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« [abandonné] Somersault ☾ Ciaran. »

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Invité ∞ Invité
Dim 5 Nov - 18:29
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Somersault
Faol & Ciaran
« Outside the door, the worlds alive. I'll stay and hide on the other side. I’m spinning faster than the earth. I’m shining brighter than the stars »
Nothing - Somersault (Guilty of Everything, 2014)



«  Euh... Pas un monstre ? » Comment avais-je pu me permettre ? Je me sentais honteuse. D'une part, mes confidences à un inconnu ne m'avaient pas mise dans une situation confortable et d'autre part, je n'avais pas été délicate avec lui, malgré ses efforts et la patience qu'il me consacrait. Je baissais les yeux, je me sentais rougir. Je me mordais la lèvre inférieure, ne sachant plus vraiment comment réagir. Finalement, je choisissais de mettre mes craintes de côté, mes sentiments négatifs, puis je replongeais mon regard dans le sien. Hésitante, je saisis sa main libre entre mes paumes tout en maintenant le contact visuel. « Pardon. Ma question est extrêmement déplacée. Je...je ne voulais pas t'offenser. » Dans cet élan, cette proximité soudaine, j'espérais ne pas avoir franchi une énième limite. Je libérais alors mon emprise. Mes palpitations reprirent un rythme régulier. Peut-être était-ce dû au silence, peut-être à sa présence, peut-être que tout était lié. Je ne pouvais nier ce sentiment d'apaisement qui m'avait conquise, alors que je n'aurais jamais cru que sa présence ait un tel impact sur mes réactions. Il est un homme, après tout. Je n'avais jamais fréquenté d'hommes. Tous les hommes que j'avais connu et qui avaient été proche de moi d'une quelconque façon m'avaient ruinée. Non pas d'un point de vue financier, mais sur le plan moral. Le premier homme que j'avais connu m'avait détestée voire même haïe pour mon genre, parce que je n'aurais servi à rien. Je n'étais qu'une bouche à nourrir inutile. Ensuite, ils s'étaient montrés homophobes et toujours  prompt à critiquer mes décisions, notamment mon premier souhait d'études supérieures, la parapsychologie. Les quelques derniers se sont rapprochés de moi, après quelques années, voyant en moi un sujet d'expérimentation intéressant pour faire valoir notre discipline, méconnue du grand public ou considérée comme une pseudo-science. Ils ont torturé mon don de medium, pour la gloire, pour l'argent. « Je m'appelle Ciaran. » Je le contemplais toujours, tout en ayant appuyé une joue contre mon genou afin de mieux reposer ma tête. Je lui offrais un timide sourire en coin et lui répondis d'une voix basse et douce. « Je m'appelle Eileen-Cameron. » Tout le monde raccourcissais et je savais qu'il s'arrêterait à Cameron, je lui en laissais la liberté. Peut-être qu'il était encore trop tôt pour lui donner mon surnom, mais je voulais briser cette mystérieuse et inutile distance, cette fausse crainte. Il ne me ferait aucun mal. Il n'allait pas s'en aller si vite. J'espérais qu'il ne s'en irait pas lorsque j'irais mieux. « Faol est le surnom que mes mères m'ont donnée. » Je connaissais son prénom, Ciaran. Il mettait fin à mes doutes. Je savais qu'il m'avait parlée dans une langue ancienne, proche de celle que mes mères employaient avec moi. Je n'avais pas besoin de traduire mon surnom, il l'avait déjà compris. « Comment tu te sens ? » Je fermais les yeux pendant quelques secondes avant de lui répondre, ma tête reposait toujours contre mes genoux relevés. « Je crois que le pire est passé. » C'est à ce moment là que mon corps me rejoua des tours, comme si la moindre petite brise pouvait me bousculer. Il s'occupa de maintenir l'équilibre en glissant une main délicate dans mon dos. À cet endroit, un frisson me parcourut. Puis j'écartais ma tête. En effleurant mes genoux, il guida mes jambes pour les rallonger et me rassura en me disant que la circulation se ferait mieux. Il était infirmier. Je n'étais absolument pas surprise par son aveu. Il devait exercer depuis des années. Ses gestes étaient précis, habitués et délicats. D'ordinaire, je ne me serais pas laissée toucher aussi facilement, surtout pas par un homme, mais la situation s'était présentée sous une forme rare, incompréhensible, urgente et angoissante. Je ne pouvais pas être sur la défensive. Je ne l'aurais pas voulu. Son aura était trop exceptionnelle pour cela.
