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 Elizabeth W. Rochester || Can't sleep ? Take arsenic.

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Age : 243 ans
Métier : A été infirmière, herboriste, guérisseuse, libraire ... Indéfini aujourd'hui
Situation : Veuve 3 fois, célibataire endurcie amoureuse
Localisation : Nouvelle Orléans
Feat. : Helena Bonham Carter
Copyright : Lya (avatar), TUMBLR (gifs), Shadow & Pumpkyn ♥ (sign)
Je suis aussi : Gabriel ◈ Yehuiah ◈ Annabelle J. Graham ◈ Lyov A. Winston ◈ Bailey Johnson
Date d'inscription : 14/12/2015
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Message Sujet: Elizabeth W. Rochester || Can't sleep ? Take arsenic. Mar 15 Déc - 0:50

Elizabeth W. Styne


ft. HELENA BONHAM CARTER

ANECDOTE UNE ❖ Si Elizabeth est née et a grandit à la Nouvelle Orléans, elle possède des origines écossaises, anglaises et normandes de par sa grand-mère maternelle : Keitha Mackay, du clan Mackay. Il semblerait qu’elle ait également pour lointains ancêtres des membres de la famille Sinclair (ou Saint-Clair)
ANECDOTE DEUX ❖ Il est à savoir qu'elle s'est mariée et a été veuve par trois fois. N'ayant jamais connu l'identité de son père, son identité complète se trouve être donc Elizabeth Wilhemina Grace Mackay Rochester Styne Schreiber.  
ANECDOTE TROIS ❖ Elle se trouve être la mère adoptive de Gareth Styne et la mère biologique d'Aaron Styne. Victime d'une tentative d'assassinat par le clan Styne lorsque Aaron avait 5 ans, elle a du se résoudre à se faire passer pour morte, abandonnant ses enfants pour avoir la vie sauve. Elle a cependant toujours désiré les retrouver, et s'en veut aujourd'hui de ne pas avoir réussit à revoir plus tôt.
ANECDOTE QUATRE ❖ Elle a fait de nombreux métiers et a participé au deux guerres mondiales - coté anglais pour la première et coté allemand pour la seconde, en tant qu'infirmière. Elle est aujourd'hui herboriste à ses heures, lorsqu'elle ne tient pas sa librairie qui est également un magasin ésotérique.
ANECDOTE CINQ ❖ Elle est polyglotte. Ayant vécu en Russie, en Angleterre, en Italie ainsi qu'en Allemagne, elle a une très bonne maîtrise de ses langues. Par ailleurs elle a également quelques notions de grec et de français, parle couramment latin et semble en prime savoir se débrouiller en norvégien. Toutefois, quelque soit la langue parlé, elle utilise encore des expression jugée désuètes, dû à son éducation et son époque originelle.
ANECDOTE SIX ❖ Elle possède également plusieurs baraques disséminées dans le monde, dans lesquelles elles retourne fréquemment lorsqu'elle a besoin de prendre une pause (environs une fois à six fois, tous les trente à cinquante ans, lorsqu'elle n'y vit pas). Etant de nature volage et du à sa condition de sorcière, elle s'établit de même rarement plus de 5 ans au même endroit.
ANECDOTE SEPT ❖ Grande amatrice d'alcool, elle tient étonnamment bien l'alcool et avoue une préférence certaine pour la vodka russe de le whisky. Elle aime également le vin rouge, et lorsqu'elle ne boit pas pour les grandes occasions, elle s'avale des litres de thé fait maison.
ANECDOTE HUIT ❖ Bien qu'elle soit d'origine pauvre, elle a des manières nobles et se comporte comme telle. Elle a également l'éducation d'une personne bien née, fruits et acquisition d'un long et fastidieux entraînement. Ainsi, elle sait également jouer du piano, du violon, de la harpe, en écoutant également beaucoup - le classique et le jazz ayant ses préférences. Outre le fait qu'elle soit polyglotte, elle se trouve également admirablement douée pour la danse (valse, tango, menuet) et le dessin (ayant une préférence pour le naturalisme et les portraits, ce qui ne l'empêche pas d'admirer les impressionnistes).
ANECDOTE NEUF ❖ Elizabeth se trouve être insomniaque et pyrophobe - bien qu'allumer un feu ne la dérange guère, elle préfère cependant ne pas trop s'en approcher.
ANECDOTE DIX ❖ Les sorts qu'elle lance sont le plus généralement des sortilèges créés de toute pièce, qu'elle a longuement expérimenté et qu'elle a eu du mal à maîtriser. Certains dérivent du vaudou, d'autres d'anciens livres et formules que son maître lui a appris.
ANECDOTE ONZE ❖ Elle a toujours eu - et c'est encore vrai maintenant - du mal avec les machines. Ainsi, elle fait régulièrement planter les ordinateurs et autres vermines électriques du 21eme siècles. Pour écrire, lorsqu'elle n'utilise pas la plume et l'encre à l'ancienne, elle se plonge derrière une machine à écrire. Elle arrête également les aiguilles des montres, et n'a de cesse de remonter celles de sa montre à gousset - héritage et souvenir de son premier mari - qu'elle porte toujours sur elle.
ANECDOTE DOUZE ❖ Elle déteste les démons plus que tout au monde - et il est amusant de savoir que la future Meg Master fut son apprentie lorsque l'on connait ce détail, les chasseurs venant en seconde position bien qu'elle aide parfois ces derniers. Si un démon tente de lui chercher noise, elle n'aura de cesse de lui faire la peau jusqu'à y parvenir. Pour se protéger, elle s'est par ailleurs faite faire un tatouage anti-possession sur l'omoplate gauche il y a de cela trois ans. Si l'on devait continuer dans les protections, elle possède un pentagramme en argent autour du cou.
ANECDOTE TREIZE ❖ Niveau vestimentaire, il y en a pour tous les goûts, bien qu'elle aime principalement s'habiller comme au XIXeme siècle - ce qui s'accorde plutôt bien avec la décoration de sa boutique. Cependant, elle garde souvent une dague cachée dans ses fripes, par pure mesure de précaution, et se trouve très habile à la manier comme à la lancer.


