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 Take me home || Pv Melchior.

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Message Sujet: Take me home || Pv Melchior. Sam 24 Sep - 18:22

en cours

sujet privé ; ft. Melchior d'Arundel

type ❖ flashback

date ❖ Entre septembre et octobre 2015, admirez la précision

informations spatio-temporelles ❖ nuit, temps orageux - il pleut des cordes, le vent souffle par bourrasques, les éclairs zèbrent le ciel ... En gros, ça pourrait être l'Apocalypse.

intervention du MJ ❖ non merci

Autre ❖ Les scènes de retrouvailles sous la flotte, y'a rien de plus romantique, surtout lorsque l'on est deux carcasses complètement fracassées. Cherchez pas la glue au supermarché, on a vidé les stocks, et c'est pas dit que ça suffise pour réparer nos coeurs brisés.

© HELLOPAINFUL; revisité par SHADOW


Take me home
“Came to you with a broken faith
Gave me more than a hand to hold
Caught before I hit the ground
Tell me I'm safe, you've got me now” JESS GLYNNE

_________________


Plic. Plic. Plic. Plic. Plic. Plic. J’écoute les gouttelettes de pluie tomber sur ma vitrine endeuillée du soleil d’une oreille distraite, habituée par leur chant d’agonie qui dure depuis déjà plusieurs heures. Elles se battent contre le vent avec courage, s’offrant à la tempête malgré elles mais, tels des naufragés tentant de survivre à la noyade certaine,  elles finissent malgré tout par perdre, se crashant lamentablement sur les parvis gris et sale de la cité. Chaque jour se ressemble sans pour autant être tout à fait le même depuis l'instant, tragique, où j’ai signé ma ruine certaine. Chaque heure de tempête n’est plus aussi magnifique qu’alors, quand la vie se ruait dans les veines de ma défunte amie. Les tornades mugissantes autrefois réconfortantes ne m’offrent plus qu’une suffoquante sensation de claustrophobie. C’est pourquoi, je le déplore, alors que je devrais être dehors à psalmodier mes prières en cette sombre heure, je suis ainsi recroquevillée, vieille et seule, dans mon caveau ouvert - tombe faite de parchemins burinés par les âges, pages cornées de manuscrits indatables, encre presque effacée. L’odeur rance, familière, parvient encore à me bercer mais le sommeil continue toujours de me fuir, m’offrant une caresse imaginaire avant de s'évaporer au premier interstice de lumière rencontré. Une nuit de plus plongée dans les ténèbres des mots, seulement éclairée à la bougie comme au temps où l’électricité n’était qu’un vague songe. Une nuit de plus à ressasser le passé. Combien de lettres écrites restées sans réponses comme à cette époque, maudite, où j’étais tenue éloignée des miens ? Combien de minutes à prier, de secondes à trembler dans la douloureuse attente ? Je l’admets. Cette fois le drame n’a pas embrassé mon front – pas directement, non. Non. Peut-être était-il lassé de ma présence, peut-être me préfère t’il corps décharné, stature recroquevillée, figée sous un tas de couvertures patchwork dont auraient honte mes ancêtres. Je ne sais. Ne veux pas savoir. Pas ce soir. Pas ce soir. La grande pendule a arrêté son heure, la Mort a limé sa faux et j’ai pleuré, comme rarement. Pour une fois, j’aurais aimé être plus que la simple spectatrice de la déchéance. J’aurais donné ma vie pour la sienne, et cela n’a rien à voir avec toi. J’aurais hurlé si j’avais pu le faire. Le cri, silencieux, qui est sorti de ma gorge n’a pourtant jamais dépassé la porte du luxueux appartement. Pourquoi ? Comment ?! Cruelle machination, comme le jeu devait être drôle ! Je veux les tuer. Je vais les tuer. Telles étaient mes pensées alors, il y a plus d’une année. Aujourd’hui le goût de la vengeance, si peu familier, erre encore sur ma langue lors de ces soirées où, seule et fatiguée, même la compagnie des livres ne peut me distraire. Elle devrait être en train de chanter de l’opéra. Tu devrais être en train de sourire, avec cette mimique si particulière qui est tienne. Où es-tu, tendre ami, en ces heures sombres ? Tu es vivant. Tu dois l’être, m’entends-tu ? Je le sentirais, sinon. Je l'espère. J'y crois tant. Je prie pour savoir si jamais tu … Tu as encore tant à conquérir. N’avez-vous pas déjà bravé la Mort ? Lui, grand et noir, drapé de cet air digne et certainement blasé. Il s’est contenté de nous priver de la lumière réconfortante d’une femme qui comptait, celle pour qui tes yeux brillaient plus qu’en contemplant les étoiles à leur firmament.  

