles finissaient souvent par se ressembler une fois le glas sonné. Et celle-ci autant que les autres. Elle avait joué, s'était amusée à attiser les cendres encore chaudes du conflit autour de son dernier ennemi encore debout mais cette bataille était allée au delà de toutes ses espérances et Kali devait avouer qu'elle n'y était pour rien. Constantin avait précipité son empire dans la chute sans la moindre aide de sa part. La déesse hindoue n'était là que pour assister à la mort du dernier panthéon qui lui ai réellement fait de l'ombre au cours des siècles passés. Constantinople s'était depuis longtemps convertie au christianisme mais le panthéon gréco-romain qui l'avait tant provoquée subsistait à minima et Kali ne trouverait le repos qu'une fois celui-ci réduit en cendres. Et l'heure était proche. Attirée par l'odeur du sang, elle était venu rendre un dernier adieu à un ennemi mourant. Le monde changeait, inéluctablement et ils n'avaient d'autre choix que s'adapter ou mourir. Et Kali n'aurait eut aucun scrupule à faire ce qu'il fallait pour perdurer. Ses fidèles comptaient sur elle.

Au delà des murs de la ville, l'ennemi préparait son assaut. C'était pour bientôt. Sous les pleurs et les cris, Kali pouvait presque entendre le murmure des chants et des acclamations. La mort était partout en ces lieux et d'ici au lever du jour, elle frapperait encore et encore, insatiable dans sa récolte. On mourrait encore sur le champ de bataille et si elle y avait assisté de loin, la déesse n'était pas descendue se mêler à la foule. Recueillir les derniers murmures de ces mourants n'était pas sa tâche, ces chuchotements ne lui étaient pas destinés. Comment aurait-elle pu alors qu'elle était venue se repaître du spectacle ? Mais à travers les ruelles de la ville, là où gisaient prostrés les corps des innocents, elle était passée, ombre parmi les ombres. Un geste fugace, un effleurement, un chuchotis dans le froid glacial de la nuit. Et elle s'était effacée avant que les malheureux se rendent compte de sa présence. Le drame frapperait encore d'ici l'aube et le pire était à venir.

Un drôle de pressentiment. Comme une intuition. Et alors qu'elle s'éloignait du théâtre de ces tragédies, la déesse se laissa guider vers les hauteurs à la recherche de quelque chose. Une impression fugitive. Il était là, contemplant la ville en ruine avec un rien d'impatience et de joie. Les traits étaient différents mais son essence était restée la même. L'ancien empereur était venu assister à la fin du dernier souvenir de ce qui fut un jour sien. Cette époque était désormais révolue et mourrait pour de bon avec la fin de la belle Constantinople. Amusant qu'ils se rencontre ainsi. Ils s'étaient croisés à quelques reprises par le passé. Quelques instants fugaces, des regards moqueurs et autant de railleries pour les accompagner. Kali et Nero se connaissaient sans vraiment savoir comment. Un lien prenant racine dans la destruction et le sang.

« Et que devrais-je dire de toi ? Railla-t-elle dans l'ombre d'un sourire, je trouve cela étrangement intéressant que tu sois présent pour assister aux dernières heures de ton empire, n'est-il pas ? »

Et elle était apparue, laissant deviner sous ses traits de mortelle, l'image fugitive de celle qu'elle était réellement. Sous le vernis de l'apparence, on pouvait presque se rendre compte de la légère teinte indigo qui imprégnait sa peau et du flamboiement intermittent de ses prunelles, des éclairs dorés parsemant sa chevelure sombre. Et l'image disparaissait ensuite, telle un mirage que l'on était pas bien sûr d'avoir réellement aperçu.

« Ceux qui disent de telles choses n'ont jamais connu l'ivresse du sang et de la guerre, admit-elle, je dois dire que ce tableau à quelque chose d’étonnamment tragique. La fin est un phénomène inéluctable, il n'y a rien qui ne soit plus beau que de la voir à l'oeuvre. Mais je ne t'apprend rien. Si j'osais, je me demanderais si tu es venu en tant que simple spectateur, ô empereur ? »

Ironie au creux de sa voix. Le sarcasme avait fait le lit de la plupart de leurs conversations. Des railleries amusées, mâtinées de sous-entendus divers.



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Message Sujet: Re: End of All Days • Kali Mer 26 Oct - 8:34

Kali
&
Nero
Constantinople surpasse autant toutes les autres villes que Rome la surpasse. • SOUDA
Il pouvait le sentir, dans chaque fibre de son être noirci, il pouvait sentir ce calme tendu, cette appréhension qui crépitait dans l’air marin. Bientôt. Bientôt la marée hurlante déferlerait sur les pierres croulantes de la muraille en haillons, et de Constantinople, il ne resterait plus rien. Avec la flamboyante que Constantin avait précipité à sa perte, c’était l’ultime portion de Rome qui mourait. Le christianisme avait depuis longtemps fait des ravages, repoussant toujours plus loin ces déités auxquelles pourtant il avait autrefois consacré sa foi.