CARACTERE
cérébrale + passionnée + curieuse + observatrice + rigoureuse & minutieuse + maniaque + méfiante + franche + surprotectrice + control freak + intuitive + discrète + indépendante + forte tête + dérangée + rancunière + respectueuse + rêveuse + sarcastique + angoissée + secrète.
Hello Darling ! Ici Elizabeth wilhemina grace Rochester, aka Eli, Lizzie, the fitheach. J'arbore fièrement mes 243 années depuis le 31 oct. 1772. Si tu fouillais mon dossier entièrement, tu saurais que je suis un(e) sorcière naturelle né(e) à la Nouvelle Orléans, et que je suis présentement une personne veuve par trois fois et mère célibataire ayant une préférence pour les hommes. J'exerce présentement le métier de libraire & guérisseuse, mais qui sait ? Il se pourrait que ça change.

pouvoirs & compétences diverses

en tant que psychique
psychométrie avancéetrès bonne maîtrise Capacité de voir le passé d'un objet en le touchant. Ce pouvoir s'est manifesté assez tôt, elle devait avoir huit ans. Cela ne marche pas forcément à tous les coups (disons à 75%) et fonctionne par prémonitions ou "flashs". Ces derniers sont plus ou moins nets qui durent entre quelques secondes et trois minutes lorsqu'elle pousse. Au choix, où elle parvient à voir les dernières minutes de vie l'objet si ce dernier a été brisé, ou elle revoit des moments forts en émotions et énergies que l'objet à emmagasiné comme si elle feuilletait un catalogue très rapidement. Lorsqu'elle pose ses mains sur un objet et que le flash se produit, elle est alors perdue dans le passé, déconnectée de la réalité, se retrouvant totalement à la merci d'un potentiel agresseur. Elle est enfin capable de revoir un souvenir autant qu'elle le souhaite - il lui suffit de toucher l'objet et se concentrer - toutefois elle évite de le faire, ce pouvoir restant gourmand en énergie si elle force trop longtemps.

Médiumnitébonne maîtrise Capacité de communiquer avec les morts. Malgré son enfance et son adolescence passées dans l'occultisme et le vaudou, elle n'a découvert cette capacité que vers ses trente deux ans, peu avant de devenir immortelle. Son premier mari (décédé alors depuis quelques années) lui manquait atrocement et, au gouffre du désespoir et aux portes de la mort, elle a tenté de l'appeler, réussissant au delà de ses espérances. Elle a besoin pour cela de bougies et, selon qui elle appelle, d'objets ayant appartenu au défunt - voir, au minimum, le nom de ce dernier écrit sur un parchemin. Ce n'est pas dit que le mort vienne et réponde, cependant elle réussit généralement à le trouver et à délivrer son message. La cérémonie est très ritualisée et elle reste respectueuse en toutes circonstances. Elle évite cependant de le faire un maximum, préférant laisser les morts là où ils sont - sans oublier le fait que l'on ne sait jamais ce qui traine dans les bas-fonds, sans compter que ce pouvoir restant également drainant si la communication dure trop longtemps.


en tant que sorcière
Immortalitéacquise Peu après que son maître l'ait retrouvée alors qu'elle était sur le point de mourir, la soignant malgré ses protestation, elle a décidé de choisir la voix de l'immortalité comme nombreux de ses pairs, simplement pour rembourser sa dette de vie. Elle donc désormais insensible physiquement au temps qui passe, ce qui ne l'empêche pas de pouvoir mourir et tomber malade.

Sortilèges VaudouExcellente maîtrise Le vaudou est sa culture, elle a grandit dedans et a continué de le pratiquer tout au long de son existence. Que ce soit pour protéger ou maudire quelqu'un, elle ne rate jamais son coup. Ses sortilèges sont d'ailleurs suffisamment puissant pour que les grigris habituels de chance ne fonctionnent pas lorsqu'elle se trouve à maudire une personne. Elle préfère cependant éviter - le plus puissant d'entre eux met 48h avant de tuer la personne visée.

télékinésietrès bonne maîtrise i s'agit là d'un des sorts lambdas. Elle se trouve être capable de bouger des objets, plus ou moins gros, par simple volonté de son esprit. En général, elle déplace et replace des livres au bon endroit avec, pour s'entrainer, lorsque ce n'est pas la salière. Cependant, elle ne l'utilise qu'en de rares occasions sur de plus gros objets car le sort a le désavantage de lui coller la migraine. Si vous l'énervez trop toutefois, il se peut que se soit vous qu'elle bouge, et dans ce cas vous risquez fort de finir encastré dans le mur.

Sortilège de pétrificationtrès bonne maîtrise Sortilège permettant de figer une ou plusieurs personnes, partiellement comme totalement, pour une durée d'une à trente minutes.

Sortilèges de torturetrès bonne maîtrise Elle connait de nombreux sorts qui vous brisent les os un par un, qui trouent vos organes et qui vous cuisent le cerveau - pour ne citer que ceux là. Elle n'aime pas les utiliser, mais n'hésite pas à le faire lorsqu'il le faut.

sortilège de transmogrificationbonne maîtrise Ce sort permet de changer la forme d'un être en autre chose de vivant et, bien qu'il soit assez jubilatoire à lancer, il reste complexe. Ainsi, si elle connait le sortilège et s'est longuement exercée avant de parvenir à le lancer correctement, elle ne l'a cependant employé que trois fois avec succès au cours de sa vie.

