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« Remember the daisies. ft. Elizabeth Rochester »

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Meg Masters ∞ Black Eyed Demon
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Black Eyed Demon
Statut du rp

sujet privé; ft. Elizabeth Rochester

type ❖ flashback, etc.

date ❖ 03 Septembre 1886

informations spatio-temporelles ❖ Louisiane, milieu d'après-midi.  

intervention du MJ ❖ Je ne pense pas que que nous en aurons besoin.

Autre ❖ FEELS !

©️ HELLOPAINFUL; revisité par SHADOW


Remember the daisies ft. Elizabeth



Au loin, l'orage s'éloignait.
Ici ne subsistait que l'atmosphère lourde qui accompagnait la pluie, dans un silence pesant. Tout s'était tu, endormi par le passage des premières averses depuis longtemps. Seul existait le bruit doux et apaisant des gouttes tombant lentement de la nature gorgée d'eau. Une légère brume s'était levée, pour filtrer le paysage et prolonger le mysticisme de ces orages si rares. Ca n'était que le résultat du contact entre le sol brûlant et la fraicheur de l'ondée, elle le savait. Grâce le savait, on le lui avait apprit. Mais parce qu'elle était une enfant, elle préférait croire autre chose.

Assise sur un petit banc de bois sous la fenêtre de la cuisine, à gauche de la porte de derrière, elle observait les gouttelettes dégringoler en douceur de l'avancer couverte de la terrasse. Le bois du paquet  craquait et il demeurait encore dans l'air l'odeur humide de la terre. Parfois, elle se plaignait de l'humidité chaude qui l'empêchait de respirer correctement. Mais pas là. Le calme apparent de ce qui l'entourait paraissait la tranquilliser à son tour. En tendant bien l'oreille, elle aurait même pu entendre la famille d'opossum qui avait élue domicile dans le grand arbre un peu plus loin. Papa avait toujours dit qu'il fallait les chasser, mais personne ne l'avait fait.

Grâce resserra les bords usés de son châle. D'ordinaire on lui disait de ne pas sortir par un temps pareil. De rester au chaud, pour ne pas risquer sa santé. Papa la grondait toujours avant, lorsqu'elle mettait le nez dehors après un orage. Elle recommençait toujours, parce qu'au moins il s'occupait d'elle. Et elle aimait la sensation post averse. Mais maintenant, il ne prenait même plus la peine de venir la chercher. Elle pouvait rester des heures dehors pendant que lui était enfermé dans son bureau. Est-ce qu'elle avait fait quelque chose de mal ? Peut-être avait-elle été tellement méchante à désobéir qu'il ne voulait plus d'elle ? Ou peut-être était-ce ces choses d'adultes qu'elle ne pouvait pas saisir. Pourtant, elle était intelligente. C'était ce que disait les grands. Alors pourquoi n'était-elle pas en mesure de comprendre.

Au delà de la balustrade blanche de bois peint, on voyait s'étendre le jardin. C'était probablement son endroit préféré, loin de l'ambiance lourde qui régnait dans la maison. Et bien qu'elle n'avait techniquement le droit de se rendre que dans les parties visibles depuis la maison, elle poussait parfois les explorations beaucoup plus loin, revenant les genoux écorchés et les mains pleines de terres, transportant dans les bocaux à confitures que Nanny voulait bien lui donner d'étranges insectes, ou des petits tétards. Elle les posaient en évidence dans sa chambre, sur le rebord de la fenêtre en arc de cercle, là où se trouvait autrefois une banquette moelleuse qu'elle avait retiré pour y mettre les planches à nues et s'en faire une table de travail. Elle les observaient, les dessinant avec application dans son carnet noir, notant d'une écriture ronde et attachée comme seuls écrivent les enfants le lieu de leur capture et leur habitat. Et lorsqu'elle se réveillait le lendemain matin, ils avaient tous disparus. Les bocaux étaient lavés et séchés, posés à l'envers là où ils s'étaient trouvés la veille. Elle soupçonnait Nanny de rendre aux créatures leur liberté pendant la nuit, lorsque ce n'était pas elle même qui le faisait à la fin de son inspection en règle. Jamais on ne lui avait interdit de ramener des bestioles à la maison, malgré la fois où elle avait glissé des tétards dans la baignoire. Sans doute préférait-on la garder occupée comme elle le voulait par pitié.

Repliés sous elle, ses pieds commençaient à s'engourdirent, et Grâce se leva lentement, trébuchant sous ses muscles endoloris, quand quelque chose attira son attention. Du coin de l'oeil, elle aperçu une nuée de petites tâches blanches, au pied du gros arbre qui servait de maison aux «  possums ». Des pâquerettes. Elle n'en voyait que rarement, la pelouse étant toujours tondue avant que les petites corolles blanches n'aient eu le temps d'éclore. Un sourire fendit le visage de l'enfant, alors qu'elle filait de ses petites jambes en direction du tronc, manquant de glisser sur les quelques marches menant au jardin. Elle se rattrapa de justesse à la rampe, sans ralentir sa course. Lorsqu'elle posa le premier pied sur la pelouse, la fillette s'arrêta quelques secondes, s'amusant de la texture spongieuse de la terre sous la semelle de sa chaussures.

Comme on le lui avait apprit, elle se pencha sur les fleurs et tendit la main. Ses doigts glissaient jusqu'au bas des tiges, une par une, cueillant la plante à raz la terre. C'était bien plus pratique pour former des bouquets. Elle ne cessa que lorsque sa petite main ne puisse que difficilement se refermer sur le bouquet de fortune. Debout, au milieu du terrain, Grâce contempla les pétales blancs et les cœurs jaunes. Les donner à son père ne servirait à rien. De toute manière, elle n'avait pas le droit de monter dans son bureau. Elle le dérangeait. Mais elle ne voulait pas les garder. Elle ne voulait pas cueillir des choses pour elle même. Elle, elle les connaissaient, les pâquerettes. Lentement, alors que son cerveau faisait marcher ses petits rouages, un visage s'imposa. Des cheveux bruns, bouclés. Et une odeur de thé chaud. Elizabeth. Papa disait toujours de ne pas appeler les adultes par leurs prénoms, mais Elizabeth c'était différent. Elizabeth, elle ne lui disait pas qu'elle la dérangeait lorsqu'elle venait la voir.
L'enfant se mit à courir. L'air chaud comprimait ses poumons, rendant son souffle irrégulier, mais ses jambes continuaient d'avancer. L'herbe humide fouettait ses chevilles, colorant ses chaussettes blanche d'une teinte verte diluée d'eau, et des lourdes boucles s'échappaient de sa queue de cheval, obscurcissant sa vue par intermittence. Grâce savait qu'elle n'avait pas le droit de se rendre chez des adultes sans y être invitée. C'était très impoli. On ne s'invitait pas chez les gens de cette manière.

Pourtant, c'est sans aucune retenue qu'elle poussa la porte de la petit boutique, un peu à l'écart du reste. Aussitôt, une senteur de plantes séchées l'entoura, et elle s'arrêta après avoir refermé la porte. Peut-être qu'elle n'était pas là ? Elle n'avait pas pensé à regarder si un panneau ''fermé'' barrait la porte. D'une main ferme, l'enfant repoussa ses cheveux mouillés. A présent détachés, ils roulaient sur ses épaules et ce parce qu'elle avait utilisé son ruban pour maintenir ensemble les tiges des fleurs avec un nœud maladroit. Elle s'avança dans la boutique, se hissant parfois sur la pointe des pieds pour voir entre les étagères.

«  Elizabeth ? »

Grâce avait une voix étrangement grave pour une enfant. Loin de celle d'une adulte certes, elle n'atteignait cependant pas les notes aguës qu'on entendait souvent dans les voix des fillettes de son âge.
Un bruit retentit sur sa gauche et la petit fille se tourna immédiatement vers la source, cachant un mouvement vif son bouquet derrière son dos.