J'allais replonger dans mes songes lorsqu'il reprit la parole. « J’ai vu quelques baies là-bas, ça pourrait te remonter un peu. J’ai rien de mieux à te proposer, je crois… » Je tournais doucement la tête dans la direction qu'il m'avait indiquée, un aller-retour inutile. Puis, je le considérais pendant un instant. Je n'avais pas trop le choix, je devais le suivre. Si je restais seule avec moi-même, je n'étais pas certaine de ne pas refaire une crise. Mon corps était trop instable. « Tu ne pouvais pas prévoir que tu allais tomber sur une inconnue, en train de perdre pied. » Je lui adressais à nouveau, ce timide sourire. « Peut-être que nous pourrions y aller ensemble ? » Je me risquais à lui poser la question, mais peut-être que l’imprévu avait détruit sa journée. « Enfin... Tu as le droit de me dire non. Je ne voudrais pas te faire perdre ton temps. » Je n'exagérais rien, je ne voulais pas dépasser certaines limites et pourtant, il me semblait que j'étais déjà allée bien au-delà. « Tu as sûrement d'autres choses à faire. » Je marquais un silence, puis je tâchais de rassembler mes dernières forces. Je m'appuyais sur un bras, je pivotais pour poser un genou à terre. Je réalisais l'ampleur des dégâts due à mes crises en me tenant sur mes deux jambes. La rive sur laquelle Ciaran et moi nous tenions, se mit à tourner, comme si je voyais à travers un fisheye. Je me frottais le visage tout en essayant de me persuader que je pouvais garder le contrôle. Je me gardais quelques secondes pour me concentrer. Face à l'air doux de la forêt et à sa brise légère, je fermais les yeux, puis je respirais un moment. Alors qu'il me rejoignait, le doux renard répondit à ma question fracassante et totalement indiscrète que je lui avais posée dans la confusion, quelques minutes auparavant. « Je suis un familier. Je pensais que tu aurais su… ce que j’étais.  Je ne voulais pas te faire peur. Et je ne voulais pas te laisser en si mauvais état. Excuse-moi. »  Maisie m'avait parlée d'eux, mais je n'étais qu'une enfant et ces personnages à la fois mi-hommes, mi-animaux n'avaient existé que dans les contes, jusqu'à aujourd'hui.
Je rivais à nouveau mon regard dans le sien, percevant toute la culpabilité de l'homme dont je venais tout juste de faire la connaissance. J'aurais aimé lui montrer qu'il n'y était pour rien et que cela n'avait absolument pas provoqué de mauvais sentiments à son égard. Alors, sans détourner les yeux, je lui dévoilais mon ressenti. « Je n'avais jamais entendu parler des familiers. Sauf dans les contes que mes mamans me lisaient lorsque j'étais enfant. » Cela devait lui sembler bizarre d'entendre parler de mères au pluriel. Cela me semblait tellement naturel, que je ne pensais pas développer ce détail, pourtant d’importance. « Mes mères m'ont enseignée la sorcellerie pour dompter mon don. » Je marquais un bref silence. « Je suis medium, de naissance. » Je comprenais sa culpabilité et pour balayer ce sentiment, je lui adressais à nouveau un timide sourire. « Je n'aurais pas eu ton courage, à ta place. Je n'aurais pas été capable de m'approcher sans avoir peur. Tu m'as sauvée. » J'élargissais ce sourire, inconsciemment, puis je poursuivais. « Je t'en serais éternellement reconnaissante. » Je ne voulais pas que notre dialogue cesse à cet endroit, qu'il m'accompagne jusqu'aux baies et qu'il s'en aille sans que je ne puisse jamais le revoir. « Je n'aurais jamais pu te faire de mal. » Cette confidence surgit, alors que je ne pensais pas la lui révéler, mais une partie de moi jugeait qu'il était bon de lui faire part de ce que je suis, encore une fois. Je ne voulais pas qu'il ait à se méfier de moi, que malgré le peu de temps écoulé, qu'il craigne le moindre de mes gestes. Je savais encaisser, mais je ne pouvais rendre les coups sauf lorsqu'une présence, humaine ou non, souhaitait mettre ma vie en danger. Il n'était pas de ce genre là, je l'avais compris.
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Ciaran #B7870B
Cameron #006666
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Invité ∞ Invité
Lun 6 Nov - 18:20
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À ses excuses, il avait seulement secoué la tête avec un sourire franc, lui faisant bien comprendre que ce n’était rien. Rien d’autre que des mots, qu’ils ne se connaissaient pas et qu’il n’aurait pas pu lui en vouloir profondément pour ça, pour si peu. Lui-même qui avait affaire à des individus plus acerbes les uns que les autres, parfois, lors de ses nuits à l’hôpital. Les urgences n’étaient pas de tout repos, et parfois, certains débordements étaient à déplorer du côté des patients. La jeune femme n’était pas violente, du moins pas dans l’instant, bien qu’il cultivait toujours secrètement cette éventualité — dans un excès de colère, de peur, qu’elle ne puisse se contrôler. Une sorcière, aussi crédible puisse t-elle être dans la qualité de sa bonté, pouvait devenir dangereuse par le simple fait de ne pas savoir se contrôler complètement, elle et ses pouvoirs. Il voulait encore avoir la chance de pouvoir profiter d’Enat, maintenant que Louise était partie. C’est surtout ça qui l’inquiétait à vrai dire, les conséquences. Sur le peu d’entourage proche qu’il avait conservé depuis toutes ces années.