Plic. Plic. Plic. Tic. Tic. Tic. Je ferme les yeux, soudain éblouie par l’éclair foudroyant. Une fraction de seconde. Une année pleine. La rancœur est toujours là, tapie, patiente. Cela ne me ressemble pas. Cela ne me ressemble plus. Un soupire s’échappe d’entre mes lèvresrouges et je me lève, drapée telle une reine déchue dans mon plaid élimé, avant de déposer sur le petit canapé rococo Pride & Prejudice de Jane Austen - juste au dessus d’un recueil de Victor Hugo. Je ne caresse plus les livres comme ils le méritent depuis longtemps. Bien sûr, je continue de les classer. De les trier. De les aimer. Mais l’acceptation peine encore à faire sa place dans mon cœur. La fougue qui m’habitait vit encore, prête à s’enflammer, à rugir, déterminée. Je n'oublie pas. Jamais.
Tic tic tic tic. Ding. Ding. Ding. Ding. Ding. Ding. Je m’approche de la double fenêtre à pas lent, telle une mariée nerveuse devant l’autel, ignorant les six coups de l’aube. Quelque chose arrive. Quelque chose approche. Je le sais. Je le sens. Ma gorge s’assèche, je me redresse fière, fronçant quelque peu les sourcils, incertaine. La porte à l’avant n’est pas ouverte. Seule la porte arrière, celle avec le battant qui grince affreusement et qui donne sur la cour de derrière, l’est. Le jardin, noyé sous l’eau, semble d’ailleurs m’appeler inconsciemment. Nouvel éclair, grondement de tonnerre, mon corps s’arque de lui-même, mon sang bouillonnant. Il faut y aller - c'est un appel. Mais sortir sous la pluie, par ce temps ? Suis-je donc tant folle que j’en ai perdu la raison ? Abandonner la chaleur de mon foyer et mes livres pour quoi, au juste ? Manquer de me faire tuer ? Tomber sur un fou ? Plus d’un an à chercher ses meurtriers, sans aucune piste valable, pour quoi, abandonner, maintenant ? Qui oserait donc s’aventurer ainsi sur mon domaine ? Un mirage, peut-être. Ou la Mort, elle-même, s’invitant sans raisons.

Ding. Ding. Ding. Ding. Ding. Ding. L'horloge déglingué martèle de nouveau, riant à mes dépends. Sourire fugace sur mes lèvres tandis que je délaisse mon antre, finalement. Le déluge inonde le ciel et la terre boueuse me promet une difficulté supplémentaire. Qu’importe. Ne suis-je née dans le Bayou ? J’ouvre la porte qui, rouillée, émet un craquement humide d’agonie certaine, avant de scruter les ténèbres, sans plus d’intérêt aucun pour tout ce qui peut bien se passer à l’arrière. Le silence m’entoure, loin d'être réconfortant pour autant. Beaucoup dorment encore à six heures – le commun des mortels toujours. Mais, ne sommes nous pas au-delà de leurs règles ? Ne sommes nous pas quelque chose de plus, de grand, de brisé, de beau, de fou ? Tant de fois reprisés, recollés, ressoudés, souillés mais debouts, chancelants mais vivants, mugissants, suppliant, hurlant à en crever. Et comme ce soir là, il y a plus d’un an, un énième éclair déchire le ciel suivit de près par le jugement divin terrible - grondement féroce de bête annonçant la chute du monde et son point culminant. Mais cette fois-ci, mon cher, c'est différent. Car c’est ton corps qu’il inonde de grâce et de lumière, la pluie s’écartant de toi comme t’entourant d’un divin halo. Cette fois-ci, my dear. Est-ce un rêve ? En moi, mes boyaux se tordent. Mes jambes tremblent, mes yeux, écarquillés, ne savent que croire. Que faire. Est-ce la fièvre, encore ? Est-ce un énième verre de trop ? Un démon ? Je n’entends plus l’aboiement pitoyable des feuilles qui claquent dans cette tempête apocalyptique. Je ne sens plus la morsure gelée de l’eau qui court le long de mon épiderme tremblant. Les cheveux défaits, le regard fou, le froid mordant ma chair, mes pieds nus s’embourbant, je n’en ai que faire. Qu’importe si ma chemise de nuit me colle à la peau. Si mon plaid glisse, s’envole. Plus rien ne compte à présent. Plus rien n’existe autour de nous, outre ta présente, ta stature. Ton être. Plus rien, outre cette course poursuite contre le soleil qui, malgré les nuages noirs soudain amicaux, peut réapparaître à tout instant. Plus rien outre, peut-être, mes bras faibles - comparés aux tiens - qui encerclent ta taille brusquement, mes os craquant en rencontrant les tiens, t’enserrant comme si tu allais disparaître d’une seconde à l’autre. Plus rien, outre cette étreinte brève, mon nez se nichant dans ton manteau pour respirer les effluves d’un passé commun trop longtemps oublié, renié, rangé, relégué comme songe homérique sans raisons.
« Melchior … » Enfin. Enfin, un nom, le tien, prononcé, étouffé, déglutit. Un soupire, pitoyable caresse, prière inaudible où se mêle soulagement et douleur, peine et désir. Un cri désespéré, avant que la colère ne l’emporte pour de bon. Que mes yeux, désormais larmoyant, ne se relèvent pour s’ancrer dans les tiens, furieusement - me donnant l'air, outre que pitoyable, plus effrayante encore que les éléments déchaînés nous entourant - tout du moins c'est là ce que j'espère, secrètement. « Melchior. Espèce d'abruti inconscient ! »



How can I say this without breaking ? How can I say this without taking over ? How can I put it down into words when it's almost too much for my soul alone ? I don't want them to know the secrets. I don't want them to know the way I loved you. I don't think they'd understand it, no, I don't think they would accept me, no ! I loved and I loved and I lost you. I loved and I loved and I lost you. I loved and I loved and I lost you ... and it hurts like hell