«  Il y a personne à la maison alors je suis venue. Tu sais que les possums qui vivent dans l'arbre ils ont eu un autre bébé ? Je l'ai vu l'autre jour, mais je crois que il n'a pas le droit de descendre de l'arbre encore. Il est trop petit, il pourrait se faire mal ou se perdre. Alors je le surveille des fois, pour voir s'il obéit. »
lumos maxima


Chaque jour, ils prient pour le salut des âmes de leurs morts, en oubliant volontairement de prier pour ceux qui en avaient le plus besoin.

   (c) crackle bones
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Elizabeth Rochester ∞ Natural Witch, Natural Bitch
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Age : 243 ans

Métier : A été infirmière, herboriste, guérisseuse, libraire ... Indéfini aujourd'hui

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Remember the daisies
(Until we go down - Ruelle) ▽ And I feel it running through my veins, And I need that fire just to know that I'm awake. Erased, I missed till the break of day And I need that fire just to know that I'm awake ... Until we go down.
Au loin, l'orage s'éloignait et avec lui les promesses de vie qu’il recelait. Elle avait regardé les perles incolores du ciel gris tomber de longues heures durant, appréciant la manière délicate dont elles se fracassaient sur les herbes folles, admirant la beauté sauvage de l’instant éphémère. Lorsqu’elle avait senti les éléments se déchaîner, un fin sourire enchanté avait éclairé ses traits – et ainsi avait-elle accompagné le cri féroce et crispé du tonnerre, fredonnant une antique mélodie de circonstance, tendre marche funèbre, ode aux ténèbres grandissantes.
Elle avait par ailleurs délaissé son lit un instant pour capturer quelques visages effrayés sur le papier, croquant les insectes et les oiseaux agités sous les yeux rieurs du chat qui la suivait depuis quelques semaines. L’être, renommé Léopold par presque hasard, était un animal vif et malin, dégourdit comme n’importe quel matou digne de ce nom. Son pelage tigré contrastait cependant avec les légendes qui accompagnaient pour les sorcières mais, si elle appréciait le fait qu’il ne porte pas la robe sombre traditionnelle par simple mesure de discrétion, cela lui manquait pourtant. Les chats noirs sécurisaient les maisons, ce que moult de petites gens ignares et obtus n’étaient en mesure de comprendre. Compagnon de fortune, il était resté avec elle jusqu’à ce que l’orage de se lasse, jusqu’à que sa peau, devenue froide, ne frissonne pour de bon. Par la suite la chape de brume était venue prendre la relève, offrant un décor onirique digne des plus grandes rêveries qu’elle se plaisait encore à tisser malgré son âge.
Un soupire s’était alors échappé des lèvres de sa carcasse frêle, ses fines mains resserrant doucement son châle sanglant limé, usé par le temps bien qu’encore chaud.
Quelque chose se préparait, elle l’avait senti, mais n’avait su dire quoi. Alan était parti depuis quelques jours pour s’enquérir d’une nouvelle destination fiable, la tension montant dans les environs. Elle même avait prévu de partir bientôt – il reviendrait la chercher, comme toujours. Ce n’était plus qu’une question d’heures. De jours tout au plus. Ils prendraient le large comme ils étaient apparus, quelques années plus tôt, et le monde les oublierait, une fois encore.

Quelque chose se préparait, oui. Mais elle ne se doutait pas qu’il s’agissait d’une venue charmante, d’un nouveau songe, doux rêvé éveillé. Maladroit. Innocent. Elle avait connu l’enfant, l’avait vu grandir, s’y était attachée bien qu’elle préférait ignorer la douleur sourde que frappait son coeur à mesure que le temps passait – boudant sa mémoire, ses questions stupides et malvenues. Quel âge aurait-elle eu, à présent ? Elle était morte, à ne point en douter. Dans de bonnes conditions, elle l’espérait … Avait-elle elle-même eu progéniture ? Elle ne savait. Elle qui avait passé tant de temps à tenter d’oublier, il avait détruit sa forteresse en une phrase, un ordre, une annonce macabre, délirante, impossible … Improbable. La Nouvelle Orléans. Quand Alan lui avait imposé la Louisiane, elle n’avait su dire non – car il savait. Etait-ce un hasard ? Elle se détestait à penser que non – le maudissant pour cet acte barbare – mais la réalité resterait un mystère à jamais. Pourquoi revenir après tant de peine ? Pourquoi rester après tant de haine ? Elle avait tout juste commencé à composer réponse qu’il fallait déjà s’envoler vers de nouveaux horizons.
Ainsi se trouvait-elle lorsque la petite fit son entrée dans la boutique emplit de fleurs, d’herbes et de grigris divers et variés. Elle se perdait dans la remise, la tête dans un carton, affairée à préparer son départ avec sa vivacité coutumière – allant ranger, bouger divers objets, plantes, livres, grigris en tout genre qu’elle pensait efficaces, utiles pour la suite. Elle s’était par exemple appliquée à classer chaque racine par ordre d’importance selon les potions et onguent qu’elle pouvait concocter. Bien sûr, ils ne prendraient pas tout. Seulement le strict nécessaire – un peu plus même, si il l’écoutait. Elle se refusait à partir sans quelques échantillons – on ne savait jamais comment les choses pouvaient tourner – d’autant plus qu’elle était indéniablement une enfant de la nature – elle avait besoin de la terre.
Ainsi se trouvait-elle, donc, perdue dans son monde, ses rêveries, à râler dans sa barbe, maugréant auprès de son mentor et surtout auprès de l’esprit obtus de ces êtres bipèdes qui n’avaient de cousins que nom. C’est le carillon clair de la clochette qui lui indiqua l’invitée surprise, suivit peu après par sa voix chantante bien que grave, adorable – et comme toujours elle ne pu s’empêcher de sourire en l’entendant, oubliant les tracas, oubliant le départ.

« Mademoiselle Grâce. Quel plaisir de vous revoir. »

D’un mouvement souple et fluide, rapide, elle sorti de l’atelier caché après s’être essuyée les mains, apparaissant sur la gauche de l’enfant. Quelques mèches de ses cheveux fous ondulaient hors de son chignon lâche, retombant sur son front et dans son cou sans qu’elle ne daigne tenter d’en faire quelque chose de plus convenable. Sa voix, douce, était indéniablement chaleureuse – et aussi tendre que son sourire lumineux, ses yeux bruns brillant de malice en voyant le corps menu se tenir devant elle, tentant de cacher quelque chose dans son dos. Qu’est-ce que la demoiselle avait-pu encore inventer ? Cependant la douceur se crispa un instant pour se changer en une vive inquiétude, notamment en voyant ses vêtements humides tremper le sol, ses cheveux dégoulinant d’eau. Mon dieu. Qu’est-ce que ces adultes incapables lui avaient encore fait ? L’enfant ressemblait à une vraie petite sauvageonne – et si cela la faisait en réalité rire, le fait qu’elle puisse attraper une bronchite était au coeur de ses premières préoccupations. Ainsi, bien que l’écoutant, elle se rapprocha vivement jusqu’à venir se baisser pour être à son niveau et ainsi la regarder dans les yeux. Pourtant et contre toute attente, elle ne la gronda pas, pas plus qu’elle ne lui demanda d’explications quant à sa tenue. Elle s’en doutait bien, faisant pourtant mine de ne pas voir le trésor que ses mains tremblantes agrippaient férocement, fendant son coeur un peu plus, lui offrant de nouveaux battements.

« Lui avez-vous trouvé un nom ? »

Sa voix, toujours tendre, s’échappa de ses lèvres tel un murmure amusé – un secret qu’elles gardaient pour elles seules, comme le fait que le vouvoiement soit infiniment plus tendre, maternel, protecteur. Son sourire revenant étirer son visage bien que l’angoisse reste présente dans ses yeux, elle se permit d’essuyer une goutte d’eau perlant sur la joue de l’enfant qu’elle chérissait, lentement.