Magnétismebonne maîtrise capacité à ressentir l'énergie (magnétisme) et à utiliser cette dernière à des fins curatives (couper le feu, soigner les verrues, débloquer énergétiquement une personne ...). Elle possède cette capacité depuis l'adolescence, l'ayant développée peu à peu. Les sorciers étant lié à la nature au point de sentir ses changements et ses fluctuations, développer sa magie n'a fait qu'accroître ce don. Comme les autres, il se trouve épuisant à la longue, bien qu'elle puisse recharger ses batterie en dormant ou en prenant un bon bain de soleil, au calme, dans un milieu paisible et naturel.

Sortilège de résurrectionBonne maîtrise Il s'agit d'un sortilège lui permettant de revenir à la vie si elle est tuée. Pour cela, elle a placé un bout de parchemin à l'intérieur de sa cuisse droite.

sortilège d'illusionsmaîtrise moyenne avec un peu de pratique, tous les sorciers en sont capables. Ce n'est certes pas son point fort, elle l'avoue sans honte, cependant elle maîtrise assez bien pour avoir déjà réussit à berner des chasseurs.


Asylum

Connue sous le pseudonyme de shadow, j'ai présentement 24 pommes depuis le 24 / 02. Cependant, vous me reconnaîtrez peut-être sous le visage de Gabriel, Lyov a. winston, bailey johnson, yehuiah, Annabelle J. Graham. J'ai connu SH grâce à :ahah: et j'ai pris connaissance du règlement. La preuve bouffé What a Face.

Au passage, je crédite Avengedinchains pour mon avatar, Tumblr pour mes gifs & fanpop pour mon icon.

©️ HELLOPAINFUL; revisité par SHADOW


 

Spoiler:
 
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Message Sujet: Re: Elizabeth W. Rochester || Can't sleep ? Take arsenic. Mar 15 Déc - 0:50

Story of your life


« Le feu. Quand on y pense, c’est par là que tout à commencé. Des flammes, vives, hautes, rougeoyantes, dangereuses ... L’Enfer. Oui. Tout commence par une chatoyante explosion. Pourquoi la mort serait-elle différente ? »


Pour beaucoup, le début de notre vie commence par notre propre naissance. Je ne pense pas être de cet avis, considérant que le don qui nous a été offert commence avec nos ancêtres avant de se perpétuer dans nos cellules, pour ensuite s'évader et renaître dans celles de nos enfants. C'est donc par là que je débuterais mon récit. Non pas par moi – nous y viendrons bien assez tôt –, mais par le lien que j'ai entretenu, si bref, avec mes propres ancêtres ;  par le lien que j'aurais aimé entretenir avec cet homme, certainement fabuleux, qui est mon fils.


Son nom ne vous dira rien, mais qu’importe. D’elle plus rien ne reste, si ce n’est quelques traces de suie, chuchotis vagues, poussière de temps. C'était il y a bien plus de trois cent ans, voyez-vous. Cela remonte tant que moi-même ai-je tendance à me perdre. Bien. Fermez les yeux. Imaginez maintenant une pauvre paysanne superstitieuse du fin fond de la campagne écossaise, naïve mais courageuse, travailleuse et réaliste – que se soit à propos de sa propre condition comme de sa vie d’une façon plus générale. Cette femme, encore dans l’âge de l’adolescence, vit avec sa famille, composée d’un père fourbu alcoolique, de deux frères et quatre sœurs dont deux sont mortes en bas-âge, sans compter une mère qui, ignorante, est aussi bruyante qu’elle n’est efficace pour affronter le quotidien. Une simple famille de paysans en soit, dans une ferme qui se délabre de plus en plus, faute d'argent – et ce n’est pourtant pas faute d’y mettre du sien. Un beau jour, notre héroïne apprend que l'on cherche des volontaires pour embarquer sur un navire en direction du Nouveau Monde, pour peupler la Louisiane. En soit, elle l’apprend bien avant d’entendre les rumeurs. Elle le rêve. Elle le rêve, plusieurs nuits d’affilées, avant que cela ne se produise. Elle a, bien entendu, déjà vu partir nombre de gens – des colons anglais – vers d'autres régions, mais elle est elle-même trop casanière, trop jeune, craintive et peureuse pour oser aller explorer d'elle-même plus loin que son lopin de terre. Cette fois là pourtant, quand le moment se présente sous les traits d’un beau jeune homme blond, elle n'hésite pas une seule seconde. La maladie commençant à se répandre à travers le village, elle préfère quitter son pays pour vivre sa propre aventure, troquant la misère et la maladie contre l’inconnu.