Constantinople brûlait, comme Rome avait brûlé, les flammes s’élevant vers le ciel dans leur rugissement furieux et leur symphonie de crépitement. Et lui contemplait, fasciné, comme il avait contemplé des siècles plus tôt sa chère Rome brûler de sa main. Ô Rome, belle Rome, douce Rome, amante entre toutes, vulgaire et splendide, comme elle lui manquait. S’il était une chose que l’être infernal qu’il était devenu regrettait de la bassesse de la vie humaine, c’était le plaisir de la Rome antique, impériale et invincible, grandiose et débridée. Constantinople avait été de ces villes sans limites et sans mœurs, autrefois. Aujourd’hui elle n’était plus que l’ombre de ce que la splendeur de l’Empire avait été, et n’eusse-été pour la pointe de nostalgie, il n’aurait rien ressenti alors que les pierres noircissaient sous ses yeux.


Un sourire mauvais déforma les traits sobres de l’homme qu’il possédait alors que son invitée surprise lui répondait avec la même raillerie que la sienne. Etrange lien que le leur ; il n’était de terme humain qui aurait pu réellement les décrire. Ils étaient l’exact opposé l’un de l’autre, mais proches en plus de point que tous deux n’auraient voulu l’avouer. « Aucune ville ne peut prétendre à la beauté de l’éternelle Rome, ma chère, aucune. Mais je n’ai pas pu m’empêcher de venir présenter mes hommages à la fin d’un monde, le mien. Dis-moi donc, ô Kali, si Delhi ou Lahore partaient en flammes, ne viendrais-tu point saluer le sort de tes enfants ? » Son sourire s’étendit à la suggestion de voir les grandes cités pluriséculaires de l’Inde partir en flammes. Il jouait, raillait, cherchait, comme ils le faisaient toujours l’un envers l’autre, jouant avec le feu et leurs colères mutuelles. Ses yeux noirs, billes de ténèbres sans fond, répondirent à la brève apparition de Kali, et soudain il laissa miroiter une seconde sa vraie forme, loup difforme et hérissé. Il était rare qu’un démon révèle sa forme véritable, et seuls les yeux d’une puissance supérieure pouvaient en être témoin sans rester hanté par le souvenir de l’horreur qu’elle représentait. L’apparence de Kali avait quelque chose de terrifiant, il devait le reconnaître, et il se surprit à penser qu’elle aurait pu créer l’émoi en Enfer. Etait-il seulement possible d’effrayer un démon ? S’il en était une capable d’une telle prouesse, ce serait probablement elle.


Il tourna de nouveau son attention vers la tragédie sanglante qui se jouait à leurs pieds, et il acquiesça lentement. Tel était l’élément qui les liait : une fascination morbide pour cette beauté unique qui ne se révélait que dans l’horreur et les cris des mourants. Le désespoir avait quelque chose de splendide, l’inéluctabilité de la fin quelque chose de pur et d’inimitable. Ô, Constantinople, qui sombrait dans la beauté grandiose de sa déchéance. « Toutes les fins sont inéluctables, ma chère, et toutes sont belles à leur façon. Mais certaines sont superbes, et j’oserais dire que Constantinople marquera les siècles par la magnificence de la sienne. » Il se tourna de nouveau vers Kali, son regard resté noir détaillant un instant cette forme humaine qui ne laissait rien soupçonner de la puissance brute affleurant sous la peau de la déesse. Un demi-sourire narquois déforma les traits marqués de sang séché de son enveloppe de chair. « Une question bien étrange, venant de celle qui est venue se délecter de leur chute. Car n’est-ce pas cela qui t’a ramené ici, la joie de voir leur dernier bastion s’écrouler, de les voir réduit à fuir pour leur survie ? Te voilà désormais reine parmi les dieux, toute puissante parmi les déchus, ô Kālarātri. »