« J’ose espérer qu’en grandissant, le petit possum saura vous écouter un peu plus. Je suis certaine que vous saurez le domestiquer. Il n’y a rien que vous ne puissiez réussir à faire, avec cette détermination qui est la votre. Puisque vous êtes venue me voir, est-ce qu’un chocolat chaud vous tente ? Quoi que nous allons plutôt – et avant toute chose - vous trouver des vêtements secs et chauds. Il me semble que les possums auront besoin de vous bientôt et tomber malade ne serait pas acceptable dans de telles conditions. »


Ses yeux, brillant d’amour, enveloppèrent l’enfant avant qu’elle ne se redresse quelque peu, lui tendant la main si Grâce désirait la prendre. Pour tout dire, cela n’aurait tenue qu’à elle, elle l’aurait prise dans ses bras, mais comme elle semblait porter un présent … D’ailleurs à ce propos …

« Puis-je savoir ce que vous cachez ainsi dans votre dos, où est-ce là une nouvelle surprise importante dont il faut garder le secret absolument ? »

(c) AMIANTE




 

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Meg Masters ∞ Black Eyed Demon
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Remember the daisies ft. Elizabeth



Grâce était entrée dans la boutique dans une bourrasque et à son enthousiasme enfantin fit écho le carillonnement aiguë de la petite clochette d'argent, du haut de sa petite paterre surplombant la porte. A ses vêtements s'accrochaient encore des bribes de bruine chaude, et elle apportait avec elle l'odeur suave et lourde des orages du bayou, flottant et envahissant l'espace. La boutique, qu'elle connaissait bien à présent, lui paraissait pourtant intimidante à présent qu'elle ne pouvait percevoir le visage doux et avenant de la maîtresse des lieux. Enfant qu'elle était, tout lui parvenait immense, colossal, et lorsqu'elle tenterai de se souvenir du lieu plus tard, ne restera plus que cette impression folle de démesure. Les bocaux, les plantes et les livres, tout ne serait plus qu'un brouillard infini, où seules subsisteraient cette sensation empreinte de mélancolie, et la douce chaleur consolatrice d'un sourire maternel.

Une première fois elle l'appela, presque doucement par peur de briser le calme et la torpeur installés dans la boutique. Presque aussitôt, elle enchaîna, comme si laisser le silence revenir de nouveau apporterait avec une malédiction, une de celles qui ne peuvent être crûes que par l'imagination débordante des enfants. Alors, pour éviter le mauvais sort, Grâce reprit. Les opossums étaient devenus depuis quelques temps son sujet de conversations favori. Depuis qu'ils avaient emménagés dans l'énorme trou causé par la chute soudaine d'une branche, en vérité. Une fois, elle en avait trouvé un en bas de  l'arbre. Tout doucement, elle l'avait poussé du bout du pied, pour ne pas lui faire mal. L'animal avait roulé sur le coté, le corps flasque et la langue débordant de sa gueule ouverte. Sans comprendre réellement pourquoi, Grâce s'était sentie affectée plus que raison par la mort de l'animal, et ses yeux bleus s'étaient embués presque aussitôt. Les adultes l'auraient probablement laissé là, livré à la nature. Mais les enfants n'avaient pas le même rapport au deuil. Elle savait ce qu'on faisait aux morts. Un hommage, une dernière demeure. Mais lorsqu'elle s'était penchée pour le ramasser dans ses bras afin de lui offrir une sépulture décente, la bête lui avait mordu l'index. Immédiatement, l'enfant l'avait lâchée et elle s'était empressée de grimper à l'arbre pour se réfugier dans sa cachette. Il avait seulement simulé le décès, croyant avoir affaire à un prédateur. Soulagée, Grâce avait éclaté de rire, oubliant l'espace d'un instant la plaie fine et profonde sur son doigt, peignant sa main de rouge. De là haut, elle voyait les petits yeux noirs la fixer, alors elle s'était détournée, rentrant lentement à la maison. Peut-être avait-il compris qu'elle n'était pas ennemie ?

Visiblement, l'histoire des opossums avait eu le don de faire apparaître la gérante et Grâce, surprise, s'était vivement retournée, serrant un peu plus le poing sur les tiges coupées de ses fleurs. Le vouvoiement, comme toujours l'étonna. Il n'y avait qu'Elizabeth qui l'appelait ainsi. Peut-être autrefois, lorsqu'on recevait du monde à la maison. Mais Nanny la tutoyait. D'aucuns auraient trouvé cela étrange qu'une enfant soit traitée de manière si cavalière par sa nourrice, mais cela ne la dérangeait pas. Elle n'en avait pas conscience. Papa, lui... Et bien Papa ne l'appelait pas. De temps à autre, elle l'entendait demandé des nouvelles de la gamine, ou de la petite, avant de remonter s'enfermer dans son bureau avec un plateau repas. Elle avait depuis longtemps cessé de le déranger dans sa pièce réservée, alors elle ne savait pas. Le vouvoiement de la jeune femme lui apportait un sentiment nouveau, que ses mots d'enfants ne parvenaient pas à qualifier. Il lui faudrait un moment avant de comprendre qu'il s'agissait là de l'impression d'être quelqu'un, au delà du fait d'être une fillette.

«  Oui. Il s'appelle Possum. »

Evidemment, Possum. Jamais on ne lui avait demandé de trouver un nom original, non plus.
Accroupie devant elle, Elizabeth paraissait bien moins intimidante que lorsqu'elle était apparue quelques secondes plus tôt. L'enfant se laissa approcher, et tandis que la sorcière cueillait du bout de son doigt une perle d'eau qui roulait sur sa joue, Grâce repoussait en arrière une tignasse brune et lourde, qui avait sans doute connue le peigne le matin même mais qui ressemblait à présent à fichu bazar. Tant mieux. Elle n'aimait pas avec les cheveux attachés de toute façon. Ça tirait la tête, et puis le ruban glissait tout le temps, et c'était pas agréable de se retrouver avec le nœud au milieu du cou. Et puis ça grattait en plus.
Visiblement jusqu'à présent inconsciente de l'état dans lequel elle se trouvait, la fillette baissa le regard sur ses chaussures, où les petits volants des ses soquettes étaient désormais d'un vert vif à la place du blanc crème d'il y a quelques heures. L'herbe mouillée tâchait, elle en était la preuve vivante. Vivement, elle releva la tête, dans le but de rassurer sa protectrice.

«  Je n'ai pas froid ! Je suis jamais tombée malade encore, sauf la fois où j'ai eu de la fièvre, mais je crois pas que ça soit à cause du froid. Mais je crois que je voudrais bien des vêtements chauds en attendant que ceux-ci sèchent. Tu as raison, ça serait pas très responsable de laisser les possums tout seuls, surtout que Papa veut les mettre dehors. »

Presque instinctivement, Grâce glissa sa main dans la sienne, refermant affectueusement ses petits doigts autour d'elle avec une confiance qu'elle n'accordait qu'à elle. Souvent on lui répétait de ne jamais faire confiance aux inconnus. Mais au fil du temps, Eli s'était imposée, et c'était sa famille qui lui était devenue inconnue. Le sourire de l'enfant s'élargit à la mention de ce qu'elle cachait dans son dos. Une fossette se creusa dans sa joue gauche et on voyait se rallumer dans ses yeux une flamme de malice. Attendant quelques secondes pour faire durer le suspens, elle finit par sortir le présent de sa cachette, le tendant devant elle en direction d'Elizabeth.