Siobhán. Tel était le nom de ma grand-mère maternelle. Elle était capable de précognition, le futur lui apparaissant dans ses rêves, souvent flous et déformés, oubliés au petit matin. Ce qui l’a réellement poussé à partir je ne le saurais jamais – peut-être, dans ses rêves, avait-elle vu l’avenir radieux qu’elle n’aurait jamais ici, ce qui expliquerait qu’elle ait écouté son instinct plutôt que sa raison pour une fois.
Ce même instinct la poussa s’offrir au jeune homme blond lors de la traversée. Bien sûr, elle savait qu’elle ne l’épouserait pas – il ne la demanderait jamais en mariage, pas plus qu’il ne serait présent pour élever son enfant simplement car il n’était pas ce genre d’homme. Il l’abandonna à son sort dès son arrivée dans le nouveau monde et, loin de se trouver éplorée, elle redoubla d’efforts pour survivre dans son nouvel habitat à White Castle, sous le soleil chaud et le climat quelque peu plus humide de la Louisiane. Elle travailla toute sa vie pour pouvoir subvenir à ses besoins dans la plantation de Nottoway, et ce sans jamais se plaindre. Cependant, elle quitta peu à peu son scepticisme et sa peur de l’inconnu, se muant en une autre sorte de créature. Car ses rêves ne cessaient de la tourmenter depuis la traversée, devenant plus précis, se répétant en boucle. Quelque chose l’appelait et elle ne pouvait plus fermer les yeux. Qui était-elle au juste ? Elle préféra ne pas chercher de réponses. Sa chevelure rousse rencontra pourtant, par la force du Destin, le chemin d’une mama d’origine africaine répondant au surnom de Mama Odie. Cette dernière travaillait là en gérant et soignant les esclaves dans les plantations, ma grand-mère elle-même servant de bonne à tout faire dans la même famille. Lorsque vint le temps de la délivrance, c’est elle qui aida le bébé à venir au monde contre toute attente. Mama Odie s’était prise d’affection pour ma grand-mère et pour de mystérieuses raisons, lui avait promis d’être à son chevet quoi qu’il arrive.

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Et ainsi, le diable vint au monde.


Ma mère, fille sans père, fut une enfant turbulente – tout le contraire de ma grand-mère. Elle aimait les livres et les images, mais ne sachant pas lire, elle s'inventait ses propres histoires. Sa propre mère lui contait les légendes qui l'avaient bercée enfant : celles des farfadets et des trolls, celles des sorcières et des ondines. Cependant bien plus ouverte d'esprit et frivole, ma génitrice n'y cru jamais vraiment, et ce fut sûrement là son plus gros défaut. A dix-neuf ans, elle tomba amoureuse d'un soldat français, qui n'avait certainement pas l'intention de fonder une famille – suivant le même chemin que ma grand-mère, qui pourtant l’avait mise en garde. Il l'a séduit pourtant, lui faisant miroiter un avenir radieux qui n'existait que dans ses rêves, et c'est ainsi que ma grand-mère la perdit définitivement malgré ses mises en garde.
Elle décéda en couche en me mettant au monde, le cœur aussi brisé que ses rêves et son corps, malade. Mama Odie fût de nouveau présente ce soir-là, et elle aida ma grand-mère à me laver moi, puis à laver et enterrer ma mère dans une robe blanche – c'est le seul souvenir que j'en ai qui m'est propre, mais je ne l'ai jamais associé à de la douleur ou a la tristesse. Non. Ma mère était belle, dans cette robe en dentelle froissée, à l'image de la vie : éphémère et fragile.

C'est elle qui m'a élevée. Ma grand-mère. Elle s'est battue de nouveau, contre cette vie misérable, pour moi. Elle s'est battue contre la guerre qui menaçait notre pays, contre les hommes qui tentaient parfois de la violenter, contre les superstitions qui avaient pourtant dirigé sa vie. Car elle m'aimait. Elle m'aimait autant que je l'effrayais, moi et mes grands yeux chocolat, moi et mes visions cauchemardesques. Elle me récitait la Bible chaque soir, tentant de m'apprendre les valeurs de la famille et du travail, essayant de me bénir. Elle priait Dieu de m'accorder la grâce, tout en me racontant les histoires des lutins et farfadets. Et j'y croyais. Et j'y crois encore. Mais à l'instar de ma mère, c'est ce qui me sauva. J'avais six ans lorsqu'elle m'abandonna à Mama Odie, les yeux pleins de larmes, tandis que les soldats pillaient avant de brûler la maison. De ma grand-mère, je n'ai plus que des souvenirs flous et des chansons celtiques, de vieux contes oubliés, effacés par le temps. Mais j'ose croire que cette force de la nature m'a léguée le don de me battre comme je le fais aujourd'hui.

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Je me souviens parfaitement de cette scène. Le bois craquant, pauvre et miteux, s'écroulant sous les flammes. Le toit s'effondrant tandis que la vieille femme noire m'emportait, loin de la douleur, couvrant mes cris perçants de sa main. Elle s'enfonçait avec moi dans la noirceur, et tandis que je priais Dieu, ma grand-mère retournait tenter de sauver ce qu'elle pouvait. La sage-femme prenait le chemin descendant au fleuve, pour embarquer avec moi dans une sorte de pirogue étrange. C'est ainsi que la vision se termine, elle m'emmenant au fin fond du Bayou lugubre, bercé par le chant des lucioles et des crocodiles, de l'autre coté du fleuve, tandis que dans le ciel la fumée noire et les flammes montaient encore, au rythme des hurlements de terreur.