Elle lui accorda même le privilège de connaître son prénom, en retour à ses présentations. Ciaran n’aurait jamais pensé qu’elle fût aussi audacieuse, mais ne s’en plaignit pas. Eileen-Cameron. Un prénom composé qu’il n’avait encore jamais entendu. Ce n’était pas franchement coutume dans leur contrées d’émeraude, du moins, pas à son époque. Les temps changent. Ses yeux s’écarquillèrent un peu à l’énonce du surnom que leur donnait ses… mamans. (Faol, Faél, le vieil irlandais avait ses avantages lorsqu’on voulait comprendre certains mots de gaélique écossais.) Il tiqua un peu sur ce détail-ci, sans pour autant en faire une affaire d’Etat. Oui, les temps changent, et c’est tant mieux. « C’est très beau. » glissa t-il avant de poursuivre sur autre chose, et d’être assuré qu’elle se sentait un peu mieux. Le pire… passé ? Il n’est pas sûr. Il n’est pas sûr et il garde sa main contre elle, y dirige toute son attention.

Et elle lui adresse un sourire, un sourire qui apaise plus que n’importe quel mot.

« Peut-être que nous pourrions y aller ensemble ? » « Non, je vais te laisser ici comme un pauvre déchet… bien sûr que je t’accompagne ! », lâche t-il aussitôt, comme si cela tenait plus du naturel qu’autre chose, les sourcils un peu froncés. Et pour cause, ça l’était. Il n’allait pas la laisser y aller seule, pas dans son état ! Elle venait à peine de sortir d’un malaise vagal, sans avoir repris de forces et elle voulait déjà gambader comme une louve sans meute… très peu pour lui. Si Faol ne semblait pas être particulièrement consciente de ses limites en cet instant précis, il semblait que le soignant à ses côtés y soit particulièrement attentif. Il le fera pour elle le temps qu’elle se remette. « Tu as sûrement d’autres choses à faire. » alors ça c’est la meilleure ! Le vieil irlandais secoua un peu la tête, ricanant un peu ses paroles. « Qu’est-ce que tu veux que je fasse d’autre ? Me… » et soudain, il se souvint qu’il avait chassé, mangé, et s’était salit - l’odeur du sang lui revenant. Il passa sa seule main libre au coin des lèvres et jaugea très brièvement le bout de ses doigts. « Oui, bon, peut-être me nettoyer un peu la bouche, mais ça peut attendre. » et reporta son attention sur la sorcière. Contre toute attentes, elle tenta de se lever. Sa mine se froissa un peu alors qu’il la suivait dans ses mouvements, précautionneux à souhait. « Hey, doucement. On dirait que c’est toi qui a un rendez-vous, à vouloir aller trop vite. » et il l’avait lâchée de brèves secondes, deux pour être précis, avant qu’elle ne se mette à chanceler à nouveau et le force à lui prendre le bras. « Tu peux te tenir à moi, tu sais. Tu n’y arriveras pas toute seule. » et ça, c’était une certitude. « Prends de grandes respirations. » et elle s’exécuta, bien sûr il était encore question d’oxygénation. Elle devait encore avoir ce sifflement désagréable qui filait dans son champ auditif.