«  Tiens ! J'ai fais tout bien attention en les cueillant, parce que tu m'as dis que il faut pas cueillir les plantes pour rien. Mais là, on allait couper l'herbe alors elles auraient de toute façon été cueillies. Avant, quand je jouais avec les autres, elles faisaient des couronnes avec pour les donner à leurs mamans, mais moi je sais pas faire de couronne, alors j'ai mis un ruban. »

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Elizabeth Rochester ∞ Natural Witch, Natural Bitch
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Remember the daisies
(Believe Again – Delta Goodrem) ▽ Have you ever stared into the rain, thought the clouds would never disappear ? Have you ever screamed out into the dark, thinking no one else could hear ? I was leaving footprints tainted by my past on this winding road to you
Avait-elle été aussi vive, de son vivant ? Avait-elle eu ce même regard, profond, limpide et malicieux ? Les fantômes du passé revenaient sans cesse folâtrer sous ses fenêtres et c’était là une si profonde blessure qu’elle ne guérirait jamais. Elle n’avait pu voir sa petite Jane grandir, comme elle n’avait pu la voir mourir et cela la désolait. Pourquoi, cependant, voyait-elle en cette enfant présente les souvenirs d’un lointain drap froissé ? Elle ne pouvait le dire et cela la dépassait. Etait-ce le destin qui, désireux de la torturer, envoyait ce sourire radieux lui remémorer ses fautes ? Etait-ce au contraire un étrange message de rédemption auquel elle pouvait avoir droit ? Elizabeth préférait fuir ces questions une nouvelle fois, les chassant d’un mouvement de tête imaginaire, clignant des yeux une fraction de seconde pour refermer la porte de ses songes teintés d’ocre, de rouge et d’ombres et aspirer, dans une ultime prière, la lourde bourrasque orageuse et crépitante que l’enfant innocent apportait avec elle.

L’histoire des possums la faisait toujours sourire. Elle se souvenait parfaitement des petites bestioles qu’elle avait par de nombreuses fois croisées – aussi adorables et sauvages que la petite Grace qui lui faisait à présent face ; le même regard aussi intelligent et malicieux brillant dans leurs pupilles d’animal, aussi souple et gracieux que la petite pouvait être sans pourtant s’en rendre compte encore. Qu’allait donc devenir cette jeune demoiselle en grandissant ? Sûrement une beauté à ne pas en douter. Une fleur pleine de caractère qui ne s’en laisserait pas compter – point réjouissant, bouffée d’air frais dans cette société ou chaque mouvement était pensé et millimétré pour bien paraître.
Son sourire, doux et tendre, s’agrandit lorsque la fillette reprend la parole avec cette détermination qui est sienne. Possum. Bien évidemment. Elle aurait dû s’en douter, après tout,c’était là la logique même. Hochant doucement la tête, elle se contente de se redresser quelque peu en tentant de ne pas rire, un éclair amusé passant dans ses yeux chocolat – étant malgré tout sérieuse et pensant chaque mot qu’elle offre en réponse. On ne ment pas à un enfant.

« C’est là un nom parfait. »

Son regard s’égare à nouveau sur la tenue de la petite brune mais elle n’en dit rien, un frisson venant parcourir silencieusement son échine à la place – la peur, immuable, cachée au fond de son corps, de perdre à nouveau un être cher s’éveillait. Il fallait que cela s’arrête. Car, elle le savait, cela ne serait que retarder l’inévitable. Pourquoi s’attacher, avait-elle un jour baragouinée, au portes de l’Hadès. Pourquoi s’attacher à des êtres si faibles si c’était pour voir leur déchéance programmée arriver – si c’était pour les perdre ? Alan n’avait pas répondu, pas plus qu’il ne lui avait accordé la mort qu’elle attendait à l’époque. Il avait préféré la changer en monstre à la place – tout du moins, c’est ainsi qu’elle avait vécu ses premières expériences avec l’immortalité – mais étrangement elle n’avait jamais réussi à lui en vouloir. Il avait fait là ce qu’un homme seul aurait tenté : créer un être capable de l’égaler, le surpasser peut-être ; modeler un double pour tuer le temps pour de bon. Aurait-elle le même égard envers de nouveaux êtres lorsqu’il ne serait plus ? Elle se pétrifiait rien qu’à l’idée de voler une vie humaine et transformer cette dernière, surtout si ce n’était là qu’un choix unilatéral.
Elle se reprend pourtant, sans montrer à Grace ce qui l’inquiète – cette idée détestable qu’un jour prochain, bien trop rapidement, la mort viendra embrasser la fillette et l’emmènera loin des siens – loin d’elle, loin des possums. Elle avait échoué à ne pas s’attacher à l’enfant, et l’idée du départ imminent rendait cela plus douloureux encore. Elle espérait sincèrement que son père serait assez intelligent pour prendre soin d’elle – elle priait pour que la domestique qui servait de nourrice reste égale à elle-même.

« Personne n’est jamais à l’abri de la maladie, surtout par ce temps. L’orage qui approche sera sans précédent, il faudra faire très attention à vous. »

Elle reprend, avant de nouer des doigts à ceux, plus petits et fins, de Grace, lui accordant un nouveau sourire bienfaisant.

« Je passerais voir comment se portent les possums et vérifier qu’ils sont bien à l’abri du danger dans la soirée. »

Ajoute t-elle, comme si ça coulait de source – elle sait parfaitement que si elle ne le fait pas, l’enfant ira grimper d’elle-même à l’arbre pour vérifier que tout va bien et c’est ce qu’elle désire éviter de tout son coeur. Lorsque la tempête passera, sa carcasse vieillie se trouvera loin, et le soleil reprendra ses droits sur l’horreur – le sourire de sa petite sauvageonne brillera d’autant plus lorsqu’elle gambadera librement dehors.
Par la suite, Elizabeth se dirige tranquillement vers l’arrière de la boutique, qui comporte un petit couloir secret que seul Grace a eu l’honneur de connaître à ce jour. En le franchissant, c’est un patio que l’on découvre, emplit de plantes plus étranges les unes que les autres – certaines exotiques, serre fabriquée pour l’occasion servant à recueillir les bienfaits de la nature et surtout permettant à approvisionner la boutique. Au bout de cette dernière se trouve une porte qui s’ouvre sur la maison, baraque au bois craquant aussi colorée que farfelue, épousant les canons de l’époque seulement en apparence. Cependant, elle n’a pas le temps d’arriver jusqu’au bout du petit passage éclairé par la lumière du jour, non. Car l’enfant bouge pour lui présenter ce présent ; et avec ce dernier, c’est son coeur qu’elle vole.

« Oh Dear Lord. »

Elle murmure, le souffle coupé, le palpitant manquant un battement. Son regard s’ancre à nouveau sur ce visage angélique ébouriffé dont les fossettes augmentent la beauté de l’instant. Est-ce possible d’être adorable à ce point ? Est-ce possible d’aimer autant un être qui n’est pas sien ?

« Merci, Grace. »

Elle s’agenouille à nouveau, le regard embué par toute cette reconnaissance qu’elle ne mérite pas, et un sourire large étire à présent ses lèvres pulpeuses tandis qu’elle prend le présent en faisant très attention. Fermant les paupières une seconde pour porter le bouquet à ses lèvres, elle reprend d’une voix enjouée dans la seconde qui suit telle une adolescente qu’elle n’est pourtant plus depuis longtemps.

« Elles sont magnifiques. Venez, nous allons les mettre dans un vase. »

Et, chose qu’elle ne se permettait que rarement, la voilà à attraper la fillette contre elle, l’attirant dans ses jupons pour planter sur sa joue douce un baiser tout maternel, avant de la serrer contre elle et se relever comme si de rien n’était. Les bras protégeant Grace d’une quelconque chute, sa main valide refermée sur son bouquet, elle franchit les quelques mètres qui restait pour entrer dans le jardin secret avec l’enfant dans ses bras, oubliant pour le moment les préparatifs qui s’entassent pêle-mêle.

« Quelle robe désirez-vous aujourd’hui ? La bleue ou la marron ? »

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On ne faisait pas souffrir les plantes inutilement, sans doute était-ce la première chose qu'elle avait apprise en côtoyant Elizabeth. Et parce qu'elle avait confiance en elle, elle s'était toujours efforcé de respecter les petits conseils et enseignements qu'elle dispersait, comme des poussières dans le vent, aux cours de leurs différentes rencontres qui se faisaient de plus en plus fréquentes, maintenant que Grâce grandissait et ressentait le besoin de parler à quelqu'un qui n'était ni ennuyé ni payé pour l'écouter. Elle n'était qu'à la toute aurore de sa vie, elle venait juste de commencer à comprendre le monde qui l'entourait. Mais elle se souvenait déjà qu'elle avait toujours fréquentée la solitude. Parfois, cela ne la dérangeait pas : Elle avait été élevée en enfant solitaire, et ne pas adresser un mot ou croiser un visage familier pendant quelques jours n'était pas un problème. Mais elle aimait Elizabeth. Il n'y avait que pour elle qu'elle interrompait ses incroyables chasses d'observation après les bestioles qui pullulaient dans le jardin. Et elle était la seule à se soucier des possums.