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Message Sujet: Re: Take me home || Pv Melchior. Dim 25 Sep - 20:56


take me home.
(adele) ▽ Hello, it's me. I was wondering if after all these years you'd like to meet, to go over everything. They say that time's supposed to heal ya but I ain't done much healing.
Ligne effilée de carrosserie noire qui filait dans la nuit, la pluie battant avec une vaine furie le métal poli. Le voyage avait duré des heures. Sans s’arrêter. Les miles s’étaient suivis, les paysages s’étaient succédés. Californie, Nevada, Utah, Wyoming, Nebraska, Iowa, Illinois. Les noms se succédaient et se ressemblaient tous. Il aurait pu aller plus vite. Economiser une heure, une journée. Economiser ce temps qu’il croyait autrefois précieux, ce temps qu’il croyait autrefois infini. D’éternel, il était devenu interminable. A quoi bon grappiller des minutes ? Il était vide de sens, vide d’idées, vide d’envies.

Il était revenu. Pourquoi ? Il l’ignorait. Son instinct l’avait rappelé à l’endroit de sa chute. Il était revenu. Mais cela n’avait pas de sens. Il ne savait que faire, que dire, que vouloir. Qu’y avait-il à espérer dans un monde où elle n’était plus. Le temps passait, et lui assistait, immobile, impassible, figé, au déroulement du monde. Il avait songé à mettre fin à ce vide angoissant qui l’aspirait de l’intérieur. Il avait cherché la mort, dans les derniers vestiges de conscience qu’il lui restait, un an plus tôt. Mais la Mort n’avait pas voulu de lui. Elle l’avait rejeté, narquoise, l’enfonçant un peu plus dans la détresse et la démence. Il avait tout eu, il avait tout perdu. Et le Monde continuait de tournoyer.

L’orage battait Chicago avec une fureur effroyable. Un éclair zébra le noir, balafrant les ténèbres d’un jet de lumière pâle. La lueur effleura le toit des maisons avoisinantes, donnant un instant à ce quartier pittoresque des allures fantastiques. Il était revenu ici. Pourquoi ? Il ne savait que lui dire. Il ne savait même pas si elle voudrait de lui. Il avait brisé avec lui ces rares êtres sur Terre pour lesquels il donnerait tout. Il avait essayé d’écrire. D’expliquer. De supplier. Mais la plume était restée si longtemps au-dessus du papier que l’encre avait séché sur l’argent, alors qu’il fixait en silence le papier immaculé. Le vide, à nouveau. Qu’y avait-il à dire ? Il n’était plus. Plus vraiment. Plus tout à fait. Il restait de lui quelques parcelles, quelques poussières d’un souvenir éparpillé.

Peut-être était-ce pourquoi il était venu ici. Pour tenter de retrouver une partie de son âme qui lui avait toujours appartenu, à elle. Pour tenter de se souvenir de ce qu’il avait été, de goûter la saveur douce-amère des mémoires d’une époque plus heureuse. Ou peut-être parce qu’elle comprendrait. Elle saurait. Il n’y a pas besoin d’expliquer à ceux qui ont vécu dans leur chair et dans leur âme la douleur de l’irréparable perte. Si seulement elle voulait de lui. Le tonnerre gronda de nouveau la colère des éléments, et le vent battit d’une bourrasque la surface terrestre. Comme cette nuit-là. Il ferma un bref instant les paupières, sa main serrant le volant à s’en rompre les articulations. Brutalement cette même colère bestiale contre laquelle il luttait depuis un an monta, violente, impérieuse, innommable, des tréfonds de son âme écorchée. Un grondement imperceptible lui échappa alors qu’il ravalait cette rage inhumaine, folle et incontrôlable.

Un souffle plus tard, et il était hors de l’habitacle, la pluie battant sa peau glacée. Les gouttes semblaient presque brûlantes en comparaison de sa nature. Il laissa un instant la pluie battre son visage, trouvant dans la rythmique furieuse une échappatoire à la folie. Et l’éruption de cette rage folle redescendit lentement, tapie dans un coin de son être à la dérive. Elle reviendrait. Elle revenait toujours. C’était sa malédiction depuis ce jour, celle qui l’avait entraîné sur les chemins immondes de cette errance sanglante.

Soudain il tourna la tête. Une porte avait claqué. La pluie battait toujours le pavé, mais son ouïe inhumaine avait capté le son de trop, l’odeur qui différait, la cassure dans la symphonie de son environnement. Quelque chose en lui vibra soudain, comme l’appel sourd d’une rédemption. Plus tout à fait maître de ses propres mouvements, il suivit l’instinct qui lui hurlait d’y répondre, ravalant les doutes et les regrets. Long manteau sombre dans les ténèbres de l’orage, il glissa dans les ombres, se frayant un chemin jusqu’au décor irréel de ce jardin.