Mama Odie était une sorcière vaudou qui avait vécu plus de vie que je n’en connaîtrais jamais. Elle n'était donc pas jeune, loin de là, et avait acquis ses dons par le malin. Dans sa famille c'est ce que tous faisaient, même si à la base il y avait eu des sorciers naturels, comme moi. Elle tirait ses pouvoirs et sa force d'un démon et, bientôt, elle m'enseigna, là, à l’abri et cachée dans le Bayou lugubre, tout ce dont j'étais capable d'apprendre – à commencer par la lecture. Le Vaudou fut donc mes bases, et encore aujourd'hui il m'arrive d'en user, surtout dans mes propres formules. Elle tenta de me modeler à son image sans y parvenir toutefois, car bien que j'apprenais les rituels, il y en avait que je me refusais d'utiliser. Ainsi, n'ai-je jamais passé de pacte avec un démon, et encore moins fait appel à eux. Je n'ai jamais réellement maudit quelque soit non plus, simplement car ce n'était et n’est toujours pas mon but.
Nous voyageâmes à travers la Louisiane, elle quittant son statut d’esclave comme si ce dernier n’avait jamais existé – et tel semblait être le cas d’ailleurs – moi grandissant à vu d’oeil. Je n'étais pas comme elle, non, et elle le déplorait. J'aimais aller en ville, adolescente, me promener dans les rues, observer les gens lorsque je le pouvais. Elle préférait ne se déplacer que pour les commissions urgentes et bien payées, j'allais voir les plus nécessiteux. Il m'arrivait souvent de m'arrêter devant une boutique pour faire ce que vous appelez désormais du "lèche-vitrine", mais jamais je n'entrais, jamais je n'achetais, je me contentais de rêver. En réalité, ce qui me plaisait le plus était la musique. Car vous n'ignorez pas que la Louisiane est le berceau du Blues, mais vous n'étiez pas là à ces débuts hésitants. Vous ne chantiez pas de Soul avec les artistes, vous ne dansiez pas dans les rues au son des saxophones.

C'est ainsi que je l'ai rencontré. C'était un énergumène étrange et grand, se balançant au rythme de la musique endiablée, de quelques années plus vieux que moi mais tout aussi fou. L'on pouvait voir la vie s'écouler dans ses yeux, et il rêvait de folles aventures, dansant avec toute personne qu'il croisait, entretenant la conversation, suivant les gens sans vergogne jusqu'à ce qu'ils craquent. Cet homme était le fils d'un aristocrate, qui n'avait certes point les allures d'un gentilhomme mais qui en avait les manières. Et si au départ j'étais réticente au point de le fuir au courant, je fus bien vite happée par son magnétisme naturel et le mystère l’entourant. Je passais des heures à le regarder en cachette, sans savoir qu'il m'avait déjà repéré et qu'il faisait mine de ne rien voir. Si jamais su, aurais-je dis oui ? Eh bien, très certainement.

__________________

Et le temps des rêves prit fin, aussi brutalement que ne s'installe l'hiver.


J'ai épousé cet homme en mai, malgré les recommandations de Mama Odie de l'oublier, quittant le Bayou pour de bon et délaissant mon héritage magique. Ce n'était pas ma vie. J'aimais la solitude et le marais, oui, mais pas pour y vivre toute l'année – j’aimais les formules et sortilèges, oui, mais je voulais découvrir la simplicité d’une vie humaine lambda. Bien sûr, nous avons eu quelques difficultés. J'étais une femme d'un autre monde, une étrangeté ignoble aux yeux des autres, à la fois crainte et respectée. Ses parents refusèrent de bénir notre union, mais nous étions jeunes et nous nous aimions. Nous nous mariâmes avec la seule bénédiction du prêtre, avant de partir vivre dans le petit cottage qu'il venait d'acquérir. J'ai vécu quelques mois d'un intense bonheur en sa compagnie, et nous recevions parfois certains de ces amis pour faire la fête, libres et insouciants. C'est ainsi que je touchais pour la première fois au piano, c'est ainsi que j'apprenais mes premiers pas de valse ... jusqu'à ce qu'il ne contracte la tuberculose. Me remémorant mes enseignements, je tentais de lui lancer un sortilège pour le guérir, dévoilant mon vrai visage sans succès, finissant par aller demander de l'aide auprès de Mama Odie qui me la refusait, simplement car elle-même ne pouvait rien faire. Elle me conseillait de le tuer puis de brûler la maison, afin d'abréger ses souffrances et pour que les microbes ne se propagent pas, mais je lui tins tête. Je ne pouvais pas faire ça. Comment aurais-je pu ?
La suite fut des plus sombres encore. Le temps que je rentre - car le bayou n'était pas la porte à coté - mon mari était mort et je fus accusée à tord. Meurtrière chuchotaient-ils. Sorcière, se mirent-ils à décrier dans leur folie, mon mari ayant parlé lors de ses dernières heures. Pour la première fois je pris mes jambes à mon cou, misérablement, pour ma propre survie – sans savoir alors que comme ma grand-mère et ma mère, j’étais porteuse d’une nouvelle vie. J'ai quitté la Louisiane pour ne pas finir pendue, remontant vers le Nord, partant à l'Est dans l'espoir de jours meilleurs. Un membre de la famille de mon défunt mari réussit pourtant à me retrouver, me demandant mon enfant en échange de ma liberté. Avais-je réellement le choix alors ? Il fit le nécessaire pour que je délivre ma fille dans les conditions les plus saines, avant de me tendre un billet pour l’Europe. Le coeur brisé mais avec l’espoir que mon enfant serait aussi bien élevé que nourrit convenablement, je suivis les directives, quittant l’Amérique pour rejoindre l’Angleterre, puis l’Irlande.