Son sourire s’élargit, l’ironie teintant chaque son qu’émettait sa voix alors qu’il susurrait la forme de son nom signifiant nuit de la destruction. Un titre particulièrement adapté au vu des circonstances. Le démon n’avait plus que faire de ce panthéon de pantins qu’il avait autrefois, humain naïf qu’il était, imploré et vénéré. Mais il savait que Kali gardait contre ces divinités gréco-romaines la vieille rancune d’une menace à sa puissance aujourd’hui suprême. « Mais je ne suis pas venu qu’en spectateur. Toi qui te délecte de la guerre, que dirais-tu de prendre part à un combat d’une toute autre envergure, ma chère ? » Il s’écarta légèrement, lui laissant le loisir de contempler le champ de bataille encore désert, plongé dans la nuit éclairée par les flammes de la ville qui se consumait. « Contemple, ô déesse. Ressens. Ne sens-tu pas ce qui vient ? Il y a plus ici que des milliers d’hommes qui s’éventrent, qu’une armée qui s’apprête à charger. Non, ma chère, ce qui se prépare dépasse ce que les hommes ont pu imaginer de pire. » Et son sourire s’élargit, réjoui et énigmatique, l’enthousiasme dans sa voix à peine masqué par cette attitude théâtrale dont il avait fait sa marque. Oh, ce qui venait serait d’une superbe sans pareille.
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Message Sujet: Re: End of All Days • Kali Mar 1 Nov - 12:33


End of all days

Kali & Nero
« Les jours passaient leur chemin, semblables à une caravane fantôme. Ils surgissaient de nulle part, au petit matin, sans grâce ni panache, et disparaissaient le soir, subrepticement, happés par les ténèbres. Cependant, les enfants continuaient de naître, et la mort de veiller à l'équilibre des choses.» Y. Khadra

Une moquerie pour une autre. Sur fond de mort et de sang, cette scène lui laissait une étrange impression de déjà-vu. Des moments éparpillés au grès des siècles, où ils s'étaient croisés, comme répondant tous deux au même appel entêtant. Et si le message sous-jacent ne passa pas inaperçu, Kali n'en laissa rien paraître. Il n'y aurait jamais de trêve ou d'accord. Juste quelques paroles échangées au son des lames qui s'entrechoquent. Après cela, rideau. Chacun servait ses propres intérêts et s'il avait pu arriver que le destin les place chacun d'un côté de la ligne, ils n'hésiteraient pas à frapper. S'y trouveraient-ils un jour ? C'était tout l'intérêt de la chose, l'imprévisible. Cette petite interrogation. Viendrait-il ce jour où les mots seraient chargés de bien plus que de quelques moqueries sans conséquences ? Kali avait croisé l'empereur déchu à plusieurs reprises à travers l'histoire, observant son évolution alors qu'il n'était qu'un mortel ignorant. Inconscient de ce qui se tramait dans l'ombre mais certainement pas naïf alors que son regard se complaisait de voir Rome la Fière partir en cendre dans un immense et magnifique feu de joie. Et il était revenu, des siècles plus tard, de plus en plus changé et de plus en plus noirci par le temps passé aux Enfers. Mais la déesse qui n'avait rien d'une enfant de cœur n'était pas prête à s'effrayer de cela et la main du destin, joueuse, s'était amusée à entremêler leurs routes. Sentinelles silencieuses, ils regardaient le monde s’autodétruire avec un rien de joie perverse.

« Probablement, répondit-elle avec une ironie mordante, à ceci près que mes enfants sont parfaitement capables d'échapper à telle folie par eux-même. »

Constantin n'était qu'un empereur fantoche. Le souverain d'un monde en déroute qui n'avait pas réalisé qu'il n'était qu'un pion dans le grand schéma de l'histoire. Son propre peuple, Kali avait fait en sorte de leur apprendre l'indépendance, le sens de la justice et l'intelligence nécessaire pour perdurer à travers les siècles. L'heure où ses ennemis viendraient danser sur les cendres de son monde n'était pas encore venue. Et Nero savait parfaitement qu'elle tenait l'Inde hors  des frontières de leur petit arrangement mutuel. Il y avait encore bien d'autres mondes à détruire dont ils pourraient admirer la chute en restant simples spectateurs. Quoi que la déesse pressentait à l'air réjouis de son vis a vis, qu'il ne comptait pas le rester longtemps ; que le parfum de destruction qui flottait ce soir portait son emprunte. Ce ne serait pas la première fois. N'avaient ils pas œuvré, chacun de leur côté ? Chacun pour servir des intérêt personnels qu'ils se gardaient bien de dévoiler à l'autre. Sauf lorsque l'occasion d'un peu d'amusement sans graves conséquences se présentait à l'horizon.