Alors qu’elle se justifiait, il parvint à devenir pilier, son bras derrière son dos. Eileen-Cameron lui parla de ses mères, encore une fois, et qu’elle n’avait jamais rencontré de familier auparavant, sauf dans les contes. J’espère n’avoir rien en commun avec ce maître renard qui a voulu faire la peau à cette fameuse poule rousse. Petite réflexion sur un conte de son pays, et qui n’avait pas vraiment été sympathique avec ses pairs - comme bien d’autres d’ailleurs. Le renard n’avait jamais eu la folle réputation d’être un animal de confiance, justement. Ce qui étonnait encore plus le concerné que la sorcière soit encore là, accrochée à lui comme à une bouée de sauvetage. Hm. Quoique…

« Je suis médium, de naissance. » oh. Ça expliquerait donc possiblement le fait qu’elle sente certaines choses ? Il ne sait pas trop. Ce don lui fait peur, comme tout ce qui peut se rapporter à l’outremonde. L’espace d’une pensée, il songe à ceux qu’il a perdu, à ceux qui ont traversé.
La confession le touche aussi, mais Ciaran étant Ciaran, ne put s’empêcher de dire les choses avec une dérangeante franchise. « Ça c’est pas un cadeau, » avait-il alors lâché, l’air anxieux à l’idée qu’elle puisse vivre d’horribles choses alors que eux ne voyaient rien de « tout ça ». Il se rendit compte qu’il avait parlé un peu trop vite et s’excusa platement. Elle avait sans doute suffisamment souffert avec sa médiumnité. Lui l’aurait certainement mal vécu en tous cas. « Euh…pardon. » et fuit à nouveau son regard, se traitant d’idiot sur son plan interne. La culpabilité, déjà présente et qui s’apaisait, avait été ravivée par ses soins. Des coups de bâtons gratuits, le prix de sa franchise compulsive, de sa maladresse.

Elle lui sourit encore, ça s’entend dans sa voix. Il jette un coup d’œil dans sa direction, à nouveau. Ce n’est pas Macha. (Et il essaie de s’en persuader, là où l’éclat de son regard semble changer à son souvenir. Il s’arrache lui-même à cette nostalgie.) Son cœur déborde de joie à l’idée d’avoir pu l’aider, et ce même s’il n’avait pas terminé son oeuvre. En revanche, il est beaucoup moins motivé à l’idée qu’elle se traîne une quelconque dette à son égard. Ce n’était pas pour ça qu’il agissait, sa bonté avait toujours été profondément désintéressée. À cause de sa bourde un peu plus tôt, il tenta de tenir sa langue. Même après les aveux qui suivirent.

« Je n’aurais jamais pu te faire de mal. »

Ou peut-être que si. Par erreur…, ne put-il s’empêcher de penser, tentant de croire la sorcière sur parole. Il hocha la tête, son sourire un peu plus fébrile. Il lui emboîta le pas, doucement mais sûrement, sans se presser pour le moins du monde. En réalité, il s’adaptait à elle, se basant sur les signaux qu’elle pouvait lui envoyer.

Après quelques pas, il crève le silence. « Tu as l’air de beaucoup aimer tes mamans. » simple constatation, sa réflexion avait été laissée sur la touche avant de lui remettre cette dernière sous le nez. « Où elles sont ? Je peux t’emmener les retrouver si tu veux, après. Elles t’attendent peut-être ? » bien sûr, il avait proposé sans savoir qu’elles n’étaient pas sur le continent. Il n’aurait pas imaginé qu’elles puissent être aussi loin, surtout avec le lien aussi fort qui semblait les unir avec leur fille. Il n’aurait pas imaginé pouvoir la blesser avec sa bonne volonté manifeste de vouloir l’aider.