Je n’étais pas vieille. Dix-huit ans, presque dix-neuf. Retrouvant mes racines enfouies, je me fis aussi discrète que possible bien que je continuais d’être dévisagée. Je ne renouais pas avec la magie – pas encore - pas plus que je ne me rendais compte à quel point elle me manquait. Quelques années s’écoulèrent, durant lesquelles je tentais vainement de me tenir au courant des dernières avancées scientifiques et philosophiques, durant lesquelles je repoussais les propositions d’hommes qui pour certaines étaient scandaleuses à mon sens, la misère restant omniprésente. A mon tour, finalement, je tombais malade. J'étais même prête à renoncer à la vie en finissant, dans ma folie, par rappeler à moi cet homme que j’avais aimé, usant de mes pouvoirs et de mes souvenirs pour le faire. Cela marcha plus que ce que je l’avais espéré, mais délirante et souffrant de fièvre, je ne fus pas capable alors de comprendre que je ne délirais pas. Les derniers souvenirs venant troubler mon ancienne vision se rassemblent pour former un être fin et anguleux de haute stature, au visage plus émacié encore. Assez ronchon et cynique, la quarantaine bien dépassée, Alan était un voyageur et savant, un lettré riche qui s'amusait à faire le tour du monde dans des vêtements de pauvre diable et qui avait tenté par mainte fois de m’aborder. C'est ainsi que je trouvais mon maître. Car Alan était un sorcier et, si il me remit rapidement sur pieds avec un coup de talon dans le derrière malgré mes protestations, il fit de moi son apprentie. Dette de vie, croassait-il souvent. Et à mesure que je retrouvais mes forces et redécouvrait ce lien qui m’unissait à la nature, je comprenais à quel point ce don était plus précieux que le reste, et qu’il me fallait le préserver, embrassant sa cause pour de bon.

__________________

L'élève trouva le maître, le maître trouva l'élève et ensemble ils entreprirent de refaire le monde.


Lorsque vint le temps, j'avais la trentaine dépassée à l'époque, aux environs de trente-six. J'avais assez appris pour faire mon choix mais j'en savais trop peu pour me considérer comme digne de l'appellation. Lorsqu'il me proposa l'immortalité, je mis du temps à considérer la question. Devais-je vivre comme une misérable humaine ou m'élever au dessus des lois fondamentales ? Par orgueil et curiosité, par addiction à la magie, le premier choix l'emporta et une fois le sortilège lancé, nous partîmes pour de nouveaux horizons.

J'ai erré avec lui environs cent quinze années le considérant tour à tour comme mon mentor, mon ami, puis par la suite, mon compagnon bien qu'il ne me passa jamais la bague au doigt. Nous nous arrêtions rarement plus de quelques années dans un même lieu, puis les années devinrent des mois, les mois semaines. Nous finîmes par nous séparer, souvent, nous retrouvant à nouveau, repartant de notre coté. Malgré notre relation étrange, il continuait de me voir comme une sale môme, et je continuais de dire de lui qu'il n'était qu'un vieillard grincheux difficile à vivre. J'ai eu de nombreuses aventures, et si il était jaloux, je préférais faire la sourde oreille - préférant me concentrer sur les leçons qu'il m'offrait, sur les sortilèges, les sciences nouvelles, l'étude rigoureuse de l'anatomie, le dessin, les langues ... La musique. En réalité, je lui dois beaucoup, certainement même plus que je ne l'imagine. Tous ses pays traversés, tous ces gens rencontrés, tous ces amours vécus, je les lui dois. Mais il était loin d'être un sorcier sage - il aimait surprendre et enquiquiner son monde. Il était un sorcier marginal qui ne souffrait pas le Grand Coven et je le quittais finalement pour de bon lors d'une dispute, à cause d'un homme, encore un.

__________________

Et ainsi, le diable revint hanter mes songes.


Nous étions alors aux Etats-Unis, à New-York, et j'avais décidé de continuer le métier d'infirmière après avoir passé la première guerre mondiale à enseigner aux enfants puis soigner les soldats en Angleterre. Il trouvait ça ridicule. A vrai dire, j'en avais assez de vagabonder. J'avais envie de me poser quelque part, de jouer les mascarades humaines, de me fondre dans le décor, d'oublier les horreurs de la guerre ... J'aspirais à ma vie d'avant, mais qui pourrait me le reprocher après tant de temps ?
Lorsque je l'ai rencontré, il courait dans le couloir tandis que je passais par là, perdue, le nez en l'air, encore peu habituée à mon nouvel environnement. Ne l'ayant pas remarqué, je m'étais pris le médecin de plein fouet et, si j'étais sonnée alors – car j'aurais très bien pu m'envoler de l'autre coté de la pièce sous le choc brut de la collision si il ne m'avait rattrapée – la colère puis la mortification n’avaient pas tardé à prendre le relais en le voyant saigner. Comment s'était-il blessé, je l'ignore. Toujours est-il qu'il fallait que je le recouse au plus vite, et c'est sans perdre un instant que je l'avais agrippé par le bras pour l'emmener dans une des pièces attenantes au couloir, tout en prenant au passage sur un chariot le matériel nécessaire. Il était mon premier patient à l’hôpital et, si je tremblais, c'est parce que j'avais peur d'être découverte. Je me remémore encore son regard :calme et brûlant, son sourire agacé autant que ravageur et moqueur. Il n'aimait pas être là, et je n'avais aucune envie de m'occuper de lui, tout simplement car il me stressait. Mon instinct me criait de fuir, mais ce n'était pas possible. Comment diable ne l'avais-je point vu venir ?
Début de relation houleuse comme vous le constaterez, en prime de remarques un brin sarcastiques de sa part : il m'avait fallut tout mon self contrôle à l’époque pour ne pas lui sauter dessus et l'étrangler tandis que je m'excusais avec sincérité. Cependant, ça ne s'était pas arrêté là. A chaque fois que je le croisais dans les couloirs, il m'enquiquinait d'une manière ou d'une autre, me taquinant bien plus qu'Alan, manquant toujours de me faire sortir de mes gongs. Oui, il m'agaçait. M'énervait. En réalité, je haïssais cet être, autant que je haïssais sa prestance magnétique qui m'attirait à lui comme une mouche dans la toile de l'araignée … Mais la haine a souvent une double façade, plus pure et épurée, plus forte encore.