Avec une docilité étrange lorsqu'on commençait à cerner le personnage, l'enfant glissa sa main dans celle de la jeune femme, refermant ses doigts presque froids autour des siens avec un sourire. Elizabeth saurait s'occuper des possums, elle n'en doutait pas une seconde. Elle espérait juste que – comme à chaque fois qu'elle s'absentait – papa n'ait pas mis à exécution sa volonté de déranger les '' nuisibles '' de leur petit nid douillet. De toute façon, Elizabeth ou non, elle irait vérifier. Elle voulait voir de ses yeux comment se portaient les bébés, et s'ils ne faisaient pas trop de bêtises. Il y a deux jours, elle n'avait réussi à en compter que deux au lieu de trois. Peut-être le dernier préférait-il restait bien confortablement blotti dans sa cabane de bois. Peut-être, en effet. Mais dans le doute, mieux valait jeter un œil. Il aurait très bien pu se perdre quelque part.

«  Je suis forte, je n'ai pas peur de l'orage. J'espère qu'ils vont bien. Penses-tu qu'ils craignent la pluie ? Je ne pense pas ; leur fourrure semble drôlement épaisse. A moins qu'ils ne soient simplement gros. C'est possible tu sais, ils sont toujours cachés derrière les poubelles. Et des fois, je cache des morceaux de fruits dans le jardin, pour qu'ils les trouvent. Je n'ai pas spécialement envie de leur donner en face, ils pourraient se vexer en pensant que j'insulte leur capacité à chasser les morceaux de fruits.  »

Elle parlait rarement autant. Etait-ce parce qu'on lui avait sans cesse répété qu'il ne fallait pas parler lorsque l'on avait rien à dire ? Elle avait toujours des choses à dire, mais ça n'était parfois visiblement pas intéressant ; alors elle se taisait, la plupart du temps. Exceptionnels étaient ces longs babillages à propos de tout et de n'importe quoi, et presque toujours destinés à la jeune femme brune à qui elle tenait la main fermement, lorsqu'elle ne parlait pas toute seule, dans sa chambre, penchées sur les images d'un livre.
Les doigts tendrement enroulés autour des siens, l'enfant se laisse entraîner vers l'arrière boutique, lui emboîtant le pas joyeusement malgré le léger bruit d'eau que font ses chaussures à chaque pas. Son présent est toujours bien caché derrière son dos tandis que le couloir débute. Sans doute ferait-elle mieux de lui offrir son bouquet maintenant, avant que la chaleur de sa main n'abîme les fleurs. Doucement, la petite fille ralentit jusqu'à s'arrêter totalement, tendant son bras devant elle. Quelques fleurs sont, effectivement froissées, par la pluie ou par des mouvements qu'elle voulait pourtant précautionneux. Mais ça ne semble pas arrêter la jeune femme, qui s'agenouille devant elle, entourant délicatement de ses doigts le bouquet. Les lèvres de Grâce s'étirent en un sourire joyeux, orné de deux petites fossettes creusant ses joues enfantines. Elles restent là, toute deux à se sourire pendant quelques secondes – et c'est un souvenir qui ne quittera plus jamais l'enfant, bien après sa mort – avant qu'Elizabeth ne vienne la soulever doucement. Grâce rit de ce soudain changement de hauteur autant que du baiser déposé sur sa joue, et s'accroche à ses épaules ne prenant soin de ne pas froisser la robe. Serrée contre cette étreinte maternelle, elle regarde la lumière de la serre approcher.
Grâce était venue quelque fois ici. Tantôt sans s'arrêter, tantôt observant les travaux d'Elizabeth par dessus son épaule. Certaines plantes la fascinaient, tandis que d'autres lui faisaient peur. La petite Nepenthes qui trônait dans un coin, par exemple. Après avoir sondé un jour le fond de ses puits au suc d'un attrait sans pareil pour les insectes, elle avait depuis refusé de s'en approcher. On ne sait jamais, si les mouches pouvaient se laisser prendre au piège, elle-même pourrait un jour se noyer dedans. Et le fait qu'elle soit probablement cent fois trop grosse pour entrer dans le gosier de la plante n'enlevait rien à ses craintes. Non, la plupart du temps, la fillette se contentait de regarder, acceptant les conseils qu'on lui donnait, demandant parfois renseignement sur telle ou telle espèce. Elle n'avait pas encore conscience qu'Elizabeth n'exerçait pas un métier que beaucoup considérait comme convenable. Mais elle connaissait tant et tant de choses que s'en était presque plus méritant.

Mais cette fois, tout semble différents. Les pots ont bougés. Les outils ont presque tous disparus, rangés dans des boîtes traînant ça et là entre les étagères. Peut-être était-ce la lumière orageuse que libérait les vitres de la serre, mais l'endroit paraissait bien plus froid qu'auparavant. Peut-être Elizabeth avait elle décidé de ne plus s'occuper de ses plantes ? Mais si c'était le cas, elles mourraient, sans aide. Les yeux alternants d'un point à un autre, la voix de Grâce se fait distraite lorsqu'elle répond à la question posée.

«  Je voudrais bien la bleue, s'il te plait. »

Une fois qu'elle fut sûre d'avoir observé chacun des préparatifs qui semblaient se jouer ici, l'enfant fixa sa mentor. D'où elle était, elle ne pouvait voir que son profil, ombré par des cheveux d'un noir profond, aux boucles étrangement similaires aux siennes. Elle était une petite fille, mais elle n'était pas stupide. Son âge était suffisamment avancé pour qu'elle parvienne à comprendre de quoi il s'agissait.

«  Elizabeth, est-ce que tu t'en vas ? »


lumos maxima


Chaque jour, ils prient pour le salut des âmes de leurs morts, en oubliant volontairement de prier pour ceux qui en avaient le plus besoin.

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Elizabeth Rochester ∞ Natural Witch, Natural Bitch
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« Et bien, vous voilà plus forte que moi dans ce cas. »

Elle avait repris dans un léger rire, souriant à la fillette, ravie d’entendre plus longuement sa voix tout en lui serrant la main.

« Gardez cela pour vous, demoiselle, mais l’orage me terrifie. Ou tout du moins, le boucan que cela peut faire. Pour les possums, je ne pense pas non plus. Leur fourrure est effectivement assez épaisse pour les protéger. Je pense également que leur donner de la nourriture en cachette est une excellente idée. C’est même étrange qu’ils l’acceptent : les animaux perçoivent bien plus d’odeurs que nous et s’approchent rarement de tout ce qui peut un peu trop porter l’odeur humaine. Ils doivent beaucoup vous apprécier. »

Son sourire s’était agrandit à mesure qu’elle gravissait, au rythme de l’enfant, les mètres qui les séparaient de son habitat. En soit, elles formaient un couple étrange. Elizabeth, comme Grâce, n’étaient pas le genre à bavasser autant habituellement. Mais leurs rencontres étaient toujours ainsi, le coté maternelle de la plus vieille se manifestant alors à mesure que la fillette sortait de son propre carcan silencieux. Vraiment, elle ne comprendrait jamais l’attitude du père. Mais sûrement n’était-ce là que le reflet d’une éducation trop stricte dictée par le chagrin plus que par le devoir. Qu’importe. Ces moments, qu’elle chérissait plus que tout, n’appartenaient qu’à elles et c’était très bien comme cela.
A présent, elle serrait l’enfant contre elle comme si il s’agissait là du plus précieux des trésors, avec tout l’amour qu’elle lui portait sans en mesurer encore toute la profondeur. Un léger sourire sur les lèvres, elle aurait presque chanté une mélodie tant la joie irradiait désormais ses entrailles. Grâce était de loin la plus imprévisible et adorable gamine qu’elle avait pu croiser, et la plus vive par ailleurs. Son caractère décidé ne faisait que renforcer son charme, et bien qu’Alan lève souvent les yeux au ciel lorsque sa protégée parlait de l’enfant, au fond il ne pouvait que lui donner raison. Elle possédait, dans toute sa sagesse enfantine, une intelligence rare – et bien qu’elle se comportait la plupart du temps comme un être sauvage à l’image des monstres du bayou, elle portait en elle un sang noble de haute lignée dont elle ne pourra jamais se défaire complètement.