Après avoir englouti ces mètres - où il lui avait demandé plusieurs fois si tout allait bien, - ils finirent près desdites baies. Des baies qu’il savait comestibles, pour sûr. Il en attrapa du bout du bras et en présenta dans sa paume, à la jeune femme. « Tiens. » Et il allait la surveiller pendant ce moment… intense. Peu après il lui annonça la couleur, même si cela ne sonnait absolument pas comme des directives figées.  Plutôt comme des conseils avertis, peut-être posés un peu franchement, c’est vrai. « Tu as le choix : soit tu manges deux poignées comme ça, soit je te porte jusqu’à ton carrosse. » Ciaran avait la riche intuition qu’elle était venue en voiture, vu l’odeur qu’elle s’était traînée un peu sur ses vêtements. À moins qu’on l’ait déposé, ce qui serait beaucoup plus difficile pour remonter à la ville la plus proche, surtout à pied. S’il était suffisamment en forme pour le faire, il se doutait bien qu’Eileen-Cameron n’était pas aussi fraîche.
Par ses mots, il lui avait même fait comprendre qu’il n’allait pas la lâcher tout de suite, et ce n’était pas anodin. Il se demandait si elle avait vraiment quelque part où aller… et si ce n’était pas le cas, il finirait par lui proposer ce qu’il n’aurait certainement jamais fait en temps normal face à une illustre étrangère. « Personne n’en a après toi… ? », se risqua t-il même alors qu'elle allait parler, guettant sa réaction.
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Invité ∞ Invité
Sam 23 Déc - 18:48
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Somersault
Faol & Ciaran
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« Non, je vais te laisser ici comme un pauvre déchet… bien sûr que je t’accompagne ! » Le sarcasme m'aurait habituellement mise mal à l'aise, mais je me contentais de sourire et d'étouffer un rire. Alors que je lui laissais le choix de me suivre, en sachant que j'avais perturbé sa promenade, il réalisait qu'il avait effectivement eu une activité particulière sous sa forme de renard, ils se corrigea sans que je vienne le lui faire comprendre. Il avait ce petit « quelque chose » de différent, un débit verbal sarcastique qui semblait camoufler et protéger une personnalité forte, mais également méfiante, une puissante sensibilité qui visait à sur-analyser l'intégralité des éléments qui se présentaient sous ces yeux. Il ne me faisait pas confiance. Il semblait le préférer et son attitude en était la preuve. C'est à ce moment que, ma vision se troubla et que mes muscles marquèrent un moment de faiblesse. « Hey, doucement. On dirait que c’est toi qui a un rendez-vous, à vouloir aller trop vite. » Il se saisit de mon bras. Sans lui, mon dos et mon postérieur auraient subi une nouvelle chute. Au contact de sa main, mes yeux s'ouvrirent et je ne pus me retenir d'inspirer bruyamment. Une jeune femme aux cheveux châtain mi-longs, aux traits fins et doux m'apparut dans un nouveau flash. Un sentiment de crainte s'empara alors de mon estomac pour me le tordre. Ce nœud n'était qu'une création de l'angoisse, cette sensation désagréable ne m'était pas complètement inconnue, mais elle n'avait jamais été aussi forte. Pourquoi mon esprit m'envoyait-il autant de signaux ? Pourquoi chaque contact avec cet inconnu avait son lot de d'étrangeté et de messages subliminaux ? « Tu peux te tenir à moi, tu sais. Tu n’y arriveras pas toute seule. » Affichant un timide sourire en coin et préférant éviter le contact visuel, j'acquiesçais de la tête. Hésitante, je passais mon bras sous le sien avant de me remettre en route avec lui, en direction des fameuses baies. Il se détacha pour finalement passer son bras dans dos, solution plus efficace si je venais à perdre connaissance de nouveau.
Je lui avouais alors être medium et sa réponse ne me surpris pas le moins du monde, mais il s'excusa malgré tout. « Non, ce n'est pas facile tous les jours, tu n'as pas besoin de t'excuser. Je ne pense pas avoir hérité d'un don, plus d'une malédiction. » Sans rancunes. Je sentais qu'il m'avait répondu impulsivement, qu'il avait immédiatement regretté ses mots, comme j'avais regretté les miens quelques minutes plus tôt en l'ayant considéré plus comme une créature que comme un humain. Nous avions chacun nos maladresses, je comprenais les siennes.