Oh, j'ai bien tenté de le fuir. Je me suis même battue contre lui, le mordant, le griffant, mais rien à faire : Richard gardait son maudit sourire en coin de prédateur qui me rendait mièvre et ses yeux noircissaient toujours plus de désir. Il me retrouvait où que j'aille, comme si il avait un maudit détecteur. Je l'avais pressenti dangereux à notre première rencontre, ce n'est que quelques mois plus tard que je comprenais pleinement que mon instinct ne m'avait pas fait défaut et que j'aurais dû écouter Alan. Un Styne. Je découvrais l'information par hasard, à vrai dire. Mais cela me laissait aussi pétrifiée d'effroi que de terreur – seuls les sorciers peuvent comprendre ce sentiment – et j'ai finalement pris la fuite en courant, une nouvelle fois. Je pouvais affronter beaucoup de chose, mais certainement pas la famille Styne.
Seulement une fois de plus il m'a rattrapée, m'emprisonnant littéralement dans ses bras, m'empêchant de le quitter. J'aurais pu lui lancer un sort, mais il ne m'en laissa pas le temps, me figeant d'un murmure. Quel petit … Avait-il bien fait ? Avec le recul, je dirais que oui. Et je l'admirais secrètement pour son caractère combatif et borné, même si ces mêmes traits de caractères me faisait râler ouvertement … Il ressemblait au Alan de ma jeunesse.

Je l'ai aimé. De tout mon cœur, bien plus que mon premier mari à vrai dire. Pourtant méfiante, j'ai mis du temps à lui faire pleinement confiance. J'ai tenté de me garder une porte de sortie, qu'il a entravé au fil des années, m'emprisonnant pour de bon. Mais j'étais amoureuse … Stupidement et irrévocablement. Tant et si bien que lorsque Alan revint me rendre visite une année plus tard, nous nous disputâmes comme jamais auparavant. Étais-je folle ? Sûrement. Mais j'aimais Gareth jusqu'à défier mon mentor et lorsque ce dernier s'en alla, il était aussi blessé physiquement que dans son amour propre. Ce fut la dernière fois que je vis Alan.

Je me suis mariée avec Richard l'année suivante, déménageant ensuite contre mon gré à Londres dans la maison familiale de ce dernier. Inutile de vous dire que les membres de son clan n'étaient pas ravis de me voir, en particulier le patriarche de la famille – mon beau-père qui plus est. Mais je restais sage durant une année complète, fuyant au maximum ma belle-famille, vacant à mes occupations. Je crois que le seul autre Styne que j'adorais était le fils de mon mari, Gareth, et j'ai passé cette première année fastidieuse à l'apprivoiser. Je ne souhaitais pas remplacer sa mère, morte en couche comme la mienne, mais je dois avouer qu'il a vite trouvé une place particulière dans mon cœur. A vrai dire, je l'ai toujours considéré comme mon propre fils … même lorsque mon propre enfant est né, trois ans plus tard.

Il était le soleil de mes nuits et la lune de mes jours, mon tout petit garçon, mon bébé. Aaron, celui qui triomphe, c'est ainsi que je l'avais nommé. Je me souviens de chaque sourire, chaque pas effectué. J'ai tenté de les soustraire, lui et son frère, aux étranges coutumes de la famille Styne. J'ai souhaité les élever comme miens, ce que j'ai fait de mon mieux, et je crois que ma passion pour la musique, le dessin et la danse les ont grandement affecté. C'est eux qui m'ont permis de supporter les barreaux de ma cage dorée et les absences répétées de Richard. Je me remémore toujours avec un doux sourire Gareth souhaitant apprendre la valse et Aaron tendant les bras pour que je lui montre le tango. Mais toutes les bonnes choses ont une fin, et cette vie-ci tomba en lambeaux suite au cinquième anniversaire d'Aaron.

__________________

Il contamina le monde, détruisant et fanant chaque objet et vie entrant à son contact, jusqu'à ce la bête de l'épouvante ne suive son sillage.


Les absences répétées de Richard m'avaient mise sur la voie. Peu à peu, il passait plus de temps à l'étranger que chez lui, avec ses enfants. Moi-même me sentait de plus en plus espionnée, le regard d'un inconnu invisible mais présent me brûlant la nuque du matin au soir. Etais-je paranoïaque ? Peut-être, toujours est-il que mes rapports avec ma belle famille se détérioraient de plus en plus, l'atmosphère elle-même devenant oppressante. Mon instinct me hurlait de fuir tant que je le pouvais, et je fini par céder et me mettre à comploter pour emmener mes enfants avec moi. Car il était hors de question de partir sans eux, je refusais de les laisser ici, loin de moi. Mais une fois encore, le Destin en décida autrement.
Le jour où je me décidais à partir, il me fallait encore aller en ville pour retirer de l'argent et laisser un mot à mon mari. Je conservais l'espoir fou qu'il vienne nous retrouver, au plus tôt. Bien entendu, je ne m'étais pas attendue à avoir un accident sur la route - accident qui aurait été mortel si je n'avais pas eu les bons réflexes. Je m'en suis tirée sonnée, blessée, mais vivante. Mais je savais ce que cela signifiait ... Et connaissant les méthodes des Styne, je ne pouvais me permettre de traîner trop longtemps dans le coin. Le problème ... et bien j'étais paralysée. Par la douleur, par le choc, par ma vie qui s'écoulait rapidement, par mes membres qui s'engourdissaient peu à peu, par le froid qui augmentait dans ma poitrine. Je me souviens avoir prié Dieu en cet instant, pour mes fils, avant de perdre conscience lamentablement. Faites qu'ils vivent et qu'ils ne m'oublient pas. Car moi, je les aimerais toute ma vie.