Soudain il s’arrêta, et la respiration dont il n’avait plus besoin mais qu’il mimait par mécanisme se bloqua dans sa gorge. Elle était là. Irréelle, apparition inondée de pluie et de peur, ses yeux un maelstrom de contradictions. Elle n’y croyait pas. Lui non plus. Et brutalement la spirale du temps l’absorba de nouveau, et le propulsa dans cet instant suspendu. Le vide disparut, s’effaça devant la plénitude et la bénédiction d’une seconde parfaite. Un choc. Une paire de bras menus qui l’encerclait, et les siens qui par réflexe enfermaient cet être aimé dans la protection de son étreinte. L’odeur douce et familière lui effleura les sens. Effluves paisibles de bois, de papiers et d’herbes. Le souvenir doux d’une époque révolue, dont eux seuls désormais se souvenaient. Son être à l’agonie retrouva dans cette présence familière un peu de son essence. De ses lèvres s’évaporèrent les syllabes familières de son prénom, qui soudain semblait avoir perdu son insignifiance. Peut-être était-il encore lui. Peut-être n’était-il pas tout à fait perdu.

Soudain le regard chaud et familier de son amie se releva, et le prénom résonna encore, cette fois plus dur, chargé des reproches douloureux qu’il s’apprêtait à recevoir. Habituellement, il aurait souri de la verve familière auxquelles les années ne peuvent rien. Mais pas aujourd’hui. Il détacha un bras d’elle, pour venir écarter de son visage rond les cheveux que la pluie avait rabattu en désordre. Il y avait entre eux une tendresse familière comme seules des années d’une complicité indescriptible pouvaient établir. « Lizzie. » Il avait murmuré ce surnom d’autrefois, si austennien, plus qu’il ne l’a réellement prononcé à voix haute, comme si ses cordes vocales avaient oublié comment articuler les sons. Soudain il remarqua que sa peau humaine est descendue plus bas que son métabolisme ne pouvait le supporter, ses lèvres bleues témoignant de la pluie glacée qui la battait sans relâche. Sans un mot de plus, lui laissant à elle le loisir de formuler cette rage que sa propre trahison avait provoqué, il enleva son caban de laine feutrée que la pluie luttait toujours à percer, et le déposa sur les frêles épaules de son amie de toujours. « Tu m’as manqué, Lizzie. » La voix qui sortait de sa gorge est plus rauque qu’autrefois, témoin que pendant ces longs mois les mots lui avaient manqué. « Pardonne-moi. » La supplique sortit dans un souffle, alors que son regard s’échouait dans celui d’Elizabeth, précieuse Elizabeth, le vide de ses iris se nourrissant du chaos d’émotion qui régnait dans les siens.  

(c) AMIANTE




One thing I have learnt is that you and I are opposites, but also just the same. Like an image in the mirror. We hate people. And they in turn hate us. And fear us. ▵ ©endlesslove.
may you be in heaven a full half hour before the devil knows you are dead
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Message Sujet: Re: Take me home || Pv Melchior. Dim 25 Sep - 23:59

Take me home
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Il était là. Tu étais là, tout entier, plus grand encore que dans mes souvenirs, plus beau que jamais, marqué par ta chute, lacéré par les milles et un tourment traversés. Tu étais là, présent, me dominant de ta stature voûtée, debout, perdu, brisé. Tu me fixais sans un mot encore, et j’ai en moi senti mon cœur se déchirer tel l’orage qui menaçait de nous emporter avec lui. Nous avions tant vécu. Nous avions tant perdu. Nous avions connu la joie, la peine, le bonheur, la haine, nous avions touché du doigt le Paradis, nous avions été précipité à tour de rôle dans les Enfers glacés et brûlants. Tout cela pour quoi, finalement ? Y avait-il vraiment une rédemption possible pour nous ? Je croyais que oui, désespérément. Il le fallait. A quoi bon vivre, sinon ? Melchior. Melchior … Ton nom avait glissé sur ma langue, écorché, à vif, ma voix rauque retenant des sanglots qui désormais tournoyaient en moi et que je ne contenais qu’à grande peine. Car je savais. Ta peine, je la connaissais, l’ayant autrefois vécue, à ma façon. Il n’y en aurait pas d’autre. Ce n’était pas possible. Que nous restait-il à présent ? Nous n’étions que deux vestiges d’un glorieux passé encore vivants, s’effritant pourtant dans la fureur des éléments. Nous n’étions plus réellement nous-mêmes, nous n’étions plus des enfants.
« Lizzie. » Ce murmure, sourd, emporté par le vent, avait suffit. Lizzie. Il n’y avait que toi pour m’appeler de cette façon en balayant mon corps de tes yeux perçant, cherchant la moindre trace de changement. Et malgré ton étreinte rassurante, malgré le peu de chaleur que diffusait ton corps, je n’avais pas pu y croire avant de l’entendre. Lizzie. Une larme, traîtresse, roula sur ma joue, suivit d’une seconde. Tu étais là. Enfin là. Mon ami perdu. Enfin de retour à la maison.
Je ne tentais pas d’essuyer la larme. Inutile, franchement. L’assaut des éléments persistait, et ils auraient très pu emporter ma maison dans leur fureur vu l’importance que je leur accordais sur l’instant. Non. Je te regardais toi, te dévorant à présent des yeux, à le recherche de chaque stigmate, explorant chaque cicatrice avec une rage inconnue jusqu’à présent. La colère, voilà un sentiment que je maîtrisais bien. La haine. Destructrice, salvatrice, passionnée. Effroyable amante, elle avait susurré son poison, le distillant dans mon esprit, il y a bien longtemps.  Redoutable ennemie, je pouvais sentir à quel point toi-même tentais de la tenir à l’écart, combien ce combat te coûtait. Car c’était un jeu perdu d’avance. Tu ne souriais pas, moi non plus. Lizzie. Était-ce encore moi à présent ? Peut-être. Sûrement.