Un silence s'imposa alors, ce fut Ciaran qui repris la parole. « Tu as l’air de beaucoup aimer tes mamans. Où elles sont ? Je peux t’emmener les retrouver si tu veux, après. Elles t’attendent peut-être ? » Je ne pouvais m'empêcher de parler d'elles. Elles étaient celles qui m'avaient offerte la connaissance, un apprentissage strict et indispensable pour que je puisse survivre avec mes dons -ou malédictions- il m'était donc impossible de les ignorer, de ne pas penser à elles. « Je suis arrivée d’Écosse il y a peu. J'y ai toujours vécu. Mes mères, elles, y sont restées. Je devais prendre mon envol à la fin de mes études, je voulais recommencer une nouvelle vie. Loin, très loin de ce que j'ai pu vivre jusque là. Je ne suis pas très heureuse de constater que rien ne se passe comme prévu. » Je jetais un œil dans sa direction, toujours confuse d'avoir forcé Ciaran à rompre avec ses activités. « La route sera longue si tu souhaites me ramener chez moi. » Je ne voulais plus ressentir le malaise que nous avions pu créer à plusieurs instants, alors je lui adressais un large sourire que j'accompagnais d'un rire pour ponctuer ma phrase. Je reprenais presque aussitôt.  « Je n'ai toujours pas d'endroit où vivre, je me déplace régulièrement pour le moment. »
Le renard me tendait des baies par poignées et au bout d'un certain nombre, je lui faisais signe de ne plus en chercher alors qu'il avait automatiquement remis sa main dans l'une des branches. « Merci, cela devrait suffire. » J'avais besoin d'un vrai repas, d'une douche et de quoi me vêtir proprement pour oublier temporairement les éléments qui avaient pu salir cette journée. Une journée qui serait plus difficile que je ne l'imaginais, à chasser de ma mémoire. « Tu as le choix : soit tu manges deux poignées comme ça, soit je te porte jusqu’à ton carrosse. » Je souris. Je me demandais s'il avait toujours été aussi strict et attentif à la santé d'inconnus qui croisaient sa route. « Je te remercie, je vais mieux. Tu n'es pas obligé de me porter, le soutien que tu m'as donné il y a quelques minutes est largement suffisant. »
« Personne n’en a après toi… ? » Je me retournais et relevais les yeux en direction de la route. Le talus qui nous en séparait était relativement haut. Je constatais que j'avais dévalé une grande distance. Je répondais à l'Irlandais sans me détourner. « Si ça avait été le cas, je ne serais déjà plus là pour te répondre. »
Je conduisais une vieille voiture, achetée au rabais, mais tenant plutôt bien la distance. C'était peut-être la seule chose qui ne m'avait pas posée de problèmes jusque là. Après un effort assez intense pour arriver au niveau de la portière, je pensais que Ciaran m'aurait laissée m'installer pour que je me remette en route, mais c'était mal le connaître. À peine avais-je sorti mes clés qu'il s'en saisit dans un rire sarcastique. Même pas en rêve, jeune fille ! Fût ce que j'interprétais par ce geste. J'allais attraper sa main pour protester, mais il y eut un nouvel échange de regards, silencieux. Je comprenais que je n'avais pas le choix et c'est en m'installant pour la première fois sur le siège passager et que les portes claquèrent que je reprenais ensuite la parole. « Ciaran. » À cela s'ajouta un nouveau contact visuel. D'une timide et douce voix, j'avais peur que ma nouvelle confidence ne l'agace ou peut-être, juste, le mette en colère. « Je n'ai nulle part où aller... Je n'ai pas de destination, je n'ai pas de chez moi. » Je resserrais ma veste contre moi après avoir ressenti un frisson. Je marquais un silence, je voulais poursuivre, honteuse, mais j'étais incapable de me justifier. Je réalisais alors qu'il allait être temps pour moi de trouver un but, de reprendre une activité normale afin d'avoir un minimum de stabilité, surtout à vingt-quatre ans.

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