« Constantinople paie le prix de l'arrogance de ses aïeux, répondit-elle avec un rien de satisfaction, cela fait longtemps que j'attends mon heure. Et plus longtemps encore que j'ai posé mes pièces sur le plateau. Mais cela tu le sais bien. »

Ironie de retour. Elle n'avait rien à cacher à ce sujet qu'il ne sache déjà. Sa présence ici ce soir n'avait rien de surprenant pour qui savait de quoi elle était capable. Vent de discorde, brise attisant les cendres du conflit pas encore éteintes, pour les transformer en incendie dévastateur. Kali aimait le feu et encore plus, la jubilation de savoir qu'il emportait avec lui bien plus que quelques pierres séculaires.

L'enthousiasme dans sa voix alluma une étincelle au fond de son regard. La déesse pressentait que quelque chose d'autre était à l’œuvre. Quelque chose qui déclenchait chez lui, bien plus que le simple plaisir d'assister à la destruction de son monde.Une étincelle supplémentaire, un petit détail. Le fameux éclat imprévisible.

« Tu en dis trop ou pas assez, Imperator, répondit-elle, tu sais bien que le mystère ne me sied guère alors ne te fais pas prier. Raconte moi un peu ce qui provoque ainsi ta joie. »

Il l'aurait fait de toute façon. Mais la déesse n'allait pas flatter son égo afin de découvrir le fin mot de l'histoire. Ils jouaient depuis trop longtemps à ce jeu pour ne pas en maîtriser les règle et Nero savait parfaitement quelle serait sa réponse en tentant de l'attirer par un tel discours. Mais Kali avait l'intuition qu'une ombre plus grande se cachait derrière sa main. La présence silencieuse qui suivait chacune de ses actions depuis que ses iris s'étaient habillées de ténèbres n'était pas bien loin. Ses yeux de déesse pouvaient voir au-delà de l'apparence. Percer à jour sa véritable identité, comme une ombre sous le visage émacié et les traces de sang. Une silhouette ourlant ses épaules qui n'était pas là durant sa vie de mortel. Elle savait parfaitement ce qu'il était, sentant également que sa présence ici signifiait un peu plus qu'un simple adieu à son monde.

« Je la vois, la fin, répondit-elle, les Hommes sont aveugles et sourds à ses appels mais toi et moi savons qu'elle s'en vient. »

Et au bas de la falaise, des mortels ignorants se préparaient à un assaut qui dépassait le cadre d'une simple bataille. Une issue qu'ils paieraient plus cher encore que le prix de leur sang versé, plus douloureusement que la Mort les arrachant à leurs corps périssables et plus inéluctablement encore. Byzance déchue l'ignorait encore mais elle se trouvait au bord du gouffre en équilibre précaire et une main invisible s'apprêtait à la faire basculer. Et ses ennemis avec elle.


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Message Sujet: Re: End of All Days • Kali Lun 20 Fév - 0:10

Kali
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Constantinople surpasse autant toutes les autres villes que Rome la surpasse. • SOUDA
Un jour viendrait où ce pas de deux deviendrait duel. Un jour viendrait où la joie malsaine de leurs échanges se muerait en peur. Il ne doutait pas que l’effroi qu’elle pouvait provoquer dans les cœurs dépassait même les plus grandes de ses terreurs. Peut-être même celle que son Maître provoquait encore en lui, le ramenant à la bassesse de sa condition et la lâcheté de son essence. Ou peut-être viendrait-il un jour où il la provoquerait une fois de trop, où il engagerait la dernière de leurs danses, les mots cédant la place aux armes. Des décennies de torture où il avait été écorché de tout ce qu’il avait été avaient peut-être fait de lui une chose, mais sa patience, inexistante à l’époque glorieuse de son humanité, semblait à présent infinie. L’éternité l’attendait. Et comme le chasseur charognard qu’il était, il attendait, tapis dans les recoins de l’histoire, attendant que l’ordre du monde balaye la voie de son ascension. Le sort, jusqu’ici, s’était amusé de leurs destins, croisant leurs routes comme on tresse des fils, tissant par ces entrelacs une fresque de destructions et d’apocalypses. Ils étaient les sentinelles, la mémoire vivant d’époques qui s’étouffaient dans la suie des incendies et les hurlements des massacrés. Un rire, sec et guttural, comme la promesse d’un rendez-vous toujours remis, le secoua. « Capables d’en échapper… En es-tu certaine ? Regarde tous ces hommes, qui se jettent sur les remparts comme une lame de fond destructrice toujours repoussée. Regarde ces femmes, ces enfants, piégés entre les murs immenses de leur tombeau. Sont-ils si différents de tes enfants, Mater ? » Il scruta la déesse de ce regard noir et sans fond, deux lacs d’encre qui semblaient près de se déverser dans les joues creusées de la carcasse qu’il occupait. « Ce dieu unique venu d’Orient a consumé les miens, tout comme il a consumé Constantinople. Un jour viendra où il consumera les tiens. » Et ce jour, sans doute, ils se tiendraient en spectateurs, mais les larmes qui abreuveraient le sol ne seraient pas les siennes.