Ce fut toi qui me ramenas sur terre. To qui me fis remarquer que, et bien, sommes toutes, j’étais la plus fragile, actuellement. J’étais celle qui subissait l’intempérie, ma peau bleuissant légèrement sous le froid, frissonnante – ton corps mort était chaud en comparaison. Tu m’enfilas ton caban d’un geste simple et mesuré, comme si tu avais fait ça toute ta vie – ce que tu avais réellement entrepris d’ailleurs – et je ne pus me retenir plus longtemps. Avec lenteur, ma main vint se poser sur ton visage balafré par la peine, caressant ta joue du bout des doigts avec cette tendresse coutumière qui nous était familière, comme si tu allais te briser. Tout cela, bien entendu, tandis que tu te baissais – le bougre que tu es faisait toujours trente centimètres de plus que moi, et je n’étais pas en état de léviter pour te regarder en face – tout en prononçant cette prière qui embrasa mon cœur de mille et une couleurs. Oh, Melchior. Quel idiot tu fais. Les larmes continuèrent de rouler sur mes joues, en écho à la pluie qui s’abattait encore sur nos visages, détruisant les efforts de mon ami pour me rendre présentable. Les perles salées dévalèrent la pente de ma peau de pêche, oui, mais je n’en avais toujours point cure. Car tandis que je prenais le visage de celui qui me connaissait le mieux – outre Alan – sur cette foutue planète entre mes doigts pour en aspirer les stigmates, un sourire naissait au creux de mes lèvres, brûlant mon visage, mes iris flamboyant de nouveau, mes poumons se gonflant d’air. « Que pourrais-je faire d’autre ? » Murmure tendre, voix rauque, le poids de mon cœur s’allégeant peu à peu : la colère – bien que toujours présente – laissant la place à de la gratitude. Te pardonner ? Bon sang, Melchior. Comment t’en vouloir ? Ma rage ne t’était pas destinée – elle ne le serait jamais. De nous deux tu es le seul qui devrait m’en vouloir.

« J’ai eu peur pour toi. » J’inspire doucement, contemplant tes iris, mon cœur se serrant à l’idée d’avoir pu, ne serait-ce qu’une seconde, te perdre toi aussi. Mes mains quittent enfin ton visage parfait pour venir serrer le caban à l’odeur musquée, simplement car, soyons lucides, je nage littéralement dedans, ce qui est ridicule. « J'ai cru que ... J'ai cru que je t'avais perdu. Que tu avais péri, toi aussi, l'espace de ces deux derniers mois. » Je baisse la tête suite à cette réplique, contemplant mes pieds boueux maltraités, simplement pour te cacher le maelstrom de ces émotions chaotiques qui viennent par vague me cueillir avec violence. En soit je n'avais aucun droit de te reprocher ton geste. En soit, je ne te reprochais rien, je me fustigeais de ma propre incapacité - car de nous deux, j'étais la pire. Je ferme les yeux une seconde tout en serrant ton manteau au point que mes os émettent une plainte inaudible, mes jointures tremblantes blanchissant rapidement, avant de finalement me détendre et inspirer par à coup pour me calmer. C'était fini. C'était passé. Comme l'orage passerait d'ici quelques heures, les fantômes retourneraient dans leurs tombes et laisseraient les vivants éreintés mais en paix - il le fallait.
« Viens te réchauffer. » Ma voix reprend quelques octaves, plus sûre bien que toujours rauque, tandis que l'une de mes mains amorce un mouvement pour venir attraper tes doigts et les serrer. Mais elle retombe finalement inerte contre mon propre corps, faible et désolée, point sûre de l'attitude juste à adopter, laissant mes prunelles te contempler à nouveau, te suppliant d’accepter. Parce que tu as tant à me dire. Parce que j’ai tant à confier. Car c’est ma faute, après tout, et peut-être même voudras-tu prendre ma vie en échange de cette impardonnable faute. Qu’importe. La douleur qui gronde en nous est trop forte, trop intense, bien qu'il faille pourtant continuer d’avancer, de briller, bien que faiblement. Pour elle. En sa mémoire. Pour nous, rocs centenaires. S'il te plait Melchior. S'il te plaît, accepte. Accepte.



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Message Sujet: Re: Take me home || Pv Melchior. Dim 23 Oct - 8:16


take me home.
(adele) ▽ Hello, it's me. I was wondering if after all these years you'd like to meet, to go over everything. They say that time's supposed to heal ya but I ain't done much healing.
Il aurait aimé, parfois, que le monde ne veuille plus de lui. Que l’univers accepte qu’il était un élément définitivement à part, une erreur dans l’équilibre chaotique des êtres qui tournoyaient et s’entrechoquaient. Il était l’anomalie, celui qui avait filé entre les doigts de la mort alors que son nom était, ce jour-là, sur cette liste infinie d’êtres à arracher à leur existence. Combien avait-il maudit cet instinct immémorial, irrésistible, bestial, qui l’avait poussé hors des bras d’un sort qui semblait pourtant scellé. Une nuit d’enfer, et le monde s’était retourné.