« Alors, la bleue se sera. »

Elle avait répondu d’un sourire, trop plongée dans ses pensées pour remarquer que l’enfant avait d’ors et déjà compris que quelque chose avait changé. Inconsciente alors du remous que cela causerait d’ici quelques minutes, Elizabeth ressassait les souvenirs liés à cette fameuse petite robe – qui en réalité venait d’une de ses propres tenues qu’elle ne mettait plus. En voyant l’enfant pour la première fois, elle avait eu envie de ressortir ses volants du placards, et ainsi s’était-elle soudain mise à découper du tissus, au milieu de la nuit, à la lueur des bougies, tout cela pour constituer à la jeunette une nouvelle toilette, bien plus confortable bien que restant à la mode. En réalité, Elizabeth ne revint à la réalité qu’en sentant le lourd regard de sa petite protégée. Cessant alors net ses divagations, elle fixa à son tour la demoiselle, ramenant délicatement l’une des mèches de ses cheveux fous derrière son oreille en prenant garde à ne pas lâcher le bouquet de fleurs dans le processus. Elle n’eut pas besoin de lui demander ce qui la tourmentait à vrai dire, car l’enfant largua la bombe d’elle-même peu de secondes après. Le silence accueillit ses mots, alors même que l’adulte se figeait sur place, ses os devenant de glace, sa gorge se serrant, son coeur se craquelant durement sous le ton qui, si il n’évoquait aucun reproche, gardait malgré son innocence cette connaissance qui ne pourrait être mise en déroute.

« Oui. »

Elle mit du temps à retrouver sa voix, entachée de tristesse, alors même que ses yeux chocolat accrochaient les siens avec toute la tendresse qu’elle lui portait. Oui. L’heure était venue. Alors, redevenant l’adulte grave qu’elle était au départ et qu’elle resterait par la suite malgré les années, elle déposa doucement l’enfant au sol, se mettant à nouveau à sa hauteur, sans cesser de la fixer durant le processus. La douleur que la simple évocation de cette séparation lui provoquait était aussi incompréhensible que défendue, mais elle ne pouvait plus le nier.  Pas devant elle. De toute la Louisiane, c’est sa petite Grâce qui lui manquerait le plus.

« Il y a un temps pour toute chose, demoiselle. Un temps pour l’orage de venir et passer, un temps pour le soleil d’apparaître. Il y’a un temps pour naître et un pour grandir et, désormais, celui de m’en aller approche à grands pas. »

Elle repris de sa voix douce mais pourtant ferme, comme lorsqu’elle lui expliquait les choses – d’adulte à adulte en somme – avant de secouer la tête. Ce n’est pas qu’elle désirait véritablement partir à dire vrai. C’était plutôt que le fait qu’elle ne vieillisse pas ne passait plus réellement inaperçu, et vanter les produits miraculeux des plantes ne marchaient qu’un temps. Les gens se questionnaient, les esprits s’échauffaient et les jalousies des contrées voisines n’aidait en rien la foule à se calmer. Elle devait partir oui. Pour continuer à vivre comme elle l’avait toujours fait, pour rester ce qu’elle était depuis sa naissance et ce dont Grâce se doutait depuis longtemps. Sorcière.

« Je comptais venir vous le dire ce soir. Mais maintenant, vous savez. »  

Elle contempla à nouveau l’enfant, passant les doigts de sa main libre sur sa joue, espérant que sa petite ne partirait pas en courant comme elle était capable de le faire. Elle n’aurait pas la force nécessaire de lui courir après. Pas cette fois.

« Je voulais vous offrir quelque chose. Mais avant toute chose, il faut vous réchauffer. »  

Reste, demandaient ses yeux. Reste encore un peu. S’il te plaît. Pour nous deux. Pour moi.
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L'enfant fixait Elizabeth, dans l'attente presque impatiente d'une réponse. Au fond d'elle, elle savait que quelque chose avait changé. Les bouleversements qui s'opéraient dans la maison ne pouvaient être que le signe d'un départ imminent. Elle avait suffisamment vu de gens partir pour reconnaître des préparatifs. Les sourcils légèrement froncés, Grâce laissa pourtant passer le silence sans chercher à presser la réponse qu'elle connaissait déjà. Oui. Oui, elle s'en allait. Aussitôt, une seconde question, que cette fois elle ne posa pas, surgit. Pourquoi ? Est-ce qu'elle avait fait quelque chose de mal ? Est-ce qu'elle partait parce qu'elle ne voulait plus s'occuper des possums avec elle ? Serrée contre Elizabeth, elle sentit pourtant des bras la saisir pour la poser au sol, à l'instant où elle souhaitait le plus rester contre la chaleur de la jeune femme. Mais elle était une grande fille maintenant, c'était ce qu'on lui répétait toujours. Elle était grande. Et seuls les bébés refusaient de quitter les bras de leurs mamans. Elle n'était plus un bébé.

Grâce se tenait debout, ignorant volontairement les gouttelettes qui dégoulinaient de ses cheveux et tâchaient le parquet. La tête légèrement basse, jamais elle ne quittait le contact visuel. Elle attendait des explications. Pourquoi partait-elle ? Les gens étaient-ils trop méchants avec elle ? Elle irait dire aux gens, elle, d'arrêter d'agacer Elizabeth. Elle ne voulait pas qu'elle s'en aille. Elle était la seule ici qui se souciait un peu d'elle. Mais sans doute était-elle trop égoïste. Peut-être accaparait-elle trop l'attention de l'herboriste. C'était sûrement cela. Peut-être que c'était aussi pour ça que papa ne s'occupait plus d'elle non plus. Elle demandait trop d'attention, d'affection. Pourtant, pourtant elle jurait qu'elle faisait des efforts pour apprendre toute seule, pour n'embêter personne ! Elle restait dans son coin pendant des jours, et elle se distrayait comme une grande. Mais visiblement, ça n'était pas suffisant... Elle ferait encore plus !

«  C'est à cause de moi ? »

Ses lèvres se serrèrent en une pâle ligne qu'elle avait toutes les peines du monde à empêcher de trembler. Mais, malgré  les larmes qu'elle sentait affluer dans ses yeux, Grâce refusait de pleurer. Papa lui disait toujours que personne n'aimait les pleurnicheuses. Et comprenait-elle pas suffisamment la situation pour se le permettre. Ou au contraire, la comprenait beaucoup trop bien, préférant ne pas rajouter de sanglots à la douleur déjà bien présente de la séparation. Alors, l'enfant hocha la tête. Finalement, sans doute était-il préférable de l'apprendre maintenant. Elle aurait tout le temps de se faire à l'idée, et d'ancrer dans sa mémoire enfantine les derniers instants qu'elle passerait avec la jeune femme. Si elle l'avait apprit le soir même, la souffrance n'en aurait été que décuplée.

«  Emmène moi avec toi. Je serais sage, je promets ! Et je pourrais être utile si tu croises des possums !...Emmène moi... Les autres petites filles seront encore plus méchantes si elles savent que j'ai encore perdu ma maman... Et on m'a dit qu'il fallait pas leur lancer de l'herbe, parce qu'apparemment c'est pas gentil. »

Elle savait qu'on ne l'emmènerait pas. Sans doute avancerait-on le fait que son père serait inquiet – foutaises – ou que sa place n'était pas sur les routes, à bourlinguer de droite à gauche. Mais il fallait qu'elle tente le tout pour le tout. Au moins, même si le refus serait catégorique, elle aurait essayé. Ses mains s'agrippèrent à la manche de la brune, ramenant ses doigts un peu plus près de sa joue. La chaleur maternelle qui se dégageait du geste lui déchira le cœur, et elle laissa, malgré elle, échapper un sanglot qui mourut dans sa gorge. La tête soudainement redressée, le menton haut et fière, Grâce glissa ses petits doigts dans les siens, pressant sa main doucement.