Une clameur, soudain, monta du camp adverse, et comme en réponse à cette promesse de guerre, Byzance répondit dans un écho de désespoir. Bientôt, bientôt. Ses lèvres maculées s’étirèrent en un sourire. Dans le noir et l’odeur âcre de la suie qui montait en volute, le vent l’étendant dans leur direction, il pouvait presque retrouver le goût de ses souvenirs : ceux d’une Rome en flammes, en souffrance et en renouveau. Oh, comme il aimait cette destruction, de laquelle naissait une beauté toujours plus grande. La voix de sa comparse centenaire le ramena à la fatalité de leurs présents, les souvenirs de l’humain s’évaporant dans l’oubli du démon. « Le jour où Rome l'éternelle est partie en cendres... Tu es venue. Etais-tu là pour la contempler ? Oh, ce fut une beauté à laquelle ces chroniqueurs de pacotille ne rendent pas justice. » La question était montée brutalement, brûlant les lèvres du démon encore hanté de son humanité. Le temps effacerait ces derniers lambeaux d’humanité qui flottaient dans son âme, derniers haillons humains habillant le monstre. Mais qu’importe. Le temps n’était plus à la philosophie. Comme l’avait proclamé la déesse, la fin venait. Mais pas sous la forme sous laquelle les humains l’attendaient. Il s’accroupit, posant une main à terre. Et des entrailles de cette terre monta une vibration, un étirement des tréfonds impatients. Quelques mots susurrés dans cette langue noire qui était devenue la sienne, et la secousse qui suivit fut si forte qu’elle en fit trembler les remparts, détachant de leurs carcasses décharnées des pierres qui s’abîmèrent dans les douves en putréfaction. « Les Hommes… Ils ne sont qu’un prétexte. Il se joue davantage que la destinée déjà scellée d’une ville en ruine. La bataille entre les Hommes est déjà scellée. Pas la nôtre. » Et ainsi vint la fin. L’achèvement d’une bataille pour une autre. Les runes qu’il avait passé des jours à tracer s’activèrent, ouvrant le passage. Et des gaz de putréfaction du champ de bataille s’élevèrent, noires, les fumées d’une armée d’un autre genre. Les cieux s’ouvrirent, et descendirent, lumineuses, sur les remparts, les essences d’une armée d’un autre genre. Constantinople la Divine contre les démons ottomans. Le bleu du regard de quelques soldats sur les remparts contre le noir des iris des cavaliers ottomans qui s’amassaient à présent. « Un spectacle digne d’une invitée comme toi, ô Destructrice. Ne t’avais-je pas promis plus grandiose encore que la fin d’un monde ? » Les grandes batailles de ce genre étaient toujours l’occasion pour le ciel et les tréfonds de s’affronter sans que les hommes n’en gardent trop de trace. L’histoire humaine était parsemée de bataille où s’était joue l’ordre cosmique sans que ces pauvres bougres n’en aient la moindre idée. Quelques oracles l’avaient compris, mais la crainte des autres empêchaient la crédulité de prendre le dessus.


Mais sa mission n’était pas sur le champ de bataille. La ville abritait dans la fournaise de ses entrailles l’objet de sa présence, de sa mission, de son existence. Son Maître n’acceptait de voir revenir ses disciples les mains vides. Chaque tâche était un coup de poker sur sa propre existence. Quittant des yeux l’armée ottomane qui s’apprêtait à charger, il se tourna de nouveau vers la déesse. « Le choix t’appartient de contempler la fresque cosmique qui va se jouer ici. Ou de venir te délecter de l’horreur de Constantinople. » Sans un mot de plus, la bouche de l’homme qui l’occupait s’ouvrit dans un hurlement, le démon s’échappant dans un jet de fumée noire, laissant la carcasse à l’agonie s’écrouler derrière lui dans un râle et filant droit vers la ville, s’engouffrant dans les entrailles des ruelles à la recherche d’une carcasse acceptable.
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Message Sujet: Re: End of All Days • Kali Lun 27 Fév - 20:41


End of all days

Kali & Nero
« Les jours passaient leur chemin, semblables à une caravane fantôme. Ils surgissaient de nulle part, au petit matin, sans grâce ni panache, et disparaissaient le soir, subrepticement, happés par les ténèbres. Cependant, les enfants continuaient de naître, et la mort de veiller à l'équilibre des choses.» Y. Khadra

« Ce dieu unique ne fera rien à mes enfants, répondit-elle placidement, ils mourront de ma main avant que ce jour n'arrive. »