L’humanité était quelque chose de fragile. D’éphémère. De futile. De douloureux, surtout. Cette nuit fatale, le fil d’une lame teintée de ce sang mort et toxique qui les anéantissait l’en avait dépouillé, effeuillant la civilisation de son âme de monstre, écorchant son essence au point de ne laisser plus que l’instinct, primal et atroce, pour le maintenir en vie. Il ferma un instant les yeux. Qu’était-il venu chercher, ici ? Pourquoi était-il seulement revenu ? La démarche soudain lui sembla futile, dangereuse même. Etait-il prêt à ce qu’elle le voie pour ce qu’il était devenu ? Qu’espérait-il ? Il rouvrit brutalement les paupières quand la foudre hurla sa rage, illuminant un instant les iris brillantes de celle face à lui. Peut-être espérait-il retrouver dans ce regard une dernière survivance de ce qu’il avait été. Peut-être pourrait-il, en s’approchant assez de la flamme vacillante d’une amitié délaissée, combler le vide dévorant qui menaçait de l’engloutir chaque instant.

Il détailla avec la précision de ce regard sans âge les traits de celle à qui il aurait autrefois tout confié. Cherchant sans doute, dans la familiarité des angles et des rondeurs de ce visage, le signe qui lui montrerait qu’une fois encore, elle avait été incapable d’éviter les ennuis. Mais il ne trouva rien, sinon ces larmes perlant au coin de son regard et qui ne devaient rien à la pluie. Il leva la main, hésita à mi-course. Puis l’habitude des gestes simples et connues repris le dessus, et il effleura du pouce le haut de sa pommette, effaçant d’un geste doux mais vain les larmes et l’eau qui ruisselaient librement. Une chaleur dont il n’avait plus l’habitude forçait son chemin dans l’étrange carcasse vide qu’il était devenue lorsqu’elle lui accorda ce qu’il était venu supplier ; son pardon pour cette absence soudaine, violente, cruelle sans doute. La colère dans sa voix était encore palpable ; était-elle à son encontre ? Etrangement, il en doutait.

Une main glacée par le froid, mais toujours plus chaude que sa propre peau, se posa sur son visage, suivie de l’autre. Il s’immobilisa, statue de marbre devenant soudain inhumaine en un battement de cils. Il pouvait sentir sous la peau fine chaque battement, chaque tressaillement, chaque poussée du sang qui pulsait. Signe que si l’homme regagnait doucement sa part dans l’équilibre instable qu’il était, il ne pourrait jamais repousser aussi loin l’instinct qu’il l’avait fait par le passé. Et il se rendit compte brutalement que c’était en plusieurs mois le premier contact pouvant prétendre à la douceur. Le reste n’avait été que brutalité. Il baissa des yeux perdus vers son amie, décontenancé par ce dont il avait perdu l’habitude. Pourtant il y avait dans le sourire qui étira doucement ses traits féminins quelque chose d’infiniment doux, d’infiniment tendre, d’infiniment tendre, qui lui donna l’espace d’un souffle la confidence absolue en cette quête vaine de rédemption dans laquelle il s’était lancée.

La confession qui suivit le prit par surprise par sa brutale honnêteté. Peur ? Pour lui ? Pour ce qu’il était devenu ? Son esprit fracassé semblait peiner à concevoir que quelqu’un sur cette terre puisse encore concevoir de tels sentiments à son égard ; lui-même avait abandonné. Il inspira l’air glacial et humide alors que ses mains quittent son visage, laissant de nouveau la pluie battre vainement le marbre de sa peau. Elizabeth avait craint sa mort, redouté sa perte. « Sans doute cela aurait-il été pour le mieux. » Il n’y avait pas de colère, pas de douleur dans cette déclaration. C’était un fait. La dernière certitude qu’il avait à son sujet, le dernier regret aussi sans doute, était de ne pas avoir péri cette nuit. Avec elle. Il avait cherché la mort, après, inlassablement, suppliant pour que l’oubli et la fin lui soient accordée.

Et pourtant, il était là. Lorsque l’immonde avait enfin cédé le pas à une raison qu’il récupérait encore par fragments, il était revenu, cherchant auprès des rares êtres qui avaient constitué son existence des morceaux de lui-même. La colère et les reproches de son frère. Le pardon et la tendresse d’Elizabeth. Sa colère, à elle, sans doute, viendrait plus tard. Qu’à cela ne tienne. Il rebondissait sur les émotions extérieures, s’en nourrissait, pour tenter de reconstruire l’homme par-dessus le monstre. Et le processus était d’une douleur rendue savoureuse par son absence pendant ces longs mois. Il y avait quelque chose de fabuleux dans la douleur d’éprouver de nouveau.