«  Je veux bien un chocolat chaud quand même, tu sais... »
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Elizabeth Rochester ∞ Natural Witch, Natural Bitch
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Son âme déchirée hurle son agonie à qui veut l’entendre. En elle résonne ce souvenir froissé, fané, ce même regard qui la happe à l’identique. L’espoir mêlé de crainte, une complainte silencieuse : ne pars pas. Ne m’abandonne pas. Pas encore. Ne m’abandonne plus. Mais alors que son cri déchirant perçait la nuit noire silencieusement, elle remettait sa fille aux mains du traître détestable, sans un remord sur le visage. Ferme, elle ne s’était effondrée qu’une fois seule, brisée, elle avait maudit la famille adoptive. Elle avait prié chaque jour durant, chaque nuit, pour que son trésor survive – pour qu’elle soit aussi belle et forte que son père jadis – pour qu’elle trouve sa voie dans ce monde de brutes, ce monde d’hommes. Avait-elle eu des pouvoirs ? Elle espérait que non. Avait-elle vécu heureuse ? Eu des enfants ? Avait-elle pourrit au fond d’une cave, à prier, à hurler qu’on la délivre de ses tourments ? Avait-elle su ?
Et toutes ces questions refoulées, toutes ces abominations qui la torturerait toujours sans qu’aucune réponse ne soit trouvée, elle les avait caché sous une attitude fière et désinvolte, sous une couche de glace qu’aucun n’était parvenu à entamer jusqu’à ce jour … Jusqu’à elle. Jusqu’à Grace. Sa Grace. Jusqu’à cet enfant qui posait la question fatidique, jusqu’à cette prière qu’elle avait espéré, qu’elle avait attendu sans réellement le savoir depuis toute sa vie. Emmène-moi avec toi.

« Non ma Grâce. Ce n’est pas votre faute. »

Sa voix, rauque d’émotion, murmure cette réponse tandis qu’elle s’abaisse de nouveau au même niveau que l’enfant. Ses yeux brillants ne doivent pas pleurer, elle doit rester maîtresse de sa figure – il lui faut sourire, ne pas tout gâcher. Pourtant son air sévère revient une seconde, tandis que ses doigts viennent caresser le visage de la fillette avec cette tendresse qu’elle n’a eu pour personne d’autre depuis la première tragédie.

« Il est simplement l’heure, pour moi. C’est ainsi. Mais nous nous reverrons. C’est une promesse. Une promesse écrite dans les étoiles. Là où je vais, je ne peux pas vous emmener. »

Elle reprend, et malgré sa plus grand volonté, se retient de justesse de ne pas éclater en sanglot aux mots de la fillette. J’ai encore perdu ma maman a t’elle dit … Ma maman. Un instant, elle ferme ses yeux, ses doigts chauds absorbant la douceur de la joue pâle puis de celles de sa main, gravant ses traits dans son âme, pour les temps à venir. Sa Grace. Sa fille. Ainsi est le pouvoir de cette enfant qui, sans le savoir, a terrassée le coeur une sorcière de cent ans. N’y tenant plus, elle ramène le petit corps contre le sien, ses lèvres pressant son front, respirant son odeur. Yeux fermés, c’est une larme qui coule, et quand elle rouvre les yeux, ils sont noyés par l’indécision – indécision que l’enfant ne verra pas. Ne serait-elle pas sorcière, elle l’emmènerait. Mais ainsi est-elle, monstre parmi les hommes. Elle ne veut pas une vie de fuite pour l’enfant. Elle mérite tellement plus. Tellement plus. Alors, elle détache sa chaîne, celle qu’elle possède depuis sa naissance, et, en lui offrant le plus grand des sourires et priant pour que son désir de la revoir s’écrive réellement parmi les astres, c’est autour de la nuque délicate qu’elle le noue, son pendentif retombant contre le coeur battant de l’enfant.

« Je serais toujours là. Même si vous ne me voyez pas. Je serais là. »

Elle place ses doigts sur le joyau qui pulse, la regardant avec sérieux, avant de la soulever et l’entraîner vers sa chambre, au creux de ses bras. L’enfant est toujours humide, il faut la réchauffer avec soin … Et puisqu’elles sont seules, alors, finalement laisse t-elle baisser sa garde. Mais il ne faut plus pleurer, non. Plus de larmes.

« La bleue avons-nous dis. Voyons si elle se trouve dans cette armoire. »

Elle sourit, effaçant les traces de larmes et les bruits de sanglots rauques qui lui brisent le coeur, posant la gamine sur sa paillasse qui, bien que pauvre au premier abord, se révèle en réalité plus que confortable.

« Comment dit-on déjà ? Oh oui … Armoire, ouvre-toi ! »

Et avec un clin d’oeil, les portes grinçantes s’ouvrent, et c’est une robe bleue qui s’envole pour Grace, tournoyant dans la pièce pour amuser l’enfant, avant de retomber sur le lit, sagement – comme à chaque fois depuis que Grace a surpris Elizabeth à quelques tours de passe passe. Et de la même manière, de doux torchons faisant office de linge sortent du tiroir de la petite commode, venant dans un ballet se positionner correctement.

« Enlevons cette robe humide et ensuite il y’a aura du chocolat … Et de bons petits pains. »

Fredonne t’elle, tandis qu’elle aide l’enfant à se dévêtir, se sécher, puis se vêtir à nouveau correctement. Elle n’attachera pas ses cheveux pourtant, non. Car sa petite sauvageonne est à son image, riant des convenance, dansant là où il ne faut pas. Et à nouveau, alors qu’elle contemple l’étoile naissance, une nouvelle prière prend forme sous forme de comptine enfantine, comptine qu’elle lui chantera par la suite sans le savoir encore. Plus de larmes, Grace. Juste un rire, un sourire. Et demain, tu verras, le soleil chantera pour toi.
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Elles se reverront. Et comme toutes les promesses qui s'échappaient de la bouche de la jeune femme depuis que celle-ci s'était imposée dans le cœur de Grâce, l'enfant se surprit à y croire. Pourquoi mentirait-elle ? Elizabeth avait été là pour apporter réconfort et chaleur humaine dans sa forteresse de solitude, si grande pour une si courte existence. Elle avait foi en elle, et la confiance inébranlable que la fillette nourrissait à son égard ne disparaîtrait jamais, pas même après l'achèvement brutal de sa vie. Elle suivrait le moindre de ses mots, le moindre de ses gestes les yeux fermés, éclairée par la lumière douce et chaude de l'amour maternel que lui portait la sorcière. Si Elizabeth disait que tout irait bien, alors tout irait bien.
Cependant, la certitude de futures retrouvailles ne parvenait pas à effacer totalement la douleur lancinante de la séparation qui s'annonçait aussi certainement que l'orage.  Dans ses yeux d'enfant, Elizabeth apparaissait comme une femme forte, un roc, une reine. Une déesse puissante et maternelle, dont il fallait cependant craindre le courroux. Alors pourquoi partir ? N'était-elle pas bien ici ? Mais peut-être que les étoiles, justement, l'attendaient ailleurs. Si la revoir était inscrit dans le ciel, alors les adieux devaient l'être aussi. Et le souhait d'une enfant, aussi puissant soit-il, ne pouvait faire ployer le destin.