Lorsque mes yeux se sont ouverts, je n'ai pas cru ce que je voyais. J'étais allongée dans un lit, à l'hôpital, branchée à des machines. Je ne pouvais pas parler, pas bouger, mais j'étais assez consciente pour comprendre ce que l'on me disait. Assise en face de moi se tenait la soeur de mon mari; une femme dont je n'étais certes pas proche mais que je ne haïssais pas non plus. Elle me rendit mon regard, froide et morne, avant de me dire que j'étais officiellement morte pour eux et qu'il fallait que je le reste. Me faire fuir l'Angleterre, fuir les Styne, abandonner ma famille ... C'était leur but depuis le départ. Oublier mes fils, qui n'étaient plus les miens. Fuir, encore. Une fois de plus ... Aurais-je préféré qu'elle me tue ? Oui. Aurais-je voulu hurler ? Oui. Si j'avais en état, si seulement j'avais pu ... je serais rentrée. Je les aurais tué un par un, avant de prendre mes enfants et partir. Mais je ne pouvais pas. J'étais de nouveau impuissante, réduite à être nourrie l'intraveineuse sans pouvoir m'exprimer et marcher, désormais tétraplégique. Ô Dieu, à part prier, que pouvais-je faire donc ?

J'ai longuement été abattue. Je me suis laissée mourir de chagrin durant plus de six mois, littéralement, délirant souvent lorsque je dormais. Je ne me nourrissais presque pas, j'attendais que le temps passe, maigrissant à vue d'oeil ... Jusqu'à ce que dans mon sommeil, quelqu'un me rende visite. Je ne me souviens ni de son visage, ni de sa voix. Mais je me rappelle sa chaleur, douce puis insupportable, jusqu'à me réveiller en sursaut, fiévreuse, avec un mal atroce dans tous mes membres ... Que je sentais de nouveau. Quoi qu'il se soit produit, à mon réveil j'étais presque rétablie, et j'avais une féroce envie de ... vivre. De vivre, et de me venger. Je restais cinq mois supplémentaire à l’hôpital, le temps de me remettre totalement, par le biais de longues séances de rééducation, priant le ciel et remerciant l'être qui m'avait sauvé. Par la suite, une fois remise sur pieds, je décidais de quitter l'Angleterre. Mes enfants me croyaient morte et je n'étais pas encore capable d'affronter mes assassins. Il me fallait reprendre des forces, il me fallait trouver une bonne vengeance ... Et ce serait long. Très long.
Je me suis envolée pour la Louisiane. Je voulais retrouver Mama Odie. Je voulais rattraper le temps perdu, je souhaitais m'excuser. La Soul, le Blues et le Jazz me manquaient ... Je désiraient voir la tombe de mon premier mari. Tirer un trait sur le passé pour pouvoir avancer. Renouer avec mes racines. Mais arrivée à la Nouvelle-Orléans, perdue dans mon Bayou natal, je ne retrouvais de la bicoque cachée dans les arbres qu'un tas de planches abîmées et envahies par la mousse. Mama Odie s'en était allée retrouver les spectres qu'elle manipulait. Je suis repartie. A New-York. Au Texas. Dans le Montana. En Irlande. En France. J'ai voyagé, allant en Transylvanie, revenant en Italie ensuite ... Apprendre des formules, emmagasiner des connaissances, affronter de nouvelles guerres – la seconde notamment. Apprendre à aimer à nouveau ...

__________________

Le temps passa, seconde après seconde, année après année. La blessure n'a jamais guérit totalement, l'oubli ne fut jamais accepté, et d'autres se rajoutèrent au mur comme des trophées de chasse détestables que l'on poli pourtant soigneusement.


Quatre-vingts années passèrent ainsi avant que je ne regagne finalement l'Angleterre. Quatre-vingts années durant lesquelles je participais à la seconde guerre mondiale (coté allemand), y rencontrait mon familier (corneille) et troisième mari qui fut tué une dizaine d'années plus tard, par des chasseurs. Quatre-vingt années avant de repasser finalement à Londres pour partir en direction du nord, avec la ferme intention de me venger une bonne fois pour toute. J'en profitais pour me rendre sur la tombe de Richard, mort plusieurs dizaines d'années auparavant, avant de me rendre compte que sa tombe se trouvait à coté de celle de son père ... Inutile de vous apprendre mon état de choc. Qui était à la tête de la famille désormais ? Qu'étaient devenu mes fils ? Je suis rentrée aux Etats-Unis peu de temps après, vidée, fatiguée de tout ce cirque. Je me suis installée à Chicago, comme une vieille ermite, dernier endroit où je pensais pouvoir trouver Alan, mais sans succès – lui aussi était mort, depuis longtemps. L'Apocalypse ayant été avortée quelques années auparavant, j'espérais au moins pouvoir y vivre tranquillement ... et c'est ainsi que ma librairie vit le jour.

C'était il y a deux ans maintenant. Je n'ai pas bougé, je n'ai pas vieillis. La boutique fonctionne bien, et j'ai pris le loisir d'y cacher une boutique ésotérique au sous sol. De temps à autre, je sors prendre des nouvelles de mes congénères, mais j'avoue préférer passer mon temps dans ma librairie, à lire ou jouer du piano dans la pièce du fond. L'odeur des vieux livres me remémorent des souvenirs, et je peux passer des heures à créer des formules. La haine que j'avais pour la famille Styne est toujours intacte, mais elle est reléguée au fond de mon coeur. Désormais je cherche mon fils comme je le peux, mais le monde est vaste et je dois encore rester discrète pour ne pas finir embrochée par des chasseurs.

© HELLOPAINFUL; revisité par SHADOW


 

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