Il la jaugea un instant du regard alors qu’elle l’invitait, notant sa main qui tenta et retomba. Et il hésita. Autrefois il aurait souri, lui aurait rappelé que les éléments n’avaient plus prise sur lui depuis des siècles. Mais pas aujourd’hui. Aujourd’hui il la fixait, simplement, cherchant dans ce regard sans fond la réponse à l'interrogation muette qui hantait ses iris – était-il seulement encore le bienvenu ? Finalement il hocha la tête, posant deux mains rassurantes sur les épaules d’Elizabeth pour l’obliger gentiment à faire un tour sur elle-même. « Tu as raison. Rentrons avant que tu ne gèle sur pied. » Et sans un mot de plus ils retrouvèrent le silence paisible de sa maison, les odeurs d’autrefois lui effleurant l’odorat – relents de parchemins, de papier et de poussière, herbes et cire. Un soupçon de sourire força presque ses lèvres lorsqu’il jeta un coup d’œil sur leurs apparences – trempés jusqu’à l’os, le tissu de sa chemise sombre collé à sa peau, mais formant encore un rempart efficace pour masquer les cicatrices encore trop fraîches de sa dernière incartade. « Va te changer, mettre quelque chose de sec. Je vais faire du thé. » L’habitude avait ressurgi presque artificiellement de gestes tant de fois répétés, de rencontres tant de fois renouvelées, d’habitudes d’une amitié si profondément ancrées. Mais la discussion qui allait venir allait demander à leurs âmes encore si britanniques tout le secours qu’ils pouvaient trouver dans la chaleur étrangement rassurante d’une tasse de thé. Il força un sourire sur ses lèvres, comme une assurance muette qu’il n’aurait pas disparu d’ici à ce qu’elle revienne. Car il y avait tant à se dire, et nulle part où commencer.



(c) AMIANTE




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Message Sujet: Re: Take me home || Pv Melchior. Ven 4 Nov - 12:53

Take me home
“And for the longest time I knew
There was nothing left for us to do
But I tried, oh, I try
And in this quiet company
There is nothing staring back at me
I'm in need of the sound” OF MONSTERS AND MEN

_________________


Les larmes inondent ce visage tant de fois contemplé dans le miroir, creusant dans ses sillons des rides qui ne devraient pas être, défigurant la grâce et rendant l’âge véritable de l’être qui lui fait face. Corps vouté contre la porte d’acajou sculpté, je ne puis les retenir plus longtemps, ces sanglots rauques qu’il me faut pourtant taire, poitrine se soulevant à un rythme douloureux et frénétique. Ô, Destinée, pourquoi s’acharner ainsi sur une âme si parfaite ? J’aurais tant aimé être là plus tôt. J’aurais tant aimé pouvoir, à ce moment, me placer entre le bourreau et le supplicié. Mais l’on ne refait pas le monde avec des si et des peut-être. Il serait si simple de revenir en arrière et tout balayer. Il serait si bon de tout figer. Pourquoi, ô Dieu, l’innocence doit-elle de nouveau payer pour un crime qu’elle n’a pas commis ? Pourquoi la haine était-elle toujours la réponse à la différence qu’on nous a imposée ? Ironie macabre d’un sort qui nous lie, nous qui marchons à présent sur cette terre souillée depuis plusieurs siècles. Nous ne devrions pas être. Est-ce une raison pour nous chasser ?
Se reprendre. Je dois faire face, être la lumière douce dans ces ténèbres aveuglantes, être l’étau rassurant qui combat la peur. Par où était-il passé ? Quel enfer avait-il pu traverser avant d’avoir la force de revenir ? Mon ami si fort se tord à présent, âme disloquée, gangrenée, écartelée. Le seul réconfort que je puisse en tirer est le fait de savoir que s’il est ici, Eliott le sait. Le seul espoir sur lequel je m’assieds est qu’il peut encore être sauvé de lui-même, qu’il peut encore être tiré de cet abîme brûlant qui l’étouffe. L’appelle. L’assiège. Le réclame comme sien. Et en moi la certitude pulse – moi vivante, jamais. Jamais. Jamais. Je serais là, quoi qu’il advienne. J’affronterais les éléments déchaînés pour lui, lui serrant la main, je hurlerais dans le vent à en perdre haleine – j’irais le chercher là où personne ne peut espérer l’attraper, je le ramènerais.  Le porterais. Avec un treuil s’il le faut. Mais je le ferais remonter – car je suis ainsi, présente depuis le commencement, la gardienne d’un bonheur interdit, l’ombre à laquelle il s’est toujours confié.

Et je sais. Il a besoin de se retrouver, de se souvenir de ce temps ancien et passé – cette époque qu’il fuit pourtant, tentant d’y réchapper … Et pourtant le voici. Il est là, chez moi, dans cet antre qu’il connait sans réellement se souvenir mais qui porte ma marque, mon emprunte, mon essence. Une chose à laquelle se raccrocher, un geste qui ne changera jamais – habitude floue et oubliée mais qui sera toujours présente, qui, paradoxalement est plus douloureuse encore. Car tout porte sa présence. Tout crie son absence. Quels que soient les pas qu’il fera, il la verra toujours, entendra sa voix, sentira son parfum. Fou de chagrin, elle le suivra comme un fantôme, accentuant l’insupportable. Car c’est toujours ainsi que cela se passe. Fragile. Ivre. La mort aurait été mille fois préférable mais, dans son égoïsme, la vie n’aime pas rendre ce qu’elle a pris. Arrachée. Piétinée. La solitude est le pire des maux, rendant l’absence plus insupportable encore que le silence.