" Quand on se reverra, et que je serais plus grande, tu m'emmènera ? "

L'endroit où elle se rendait n'était pas fait pour elle, mais peut-être que lorsqu'elle aurait pris de l'âge, elle serait autorisée à venir. Ou du moins serait-elle suffisamment grande pour apposer des arguments pour le moins irréfutables.
Dans les yeux de l'enfant, l'espoir avait fait place aux larmes, et c'est avec une douceur infinie qu'elle répond au sourire d'Elizabeth, suivant discrètement du coin de l'œil ses mouvements. Instinctivement, elle penche légèrement la tête vers l'avant, laissant la jeune femme glisser le bijou qu'elle vient de détacher autour de son cou. La chaine est tiède contre sa peau, et le pendentif se glisse contre sa poitrine, se perdant quelques peu dans les plis de sa robe mouillée. Contre son cœur, la parure se met à battre en harmonie, réchauffant son être à chaque pulsation. Elle ne l'abandonnait pas. Elle partait, certes, mais elle ne l'abandonnait pas. Tendrement, la main de Grâce se lève pour se glisser doucement contre les doigts de la jeune femme, pressés contre le pendentif dont elle vient de se délester. Elle comprenait.

Mais le temps des larmes semble révolu, et déjà elle est soulevée de terre, pressée dans l'étreinte aimante de la sorcière. Oui, la robe bleue, rappel du ciel magnifique de Louisiane lorsque le temps ne se faisait pas colérique comme le jour même. Déposée sur la paillasse, Grâce se tortille légèrement, ajustant sa position. Ses jambes battant le vide, elle se redresse pour regarder le spectacle avec le même émerveillement qu'au premier jour. Dans un bruissement de tissu, la robe s'envole dans les airs, très vite rejointe par l'éclat de rire de la fillette. Peut-être aurait-elle dû se trouver effrayer de tant de bizarreries, et pour être tout à fait honnête, elle n'avait pas été très rassurée la première fois qu'elle y avait été confrontée. Mais rapidement, la curiosité avait pris la place du reste. L'admiration, aussi. Sa maman était une fée. Une magicienne. Peu importait le terme, seuls comptaient les faits : elle était formidable.

Au loin, dans l'horizon assombrie, un coup de tonnerre roula lentement. Mais au creux de la petite chambre, personne n'y prêta attention. Elles étaient trop occupées l'une et l'autre, à profiter de leurs présences respectives avant que tout ne soit terminé, pour un temps, du moins. Grâce se tourna de droite à gauche doucement, les yeux rivés sur le joli vêtement qui suivait son mouvement. C'était sans doute la dernière fois qu'elle portait cette belle robe.

" Je suis presque aussi jolie que toi maintenant."

lumos maxima


Chaque jour, ils prient pour le salut des âmes de leurs morts, en oubliant volontairement de prier pour ceux qui en avaient le plus besoin.

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Elizabeth Rochester ∞ Natural Witch, Natural Bitch
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Remember the daisies
(Rainbow – Sia ▽ I can see a rainbow In your tears as they fall on down ; I can see your soul grow Through the pain as they hit the ground ; I can see a rainbow In your tears as the sun comes out ; Here comes the sun Smiling down, Here comes the sun Smiling down
Elles se reverraient. Elizabeth avait formulé ces mots pour calmer l’enfant, pour éviter l’esclandre – voilà la version officielle qu’elle donnerait aux adultes tout du moins, si toutefois on la questionnait un jour. La version officieuse, elles n’étaient que deux à la connaître sans qu’elle ne l’ait jamais murmuré pourtant. La version officieuse, elle continuerait de la graver dans les étoiles à partir de ce jour, et ce jusqu’à la fin – trois simple mots qui permettaient pourtant plus tard de gravir chaque montagne. Il suffisait d’y croire. Simplement d’y croire. Y croire et se battre pour réaliser les deux espoirs.

Elle reposa ses yeux doux sur l’enfant lorsque celle-ci posa la question qui naturellement venait à suivre dans la logique même des choses. Grâce avait toujours été très intelligente, et là où la majorité des bambins aurait pourtant hurlé jusqu’à ce que la matriarche cède au premier caprice, elle voyait sa fille faire d’incommensurables efforts pour continuer sur la voie qu’elle se traçait elle-même – forteresse de force et de grandeur, enfant devenant adulte plus tôt qu’elle n’aurait dû l’être. Grâce était de sang bleu et noble … Et ainsi se comportait-elle à présent, certainement sans même le savoir, tentant de dominer son instinct et ses émotions les plus fortes pour qu’Elizabeth soit fière de son comportement. Cette dernière, attendrit d’ailleurs, ne pu se résoudre à fermer les yeux comme elle aurait voulu. La question légitime, était pourtant difficile et la plaçait dans l’embarras – car si la sorcière était déterminée à revoir l’enfant, il n’était pas certain qu’elle puisse l’emmener lorsque le temps viendrait. A vrai dire, Grâce pourrait très certainement l’oublier – il en serait même mieux ainsi -, grandir et continuer sa vie ensuite, comme si rien ne s’était passé. Elle deviendrait une belle jeune femme, sans doute aucun, et certainement, d’ici quelques années, ces légendes urbaines ne paraîtraient plus qu’en de vagues souvenirs brumeux désuets et idiots – car Grâce resterait Grâce et, malgré l’époque, jamais elle ne serait pieuse dévote.

« Je ne sais, ma princesse. Je ne vois pas le futur, mais si c’est ce que tu désires et que les dieux acceptent en ce temps … je le ferais avec grand bonheur. »

Sa voix murmura finalement la réponse après un court silence, le doute restant présent pourtant. Elle ne mentirait pas à l’enfant à ce sujet. Un nouveau sourire complice pointa cependant sur ses lèvres, et vint le temps du rhabillage. Sa joie s’agrandit jusqu’à ce que naisse un léger rire, lié aux tortillements impatients de Grâce, lié à l’expression merveilleuse que prennent ses traits en voyant le spectacle qu’elle lui offre en guise en consolation. De tous les sons de la Louisiane, c’est son rire qui lui manquera. Terminant de l’habiller ensuite, elle prit soin de s’écarter le temps d’admirer son œuvre, son sourire satisfait sur les lèvres ne laissant place à l’étonnement que lorsque Grâce ouvrit la bouche pour réciter quelque phrase étrange lui pinçant le coeur. Ô, par tous les Saints.

« Non, ma Grâce. »

Doucement, elle se rapprocha, le bout de ses doigts venant caresser la joue de la fillette, son regard tendre et aimant l’encerclant comme un cocon protecteur tandis que sa voix murmurait de nouveau à son attention, sans dureté aucune bien qu’elle soit ferme dans ses propos.

« Il n’y a pas de presque. Tu es la plus belle petite fille que j’ai eu l’occasion de connaître et, sans aucun doute, la plus courageuse également. Ne laisse jamais personne te persuader le contraire car eux ne savent pas. »

Souriant, elle ouvrit finalement les bras pour la reprendre contre elle, son coeur s’enivrant de sa présence de tout son soul, comptant les secondes qui leur restait.

« A présent que tu es sèche, nous pouvons nous attaquer à la préparation du chocolat. Je compte bien entendu sur ton aide, puisqu’il n’y a que toi qui connaisse parfaitement la recette. Oh. A bien y penser, je crois qu’il me reste de la brioche également. »

Un clin d’oeil vint ponctuer ses dires tandis que, quittant la chambre en laissant derrière elle les vêtements humides s’envoler jusqu’au séchoir de fortune, elle se dirigeait ensuite vers la cuisine d’un pas plus serein, ses yeux dévorant les traits chéris pour être certaine de ne point les oublier ensuite. A vrai dire, Elizabeth connaissait plusieurs recette de chocolat chaud comme sa poche, mais elle préférait jouer les amnésiques lorsque cela impliquait Grâce. C’était bien plus amusant de préparer la boisson ensemble, l’activité rendant la gourmandise chaude encore meilleure.

« Désirerais-tu autre chose, dis-moi ? »

S’enquit-elle, consciente qu’en disant ces mots, elle ne parlait pas de friandises mais d’un véritable souhait – un dernier à offrir à la fillette avant de partir quelques heures plus tard.

(c) AMIANTE




 

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