La déesse l'observa sans mot dire. Il y avait quelque chose de sombre au fond de son regard, un rien de détermination implacable. Elle savait bien qu'il ne serait pas dupe de ce trait d'orgueil de sa part mais la raison de sa tranquillité feinte était toute autre. Elle l'avait jalousement observée, cette entité qui peu à peu grignotait les empires de ses semblables, telle un mal inexorable engloutissant ceux qui étaient trop faibles pour lui résister. Kali savait qu'elle signerait sa propre perte en faisant une chose pareille, mais possessive, elle n'aurait pu permettre que les siens se fourvoient de la sorte. Elle les sauverait d'eux-même s'ils devaient en arriver là. En mère protectrice, elle n'hésiterait pas une seconde si les circonstances l'exigeaient, préférant la mort à l'idée de voir ses enfants sous le joug d'un autre. Et ce jour n'était pas arrivé.

Le passé était pour elle une notion très vague. Oh oui elle se rappelait. A une autre époque, bien des siècles auparavant, Rome était partie en fumée dans un immense feu de joie qui l'avait laissée transie de contentement. Bien évidemment qu'elle était venue, observant avec un rien de satisfaction perverse les derniers vestiges d'un adversaire se réduisant en cendre au son des cris et des hurlements de ses habitants. Un spectacle grandiose dont elle n'oubliait rien. Il était bien différent à l'époque, il était inutile de le rappeler. Si elle n'imaginait pas une seconde la route qui serait la leur à ce moment là, elle avait cru distinguer dans son regard une étincelle, le reflet d'une folie destructrice dont on ne pourrait jamais étancher la soif. Peut-être était-ce cela qui avait éveillé sa curiosité ? Peut-être que leur seconde rencontre des siècles plus tard était le fruit de ces quelques instants fugaces où elle avait assisté au triomphe solitaire de l'empereur déchu ?

L'invitation était lancée et si la déesse fut amusée de cette tendance au théâtralisme qui semblait ne jamais vouloir le quitter, elle n'en laissa rien paraître. Suivrait-elle ? Bien évidemment. L'occasion était trop belle pour ne pas la saisir au vol. Ce qui était sur le point de se passer ce soir serait grandiose, elle le sentait. Et Kali ne pouvait résister à l'envie de délaisser son statut de simple spectatrice. Trop longtemps elle avait œuvré pour que ce soir funeste arrive, il était temps de récolter les lauriers de son dur labeur. Pouvoir contempler la fin depuis l'intérieur avait quelque chose de plus attirant encore.

Le tableau s'effaça doucement, la ville en flamme disparu pour laisser la place à une vaste salle, dominée par une coupole imposante. Le décor aurait pu être grandiose. Mais le temps avait fait son œuvre, aidé ce soir par les affres de la guerre et du feu. Sainte Sophie, jadis majestueuse, semblait sur le point de s'écrouler dans l'indifférence générale. On avait barricadé les portes pour empêcher que la population ne trouve refuge dans son enceinte ou dans une tentative vaine pour se prémunir du pillage. Mais il était hélas bien trop tard pour ça. Les lustres avaient été arrachés de leurs support, les chandeliers renversés, les objets de culte profanés pour en extraire le moindre petit profit. La basilique ainsi désacralisée gisait dans un silence de mort. L'odeur du sang et des cendres calcinées flottaient dans l'air. Forme sombre effondrée au fond de l'abside, le Partriarche gisait depuis de longues heures dans son propre sang, mort en tentant de protéger un lieu de culte qui n'avait plus rien de sacré. L'église, lieu de vie, s'était refermée sur lui pour devenir son propre tombeau.

«  Satisfait de pouvoir enfin contempler Hagía Sophía de l'intérieur ? » Railla-t-elle à l'intention de son compagnon invisible

Le sol autrefois consacré se retrouvait sans défense à présent que l'on avait fait couler le sang en son sein et jeté à bas tous les signes qui avaient un jour témoigné de sa grandeur. La basilique, si elle tenait encore debout, fière malgré la fin qui approchait, n'était plus qu'un fantôme en train de disparaître. Un lieu de passage ouvert aux quatre vents à quiconque voudrait y pénétrer. Une bien triste vision pour ses habitants qui avaient grandi à l'ombre de ses pierre séculaires. Ce qui avait été le socle de leur existence, témoin fidèle de leurs vies était tombé sous les assauts de l'ennemi bien avant que la défaite ne soit prononcée.