C’est d’un geste rageur que j’efface les stigmates de sa folle présence, le cœur sonnant dans ma poitrine avec dureté. Se battre. Encore. Que peut-on espérer de plus à présent ?
Je me redresse finalement, ignorant les os qui craquent sous le poids des remords. J’ai laissé Melchior seul le temps d’aller me changer, écoutant sagement mon ami, en réalité encore trop secouée pour dire non, sachant pourtant pertinemment qu’il a raison. Il va avoir besoin de ma force, ce n’est pas le moment de tomber malade, d’être affaiblie. Forte de cette conviction, j’attrape la serviette chaude à portée, avant d’enlever les fripes humides qui collent à ma peau maltraitée puis d’aller ouvrir l’eau chaude de l’antique salle d’eau. Prendre un bain serait la meilleure idée qu’il me faudrait suivre, mais pourtant je n’en ai pas le temps. Non. Laver ma carcasse en dix minutes sera suffisant, la frictionner avec violence, regarder l’eau brûlante purifier ce qui a été meurtri, observer la boue et le sang melés se diluer en laissant un sifflement s’échapper de mes lèvres serrées par …
La douleur est ce qui nous maintient vivants.

Je ferme les yeux un instant, fragment de seconde, avant de laisser le loisir à mon corps de se détendre enfin. Mains crispées, j’attrape le shampoing pour démêler ma tignasse malmenée par l’intempérie, avant de me rincer, puis, tremblante, me sécher. Silencieuse, j’écoute chaque grincement de plancher, à la recherche de gestes qui pourraient m’indiquer qu’il est encore ici. Peur inutile, il n’est pas un rêve imaginé. Mais tentez-donc de détruire ce qui a été fait : l’angoisse ennemie reste là, tapie au fond de vous, le monstre attend, rieur, patient. Chassez le naturel, il revient au galop.

Il ne me faut pas longtemps pour reprendre visage humain. Enfiler une chemise de nuit présentable ne prend que quelques secondes, tout au plus, et l’enfermer dans une robe de chambre encore moins. Ignorer le picotement de mes pieds blessés, écorchés, est facile. Le reste est clairement plus compliqué : trouver des affaires pouvant lui aller, une serviette pour le sécher et, par-dessus tout, de quoi soigner ses blessures. Me croyiez-vous stupide au point de ne pas avoir remarqué ? Il est une partie de moi que je ne peux retirer – je le connais tant et si bien que je sais ce qu’il a tenté de faire. Je le sens, tout son être le clame haut et fort, et c’est sûrement pour cela qu’il vient me chercher. Moi. Après tant de temps. Demander grâce. Demander grâce dans sa propre église, cherchant l’absolution pour l’acte qu’il n’a pu commettre. Oui. La mort aurait été préférable. Mais je la remercie de l’avoir délaissée.
Souffle rauque qui sort de mes lèvres sèches, brûlure vivace dans ma gorge fragile tandis que je descends l’escalier avec autant de délicatesse que de prudence pour ensuite me diriger vers le salon – vide. « Melchior ? » Voix fluette, interrogative, inquiète. Est-il encore dans la cuisine, dernier lieu où je l’ai laissé ? Je pose mon fatras sur le canapé rouge datant du dix-huitième siècle, avant de soupirer et remettre en place mes mèches folles et humides derrière mon oreille, souriant malgré tout tendrement en voyant les deux tasses de thé fumantes qui attendent sagement sur la petite table basse. Comme avant. Je me redresse ensuite et vais pour me retourner … Avant de me statufier à nouveau. Ainsi se dresse-t-il à quelques mètres, si beau et fracassé. Il est tel un tableau que le temps a saisit, parfait dans son imperfection, et mon cœur se serre de le voir ainsi lamentable à nouveau. Ô mon ami. « J’ai amené de quoi te panser et te changer. » Je murmure, ne pouvant pas élever la voix plus que de quelques octaves, comme si le voile allait se déchirer. Je lui souris finalement, timidement, avant de désigner les dites affaires. Le sait-il sûrement mais il n’aura pas voix au chapitre s’il il tente de se rebeller comme un enfant. Je ne le laisserais pas repartir avant qu’il ne puisse correctement marcher. Et c’est à présent que tout se joue. Je te fixe, comme la première et dernière fois, avant de doucement écarter les bras en cette invitation silencieuse qui est notre depuis le début – un refuge sûr, une protection, une oreille attentive, une amie. Il est temps d’avouer tes crimes. « Laisse-moi t’aider. » S'il te plaît. Laisse-moi soigner tes plaies, avant de sombrer. « Raconte-moi. » Et n’omet aucun détails car, et pour toujours, je resterais ta silencieuse et fidèle compagne : cette ombre planante s'élevant, priant pour que le bonheur s'ouvre de nouveau à toi. Comme autrefois. T’étreignant doucement, chantant jusqu'à ce que le noir se lasse, que le lendemain ne vienne, chatoyant de couleurs nouvelles.




How can I say this without breaking ? How can I say this without taking over ? How can I put it down into words when it's almost too much for my soul alone ? I don't want them to know the secrets. I don't want them to know the way I loved you. I don't think they'd understand it, no, I don't think they would accept me, no ! I loved and I loved and I lost you. I loved and I loved and I lost you. I loved and I loved and I lost you ... and it hurts like hell


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Take me home || Pv Melchior.

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