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Message Sujet: Re: End of All Days • Kali Dim 12 Mar - 1:30

Kali
&
Nero
Constantinople surpasse autant toutes les autres villes que Rome la surpasse.
Et le monde partait en fumée, une fois de plus. Trait de noirceur qui filait dans l’air, se mêlant aux vapeurs sombres des espoirs des habitants de la ville qui se consumait. Il descendit le piédestal montagneux où il avait laissé la déesse à la décision de son sort ; puis se mêla à l’air vicié de putréfaction du champ de bataille, rasant la terre couverte de corps rongés, décharnés et démembrés, tandis que la terre grondait des sabots des chevaux ottomans. La charge se donnait au son des cris dans cette langue divine pour les uns, barbares pour les autres. Et cette marée d’hommes et de bêtes se déversait dans la fosse, piétinant les leurs et les autres indifféremment. Il remonta le long des remparts scarifiés des batailles incessantes, zigzaguant entre les soldats impavides qui contemplaient la lame de fond qui approchait, et s’agitaient avec l’énergie propre aux désespérés. Personne ne releva la présence surnaturelle de cette ligne de fumée noire dans le chaos des ordres braillés et des carcasses puantes et épuisées des hommes qui s’évertuaient à tenir cette ligne de défense vacillante. Il mont avers les cieux, se mêlant aux fumées des incendies qui dévoraient voracement habitations et hommes indistinctement, se délectant des plaintes des futurs damnés. Priez, priez votre Dieu. Bientôt vous découvrirez les châtiments décidés par votre dieu d’amour et de pardon. Repentez-vous, pauvres damnés, car bientôt vous serez de ces essence dépravées venues combattre les êtres de lumière perchés sur les remparts. Hurlez, hurlez, car voici venu l’heure du Jugement Dernier.

Finalement, Sainte-Sophie se dressa, aveugle et branlante, ultime bastion des Cieux. Il descendit en piqué, prêt à ce que l’interdit du sacré repousse l’aberration qu’il était. Mais rien ne vint. Il s’infiltra dans la carcasse de pierre, découvrant la maison de Dieu saccagée par ses enfants. Il tournoya dans la coupole, son être devenu joie d’avoir bravé le sol sacré d’un fort divin de légende. Sainte-Sophie, bafouée, ravagée, déshonorée, n’était plus. Les hommes avaient désacralisé leur propre temple, pillant les richesses qu’ils avaient eux-mêmes entassées. Stupidité de l’être qui cesse de croire au moment où en dépend son salut. Un son, soudain, s’éleva, brisant le silence morbide d’une Sainte-Sophie en deuil. Dans un sifflement coléreux, il força la double porte qui s’ouvrit en claquant, dispersant les humains alentours qui hurlèrent au démon. Trouver un homme qui tienne encore debout. Mais pas un pauvre hère en haillons. Apocalypse ou pas, le temps n’était pas encore venu qu’il se peigne avec un clou. Il fila dans les rues, les gens se signant sur son passage, hurlant à la damnation. Soudain il bifurqua, s’engouffrant dans l’âme d’un cavalier qui filait dans les rues, sans doute vers Constantin réfugié quelque part au centre de la cité.

Rênes en main, il fit bifurquer la bête, les sabots claquant sur le pavé. Et Sainte Sophie se dressa de nouveau, vestige de grandeur dans une ville qui hurlait. Il s’engouffra dans l’entrée béante, trouvant la déesse aussi seule qu’avant, sous le regard éteint du Patriarche qui avait teinté de son sang son propre autel. Le claquement de la corne sur le sol orné de la basilique lui fit arrêter l’étalon sous lui, qui ronfla de protestation. Un rictus mauvais étira les lèvres de l’homme qu’il portait, trahissant de ce sourire caractéristique le démon qui le hantait. Sainte-Sophie. Le sacré était temporaire ; la damnation, éternelle. Soudain, une clameur monta dans la nuit. Les Ottomans approchaient. Il baissa les yeux vers la déesse, l’étalon dansant sous lui. « Alors, ne souhaites-tu pas voir Constantin tomber ? Refuserais-tu ce présent que je t'offre ? » Et d’un geste du menton il lui désigna l’extérieur. Qu’elle montât en croupe ou qu’elle y aille à pied, peu lui importait. Mais sa mission n’attendrait pas ; l’histoire était en marche, et sur les remparts se décidait une guerre biblique. Constantin et son âme avaient plus d’importance que le dédain de Kali ne voulait lui en accorder, mais Nero ne pouvait se permettre de faillir. « Je ne suis que l'esclave de mon Maître, et il n'est pas homme à accepter l'échec. Je n'ai pas encore la liberté de flâner que tu peux te l'accorder. Suis-moi, mais ne tarde pas. En selle, ô Mater ! » Un léger rire le secoua, provoqué tant par la raillerie que par la joie futile de ce simulacre d’humanité qu’il lui plaisait parfois de retrouver. Sillonner le malheur de Constantinople du dos d’un cheval. Pour peu, il se serait cru revenu pendant cette nuit enflammée, un millénaire et demi plus tôt, à Rome. Ô, temps glorieux, comme votre souvenir est doux-amer.
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Message Sujet: Re: End of All Days • Kali Mar 21 Mar - 13:23


End of all days

Kali & Nero
« Les jours passaient leur chemin, semblables à une caravane fantôme. Ils surgissaient de nulle part, au petit matin, sans grâce ni panache, et disparaissaient le soir, subrepticement, happés par les ténèbres. Cependant, les enfants continuaient de naître, et la mort de veiller à l'équilibre des choses.» Y. Khadra

La visite ne serait que de courte durée. Il n'y avait déjà plus grand chose à voir dans la basilique silencieuse. Rien que de l'obscurité et l'odeur du sang et des cendres flottant dans l'air. L'aura s'en était allée, brisée par la mort et la destruction. Il l'avait arrachée à sa contemplation funèbre, soudainement devenu plus pragmatique. Il y avait quelque chose qui l'entravait, se rappelant parfois à son bon souvenir. L'ombre fantôme de chaînes à ses poignets le forçait à suivre le chemin tracé par un maître invisible. Après tout il n'était pas ici par pur plaisir, elle n'en avait jamais douté. Il n'avait jamais parlé ouvertement des raisons qui l'amenaient dans cette cité en ruine mais elle se doutait bien que ça n'était pas simplement pour assister à un peu plus de destruction. La déesse résista au plaisir de le retarder encore un peu, uniquement par envie d'agir selon ses propres règles. Mais l'affrontement serait stérile. Il aurait raison sur un point, au dehors le chaos déferlait sur la cité et il y avait au delà de ces portes un combat auquel elle serait ravie d'assister. Si elle tendait l'oreille, la déesse aurait presque pu imaginer la symphonie des cris et des lamentations, rythmée par le sifflement des armes et le claquement des pas sur la pierre. Constantinople était devenue une souricière et ses habitant les otages malheureux de cette tragédie.

«  Qui serais-je pour refuser une offrande ? »
Répondit-elle avec suffisance

Éclat amusé dans son regard. La Mère jubilait. Elle percevait comme une urgence qui n'était pas là quelques secondes auparavant. L'ombre en arrière plan était en train d'assurer son emprise sur la situation, ses griffes se resserrant de plus en plus. Mais cédant à la tentation d'assister au spectacle, elle se matérialisa prés de son guide. Elle ne venait pas interférer dans ces plans là, quand bien même l'aurait-elle voulu . Elle était consciente que pour ressortir d'ici il valait bien mieux ne pas mettre le doigt entre l'arbre et l'écorce. Meurtrière la déesse, mais pas stupide. Mais la Mater qui n'appréciait pas qu'on fasse mine de lui forcer la main se fendit tout de même d'un ultime avertissement, posant une main griffue contre l'arrière de son crâne. Il en serait toujours ainsi. Ils seraient toujours sur le fil, en équilibre instable de part et d'autre de la ligne qui les séparait. Et Kali ne perdrait jamais une occasion de le rappeler.

«  N'oublies pas qui je suis, menaça-t-elle mielleusement, je ne me placerais pas entre toi et ton geôlier mais ne me donne point d'ordre, je fais ce que bon me semble. »

Oublier le décor lui aurait presque fait se sentir dans la peau d'une mortelle. Mais il était impossible d'ignorer le tableau de destruction qui défilait sous ses yeux. La ville plongeait dans le chaos inexorablement et une aura de désespoir teintait les lieux, ses victimes comprenant que la fin s'en venait et qu'il n'y aurait pas d'autre issue pour eux. Ils étaient là, sentinelles sur leur route, visages grimés de noir où se dessinait le sillon funèbre des larmes et du sang. Comme des fantômes avant l'heure, derniers spectres encore debout alors que leur monde s'effondrait. Lueur de défaite dans leur yeux, sanglots et prières, la victoire avait un parfait étrangement enivrant. Mais la déesse se réjouissait bien plus du sort des puissants que de la misère de ces quelques victimes qui n'étaient que des dommages collatéraux, sacrifiées par plus puissant qu'elles. Mais à l'heure de payer leurs crimes, ils y passeraient tous. Innocents comme coupables.

«  Constantinople est venue te livrer ton dernier triomphe, s'amusa-t-elle, nous assistons à la mort d'une ère. En route, nous sommes presque en retard pour la représentation ! »



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